{"id":261845,"date":"2004-06-01T04:00:00","date_gmt":"2004-06-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/aboriginal-conditions-research-as-a-foundation-for-public-policy-book-review\/"},"modified":"2025-10-07T19:42:16","modified_gmt":"2025-10-07T23:42:16","slug":"aboriginal-conditions-research-as-a-foundation-for-public-policy-book-review","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2004\/06\/aboriginal-conditions-research-as-a-foundation-for-public-policy-book-review\/","title":{"rendered":"Aboriginal Conditions: Research as a Foundation for Public Policy (compte rendu)"},"content":{"rendered":"<p>La relation entre le milieu de la recherche universitaire en sciences sociales et le monde des politiques publiques s&#8217;est consid\u00e9rablement transform\u00e9e au Canada au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00e0 la suite des coupures budg\u00e9taires des ann\u00e9es 1990, le gouvernement a eu de plus en plus recours \u00e0 l&#8217;expertise de consultants externes afin de produire la recherche n\u00e9cessaire au d\u00e9veloppement des politiques. Si le recours \u00e0 une expertise externe peut s&#8217;av\u00e9rer un exercice utile et pertinent, les analyses produites par des chercheurs habitu\u00e9s aux standards universitaires pluto\u00cc\u201at qu&#8217;aux exigences gouvernementales sont parfois d\u00e9sincarn\u00e9es par rapport aux contraintes inh\u00e9rentes au d\u00e9veloppement des politiques publiques. D&#8217;o\u00f9 le besoin de consolider les liens entre le milieu scientifique et les sp\u00e9cialistes des politiques publiques afin de favoriser la production de connaissances pertinentes au d\u00e9veloppement des politiques gouvernementales.<\/p>\n<p><em>Aboriginal Conditions<\/em> est en quelque sorte un produit de ces nouveaux efforts. Cet ouvrage collectif est le fruit de la collaboration entre un groupe de chercheurs de l&#8217;Universit\u00e9 Western en Ontario et des analystes du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral \u0153uvrant au sein de la Direction de la recherche strat\u00e9gique et de l&#8217;analyse des affaires indiennes et du nord. L&#8217;objectif des auteurs est d&#8217;identifier certains traits socio-\u00e9conomiques qui caract\u00e9risent la \u00ab condition autochtone \u00bb par rapport \u00e0 l&#8217;ensemble de la population canadienne, afin de fournir aux intervenants gouvernementaux et aux leaders autochtones un corpus empirique devant servir \u00e0 orienter le d\u00e9veloppement des politiques.<\/p>\n<p>L&#8217;ouvrage pr\u00e9sente les r\u00e9sultats de diverses recherches entreprises dans le cadre de ce projet en dix chapitres \u00e0 la fois vari\u00e9s et compl\u00e9mentaires, tous fort riches en donn\u00e9es empiriques. Les analyses propos\u00e9es sont divis\u00e9es en quatre parties traitant respectivement du cadre th\u00e9orique motivant l&#8217;analyse, des enjeux d\u00e9mographiques associ\u00e9s aux politiques autochtones, de l&#8217;impact des politiques de promotion des langues autochtones et, enfin, des enjeux li\u00e9s aux in\u00e9galit\u00e9s sociales et au d\u00e9veloppement des communaut\u00e9s autochtones. Il est impossible de rendre ici justice \u00e0 l&#8217;ensemble des \u00e9tudes pr\u00e9sent\u00e9es; je me contenterai donc d&#8217;en souligner quelques-unes me semblant repr\u00e9sen tatives des forces mais aussi des lacunes de cet ouvrage.<\/p>\n<p>Dans le premier chapitre du livre, Jerry P. White et Paul S. Maxim proposent un cadre th\u00e9orique donnant aux \u00e9tudes empiriques qui suivent un point d&#8217;ancrage commun. Ils situent l&#8217;ouvrage dans la lign\u00e9e des \u00e9tudes sur la coh\u00e9sion sociale, sugg\u00e9rant qu&#8217;il existe un lien de causalit\u00e9 entre le bien-\u00e9\u201atre, tant social qu&#8217;\u00e9conomique, des individus et la coh\u00e9sion d&#8217;une communaut\u00e9. Selon les auteurs, la relative absence, dans les communaut\u00e9s autochtones, de capital social (pr\u00e9sence de r\u00e9seaux de solidarit\u00e9), de capital humain (niveau d&#8217;\u00e9ducation et de formation) et de capital physique (ressources financi\u00e8res et naturelles) pourrait expliquer la diff\u00e9rence importante entre la situation socio\u00e9conomique des peuples autochtones et celle de l&#8217;ensemble des Canadiens.<\/p>\n<p>Comme la plupart des \u00e9tudes s&#8217;int\u00e9ressant \u00e0 la coh\u00e9sion sociale et au capital social, le cadre analytique propos\u00e9 ici a l&#8217;avantage de faciliter la prise en compte de facteurs communautaires, pluto\u00cc\u201at que simplement individuels, dans l&#8217;analyse de la condition socio-\u00e9conomique d&#8217;une population donn\u00e9e. Mais il comporte \u00e9galement d&#8217;importantes limites, en particulier le fait qu&#8217;il soit impossible de d\u00e9terminer la direction du lien causal entre les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de l&#8217;analyse. Il est en fait possible de renverser le sens de la relation et de voir la coh\u00e9sion sociale \u00e0 la fois comme un produit de certaines caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques, culturelles ou politiques d&#8217;une population et comme une condition n\u00e9cessaire au d\u00e9veloppement social, \u00e9conomique, culturel et politique de cette derni\u00e8re. Certains chapitres de l&#8217;ouvrage, dont ceux traitant des in\u00e9galit\u00e9s sociales, viennent d&#8217;ailleurs souligner la complexit\u00e9 du rapport entre les caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques d&#8217;une communaut\u00e9 et sa coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p>Le cadre analytique propos\u00e9 laisse \u00e9galement peu de place aux consid\u00e9rations historiques et politiques pouvant contribuer \u00e0 la faiblesse (ou \u00e0 la vigueur) de la coh\u00e9sion sociale au sein des communaut\u00e9s autochtones. Nombre d&#8217;analystes ont soulign\u00e9 l&#8217;impact de la politique historique de mise sous tutelle des communaut\u00e9s autochtones pour expliquer l&#8217;\u00e9chec des politiques de d\u00e9veloppement social et \u00e9conomique mises en place au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Le peu de consid\u00e9ration pour ces facteurs, en particulier l&#8217;h\u00e9ritage institutionnel des politiques pass\u00e9es, est sans doute le plus grand reproche que l&#8217;on peut faire aux auteurs des diverses analyses pr\u00e9sent\u00e9es dans cet ouvrage. Nous aurons l&#8217;occasion d&#8217;y revenir.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie de l&#8217;ouvrage s&#8217;int\u00e9resse aux d\u00e9fis pos\u00e9s par les changements d\u00e9mographiques au sein des communaut\u00e9s autochtones. L&#8217;analyse d\u00e9mographique que fait Stewart Clatworthy des changements apport\u00e9s \u00e0 la Loi sur les Indiens en 1985 est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante et donne ample mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion sur le plan des politiques. L&#8217;auteur souligne que, si les r\u00e8gles actuelles quant \u00e0 la d\u00e9termination du statut d&#8217;Indien sont maintenues, le nombre de nouveaux Indiens inscrits au sens de la loi sera presque nul d&#8217;ici quatre g\u00e9n\u00e9rations. En effet, \u00e9tant donn\u00e9 la proportion \u00e9lev\u00e9e d&#8217;enfants dont l&#8217;un des parents est non inscrit ou simplement non-autochtone, une diminution inexorable du nombre d&#8217;individus pouvant se qualifier dans l&#8217;une ou l&#8217;autre des cat\u00e9gories cr\u00e9\u00e9es en 1985 est in\u00e9vitable \u00e0 moyen terme. Cette situation est fort paradoxale \u00e9tant donn\u00e9 la croissance importante de la population autochtone, un aspect soulign\u00e9 par Don Kerr et ses coauteurs dans le deuxi\u00e8me chapitre.<\/p>\n<p>La situation devient encore plus complexe, et pr\u00e9occupante selon Clatworthy, si on ajoute \u00e0 ce portrait le fait que les changements \u00e0 la Loi sur les Indiens de 1985 permettent \u00e9galement aux conseils de bandes de d\u00e9terminer leurs propres r\u00e8gles d&#8217;appartenance. Les\u00a0communaut\u00e9s autochtones risquent ainsi de se retrouver dans une situation intenable o\u00f9 certains r\u00e9sidents continueront de jouir des privil\u00e8ges associ\u00e9s au statut d&#8217;Indien alors que d&#8217;autres auront seulement le statut de membre de la bande ou de la nation, avec les droits que cela implique (vote, services sociaux, etc.). Cette in\u00e9galit\u00e9 sur le plan de la citoyennet\u00e9 interne risque, selon l&#8217;auteur, de cr\u00e9er des divisions qui ne peuvent que limiter la coh\u00e9sion au sein des communaut\u00e9s. Clatworthy ne propose pas v\u00e9ritablement d&#8217;alternative aux politiques actuelles, mais sugg\u00e8re tout de m\u00e9\u201ame que l&#8217;abolition du statut d&#8217;Indien apparai\u00cc\u201at in\u00e9vitable \u00e0 moyen terme. Une telle proposition est difficilement envisageable dans le contexte politique actuel, mais son analyse nous invite toutefois \u00e0 chercher des solutions de rechange qui r\u00e9pondraient mieux \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine des communaut\u00e9s autochtones.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me partie du livre est consacr\u00e9e \u00e0 un domaine de politique publique tout aussi d\u00e9licat, celui des programmes de promotion et de r\u00e9introduction des langues autochtones. Erin O&#8217;Sullivan s&#8217;engage sur un terrain particuli\u00e8rement glissant dans le sixi\u00e8me chapitre en s&#8217;interrogeant sur les cons\u00e9quences, sur le plan socio\u00e9conomique, de l&#8217;usage des langues autochtones au sein des communaut\u00e9s. Elle conclut son analyse de fa\u00e7on prudente, soulignant que, s&#8217;il existe une corr\u00e9lation entre l&#8217;usage des langues autochtones et la non-int\u00e9gration au sein de l&#8217;\u00e9conomie dominante, il ne faut paspourautantend\u00e9duirequel&#8217;usage des langues autochtones entrai\u00cc\u201ane la \u00ab ghettoi\u00cc\u02c6sation \u00bb des populations concern\u00e9es, comme plusieurs partisans de l&#8217;int\u00e9gration linguistique le soutiennent. En fait, on peut penser que l&#8217;incapacit\u00e9 de fonctionner en anglais ou en fran\u00e7ais est un facteur d&#8217;exclusion du march\u00e9 du travail plus important que l&#8217;usage de la langue autochtone (p. 156). De plus, O&#8217;Sullivan souligne que le niveau d&#8217;\u00e9ducation joue un ro\u00cc\u201ale plus important dans la d\u00e9termination du revenu que la langue d&#8217;usage.<\/p>\n<p>L&#8217;analyse de O&#8217;Sullivan, bien que nuanc\u00e9e, nous laisse tout de m\u00e9\u201ame quelque peu sur notre faim. L&#8217;auteure prend le temps de souligner les divers points de vue sur le ro\u00cc\u201ale que peut jouer le maintien de la langue sur le niveau de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique d&#8217;une communaut\u00e9 (symbolique et communicationnel) et sugg\u00e8re de nouvelles pistes de recherches tenant compte de ces distinctions. Cependant,\u00a0la langue demeure ici instrumentale \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration de la condition sociale. EnaucuntempsO&#8217;Sullivann&#8217;envisaget-elle la possibilit\u00e9 que la r\u00e9tention de la langue puisse \u00e9\u201atre un objectif que les populations minoritaires recherchent en soi, m\u00e9\u201ame si ce choix implique un certain cou\u00cc\u201at sur le plan de la coh\u00e9sion ou du d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re partie de l&#8217;ouvrage s&#8217;int\u00e9resse d&#8217;abord \u00e0 l&#8217;analyse des in\u00e9galit\u00e9s sociales entre autochtones et non-autochtones. Dan Beavon et Martin Cooke utilisent l&#8217;Indice de D\u00e9veloppement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies sur le d\u00e9veloppement (PNUD) pour comparer le niveau de vie des Indiens inscrits \u00e0 celui de l&#8217;ensemble des Canadiens. Leur analyse souligne l&#8217;importante diff\u00e9rence entre le Canada dans son ensemble, qui se classait premier au monde en 1999 selon le Rapport sur le d\u00e9veloppement humain du PNUD, et les Indiens inscrits qui, en utilisant des donn\u00e9es comparables, se classent entre la Hongrie et le Venezuela au 48e rang mondial (p. 208).<\/p>\n<p>Le chapitre suivant pousse l&#8217;analyse plus loin en comparant les disparit\u00e9s de revenus entre communaut\u00e9s autochtones et au sein m\u00e9\u201ame de ces communaut\u00e9s. L&#8217;analyse confirme les disparit\u00e9s observ\u00e9es dans le chapitre pr\u00e9c\u00e9dent, ajoutant que certaines populations autochtones, notamment les Indiens hors r\u00e9serves et les M\u00e9tis, semblent mieux positionn\u00e9es. Les auteurs notent \u00e9galement que les \u00e9carts de revenus intracommunautaires sont aussi importants, en particulier chez les Inuits. Cherchant \u00e0 expliquer la persistance de ces in\u00e9galit\u00e9s, ils soulignent que, m\u00e9\u201ame en contro\u00cc\u201alant les variables sociod\u00e9mographiques habituellement associ\u00e9es aux disparit\u00e9s de revenus, il subsiste une importante diff\u00e9rence entre le revenu moyen gagn\u00e9 par les autochtones et les non-autochtones. En ce sens, des facteurs tels l&#8217;isolement g\u00e9ographique, la coh\u00e9sion sociale au sein des communaut\u00e9s, la qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9ducation et du capital humain ou encore la discrimination raciale devraient faire l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tudes plus approfondies (p. 238).\u00a0<\/p>\n<p>Le dernier chapitre est sans doute le plus ambitieux sur le plan analytique mais aussi le plus sujet \u00e0 critique. Maxim et White cherchent ici \u00e0 pr\u00e9dire, \u00e0 partir de facteurs associ\u00e9s au potentiel des communaut\u00e9s en mati\u00e8re de capital social et humain, la capacit\u00e9 de ces derni\u00e8res \u00e0 administrer de mani\u00e8re autonome les programmes gouvernementaux. Ils proposent ainsi de cr\u00e9er un index de la capacit\u00e9 des communaut\u00e9s (<em>index of community capacity<\/em>) \u00e0 partir duquel il serait possible de juger si la responsabilit\u00e9 de l&#8217;administration des programmes pourrait \u00e9\u201atre transf\u00e9r\u00e9e avec succ\u00e8s aux autorit\u00e9s locales. Dans ce chapitre, ils ne s&#8217;attardent qu&#8217;au d\u00e9veloppement d&#8217;indicateurs servant \u00e0 mesurer le niveau de capital humain d&#8217;une communaut\u00e9. Le niveau d&#8217;\u00e9ducation moyen, la diversit\u00e9 des emplois occup\u00e9s, la proportion de la population qui est active et, surtout, la taille de la communaut\u00e9 doivent, selon les auteurs, \u00e9\u201atre pris en compte. Maxim et White admettent, fort candidement, que la d\u00e9termination de la taille acceptable pour qu&#8217;une communaut\u00e9 puisse g\u00e9rer ses propres programmes est une question pluto\u00cc\u201at subjective, qu&#8217;ils d\u00e9terminent de mani\u00e8re intuitive (p. 251) pluto\u00cc\u201at que scientifique. Cela dit, le choix des indicateurs pour d\u00e9terminer le capital humain d&#8217;une communaut\u00e9 semble tout \u00e0 fait logique. C&#8217;est pluto\u00cc\u201at l&#8217;utilisation qui est faite de ces indicateurs qui parai\u00cc\u201at plus probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>L&#8217;objectif premier vis\u00e9 par les auteurs avec la cr\u00e9ation de cet index n&#8217;est pas d&#8217;analyser les facteurs permettant \u00e0 une communaut\u00e9 d&#8217;effectuer avec succ\u00e8s la transition vers l&#8217;autonomie gouvernementale, ou encore de d\u00e9velopper une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement efficace, comme le proposent par exemple Stephen Cornell et Joseph Kalt du Harvard Project on American Indian Economic Development. Selon Maxim et White, l&#8217;objectif est pluto\u00cc\u201at de d\u00e9velopper des crit\u00e8res objectifs permettant au <em>gouvernement<\/em> de d\u00e9cider si une communaut\u00e9 autochtone a la capacit\u00e9 de s&#8217;auto administrer (p. 255). La pertinence de cette perspective peut \u00e9\u201atre mise en doute quand on se souvient que la gestion bureaucratique des destin\u00e9es des communaut\u00e9s autochtones, \u00e0 partir de crit\u00e8res pr\u00e9tendus rationnels, a laiss\u00e9 de profondes blessures historiques chez ces derni\u00e8res. Maxim et White semblent faire peu de cas du contexte politique et juridique entourant la n\u00e9gociation d&#8217;ententes sur le transfert d&#8217;autorit\u00e9 aux gouvernem ent s au toc ht on es. L&#8217;approche m\u00e9thodologique des auteurs, fermement ancr\u00e9e dans la tradition positiviste, ne facilite \u00e9videmment pas la prise en compte de tels facteurs, plus difficilement quantifiables.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que White se d\u00e9fend en introduction de pro\u00cc\u201aner une vision purement scientifique des politiques publiques (p. xxii). L&#8217;ouvrage se situe pourtant clairement dans la tradition des analyses d\u00e9finissant les enjeux sociaux associ\u00e9s aux politiques gouvernementales comme des probl\u00e8mes pouvant \u00e9\u201atre r\u00e9solus par la connaissance scientifique. Dans la m\u00e9\u201ame introduction, White parle de la science comme d&#8217;un outil permettant de d\u00e9passer les consid\u00e9rations politiques et id\u00e9ologiques. De ce parti pris d\u00e9coule une analyse qui peut parfois sembler r\u00e9ductrice. Tel que pr\u00e9sent\u00e9 ici, le \u00ab probl\u00e8me \u00bb auquel les d\u00e9cideurs publics font face en est un d&#8217;efficacit\u00e9 des politiques en place. Pourtant, combien d&#8217;\u00e9tudes et de t\u00e9moignages d&#8217;acteurs engag\u00e9s dans la mise en \u0153uvre des politiques actuelles soulignent que c&#8217;est pluto\u00cc\u201at la logique m\u00e9\u201ame de ces politiques, fond\u00e9e sur une hi\u00e9rarchisation du rapport entre l&#8217;autorit\u00e9 bureaucratique et les populations autochtones, qui devrait \u00e9\u201atre remise en question. Encore une fois, les dimensions sociales, \u00e9conomiques et politiques de la \u00ab condition autochtone \u00bb ne peuvent \u00e9\u201atre trait\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>Ainsi pos\u00e9es, les limites de cet ouvrage sont en fait plus apparentes dans les chapitres introductifs et en fin de parcours, lors de la discussion de l&#8217;index sur la capacit\u00e9 des communaut\u00e9s. Cette critique ne doit cependant pas nous faire oublier un corpus d&#8217;analyses autrement fort riche et d&#8217;un grand int\u00e9r\u00e9\u201at, tant pour la communaut\u00e9 des chercheurs s&#8217;int\u00e9ressant aux questions autochtones que pour les acteurs engag\u00e9s dans les d\u00e9bats politiques actuels sur les divers enjeux trait\u00e9s par les auteurs. Malgr\u00e9 ses limites, cet ouvrage d\u00e9montre en effet qu&#8217;un dialogue riche et constructif peut bel et bien s&#8217;\u00e9tablir entre chercheurs et praticiens des politiques publiques. Ce dialogue, pour \u00e9\u201atre enrichissant, doit cependant \u00e9viter de se transformer en recherche de r\u00e9ponses techniques \u00e0 des questions souvent \u00e9minemment politiques. L&#8217;ouvrage aurait ainsi gagn\u00e9 en profondeur si un certain nombre d&#8217;analyses empruntant un parcours m\u00e9thodologique distinct, tenant compte de facteurs institutionnels, historiques ou encore culturels, avaient \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es. De plus, on ne peut que souhaiter qu&#8217;un prochain volume vienne ajouter \u00e0 l&#8217;analyse une perspective comparative internationale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La relation entre le milieu de la recherche universitaire en sciences sociales et le monde des politiques publiques s&#8217;est consid\u00e9rablement transform\u00e9e au Canada au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00e0 la suite des coupures budg\u00e9taires des ann\u00e9es 1990, le gouvernement a eu de plus en plus recours \u00e0 l&#8217;expertise de consultants externes afin de produire la 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