{"id":261817,"date":"2004-05-01T04:00:00","date_gmt":"2004-05-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/les-commandites-un-scandale-essentiellement-politique\/"},"modified":"2025-10-07T19:41:22","modified_gmt":"2025-10-07T23:41:22","slug":"les-commandites-un-scandale-essentiellement-politique","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2004\/05\/les-commandites-un-scandale-essentiellement-politique\/","title":{"rendered":"Les commandites : un scandale essentiellement politique"},"content":{"rendered":"<p>Depuis le 10 f\u00e9vrier 2004, date o\u00f9 la v\u00e9rificatrice g\u00e9n\u00e9rale du Canada (VGC), Sheila Fraser, a d\u00e9pos\u00e9 son rapport sur les activit\u00e9s de commandite, de publicit\u00e9 et de recherche sur l&#8217;opinion publique, le cynisme politique est \u00e0 son apog\u00e9e au Canada. Si ce rapport n&#8217;a pas surpris les analystes qui suivent l&#8217;\u00e9volution de ce dossier depuis plus de deux ans, il nous a cependant donn\u00e9 beaucoup de munitions pour confirmer qu&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un scandale politique pluto\u00cc\u201at qu&#8217;un simple d\u00e9rapage administratif. Si l&#8217;on se fie aux sondages d&#8217;opinions pr\u00e9-\u00e9lectoraux, la population semble elle aussi de cet avis, car elle boude le PLC du premier ministre Martin que d&#8217;aucuns croyaient d\u00e9j\u00e0 couronn\u00e9, il y a de cela quelques mois \u00e0 peine.<\/p>\n<p>Une analyse minutieuse du rapport de la v\u00e9rificatrice permet de comprendre que la strat\u00e9gie initiale des lib\u00e9raux ne pouvait pas tenir la route tr\u00e8s longtemps. En effet, l&#8217;\u00e9quipe de Paul Martin a tent\u00e9, dans un premier temps, d&#8217;orienter tout le d\u00e9bat sur les suites \u00e0 donner au rapport de Mme Fraser vers la th\u00e8se d&#8217;un scandale administratif, dont serait responsable un petit groupe de 14 fonctionnaires v\u00e9reux qui auraient viol\u00e9 toutes les r\u00e8gles administratives, qui servent en principe \u00e0 pr\u00e9venir la mauvaise utilisation des deniers publics, ainsi que toutes les r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires concernant l&#8217;attribution des contrats, la s\u00e9lection des partenaires et la gestion des contrats. Devant la mar\u00e9e de critiques venues de l&#8217;opposition et face au sentiment de consternation qui traversait l&#8217;opinion publique canadienne, le premier ministre Paul Martin a du\u00cc\u201a r\u00e9viser sa position d\u00e8s le 12 f\u00e9vrier 2002, soit deux jours apr\u00e8s la sortie du rapport, et reconnai\u00cc\u201atre qu&#8217;il y avait probablement des commandes politiques \u00e0 l&#8217;origine de ce d\u00e9rapage syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>D&#8217;aucuns diront que les commentaires les plus explicites du rapport Fraser interpellent les fonctionnaires et les gestionnaires de la Direction g\u00e9n\u00e9rale des services de coordination des communications au sein du minist\u00e8re (DGSCC) pluto\u00cc\u201at que les \u00e9lus. Mais il faut bien comprendre, et madame Fraser l&#8217;a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, que son mandat se limitait exclusivement \u00e0 \u00ab v\u00e9rifier les pratiques de gestion et certaines actions \u00bb des fonctionnaires. Si elle ne pouvait donc pas pointer directement du doigt les responsables politiques, son insistance sur la port\u00e9e limit\u00e9e de son mandat nous oblige \u00e0 comprendre que ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;elle ne peut explicitement critiquer que le comportement des fonctionnaires, qu&#8217;ils sont n\u00e9cessairement les seuls coupables, voire m\u00e9\u201ame les vrais coupables.<\/p>\n<p>En fait, d\u00e8s le point 3.21 de son rapport, on apprend que les fonctionnaires du programme n&#8217;avaient aucun contro\u00cc\u201ale sur le processus d\u00e9cisionnel. Ils devaient se limiter \u00e0 faire un travail d&#8217;ex\u00e9cution. \u00e0 la lecture du rapport, il est clair que le processus d\u00e9cisionnel \u00e9tait centralis\u00e9 entre les mains du directeur ex\u00e9cutif de la DGSCC. Ce dernier relevait directement du sous-ministre et \u00ab avait acc\u00e8s directement avec le ministre et son personnel, ce qui r\u00e9duisait encore plus le jeu des m\u00e9canismes habituels de contro\u00cc\u201ale et de surveillance \u00bb. Si l&#8217;on se fit \u00e0 l&#8217;organigramme pr\u00e9sent\u00e9 par la v\u00e9rificatrice g\u00e9n\u00e9rale, l&#8217;un des probl\u00e8mes dans le programme des commandites \u00e9tait justement le lien qui reliait le Bureau du ministre avec la direction de ce programme.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s la v\u00e9rificatrice, le ministre de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (TPSGC) peut difficilement dire qu&#8217;il ne connaissait pas la nature du fonctionnement particulier de ce programme, puisqu&#8217;il \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement inform\u00e9 par le responsable lui-m\u00e9\u201ame. Or, ceux qui connaissent les bureaucraties modernes savent tr\u00e8s bien que cette proximit\u00e9 entre le directeur ex\u00e9cutif du programme et le bureau du ministre est inhabituelle et atypique, car elle brise le lien hi\u00e9rarchique entre le directeur et le sousministre, ou m\u00e9\u201ame le sous-ministre adjoint, et brouille la chai\u00cc\u201ane d&#8217;imputabilit\u00e9. Ce lien atypique n&#8217;aurait pas pu se mettre en place sans l&#8217;autorisation du bureau du ministre.<\/p>\n<p>En plus de nous faire comprendre que c&#8217;est le bureau du ministre qui cautionnait ouvertement la structure de d\u00e9cision atypique de la DGSCC, le rapport de la v\u00e9rificatrice nous d\u00e9montre que le ministre \u00e9tait lui-m\u00e9\u201ame un acteur cl\u00e9 de la gestion arbitraire de ce programme. En effet, les points 3.27, 3.28, 3.61, 3.62, 3.663 prouvent que le ministre a directement pris part aux d\u00e9cisions sur la s\u00e9lection de certaines des activit\u00e9s \u00e0 financer et a renvers\u00e9 certaines d\u00e9cisions qui avaient \u00e9t\u00e9 prises par les administrateurs du programme.<\/p>\n<p>Les travaux du Comit\u00e9 permanent des comptes publics de la Chambre des communes, mandat\u00e9 en f\u00e9vrier 2004, pour examiner les recommandations du rapport de la v\u00e9rificatrice g\u00e9n\u00e9rale, les chapitres 3, 4 et 5 de ce rapport en particulier, confirment, \u00e0 notre avis, la th\u00e8se d&#8217;un scandale politique.<\/p>\n<p>Le comit\u00e9 remet habituellement un rapport \u00e0 la Chambre des communes, une fois les audiences termin\u00e9es. Cette fois-ci, un rapport pr\u00e9liminaire devait \u00e9\u201atre produit. Mais le 13 avril, le comit\u00e9 d\u00e9cidait qu&#8217;il ne disposait pas encore de toute l&#8217;information n\u00e9cessaire pour r\u00e9diger ce rapport, plusieurs t\u00e9moins importants n&#8217;ayant pas encore comparu.<\/p>\n<p>Pour notre part, et malgr\u00e9 la confusion entourant le d\u00e9roulement des audiences, nous croyons qu&#8217;il y a suffisamment d&#8217;informations pertinentes pour faire un premier bilan. \u00e0 notre point de vue, la th\u00e8se du d\u00e9rapage administratif ne tient pas la route.<\/p>\n<p>Dans son t\u00e9moignage, l&#8217;exministre Alfonso Gagliano n&#8217;a jamais accept\u00e9 les conclusions de la v\u00e9rificatrice g\u00e9n\u00e9rale. Pour contredire les critiques du rapport Fraser, M. Gagliano a affirm\u00e9 que, selon lui, toutes les lignes de conduite du Conseil du Tr\u00e9sor \u00e9taient respect\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s gouvernementales dont il avait la charge. Selon lui, il n&#8217;y aurait pas eu de transgression syst\u00e9matique des r\u00e8gles d&#8217;attribution des contrats.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement fait valoir la th\u00e8se que s&#8217;il y avait eu des irr\u00e9gularit\u00e9s dans son minist\u00e8re, il n&#8217;en \u00e9tait pas responsable parce qu&#8217;\u00ab un ministre n&#8217;a ni le temps, ni la libert\u00e9 de diriger son minist\u00e8re \u00bb. Or, cette vision est en compl\u00e8te contradiction avec l&#8217;interpr\u00e9tation traditionnelle que l&#8217;on a de la responsabilit\u00e9 minist\u00e9rielle. Sans \u00e9\u201atre responsable de toutes les d\u00e9viances individuelles commises dans son minist\u00e8re, un ministre doit au moins reconnai\u00cc\u201atre sa responsabilit\u00e9 dans le bon fonctionnement de ce dernier et dans la saine gouvernance des programmes qu&#8217;on y g\u00e8re.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages d&#8217;Huguette Tremblay, chef des projets sp\u00e9ciaux, qui assumait la gestion quotidienne du programme des commandites, d&#8217;Isabelle Roy, ex-employ\u00e9e du cabinet Gagliano devenue fonctionnaire responsable de la liaison entre le Cabinet et la direction du programme, et d&#8217;Allan Cutler, qui n\u00e9gociait des contrats avec les agences de publicit\u00e9 pour la DGSCC, apportent un \u00e9clairage totalement diff\u00e9rent sur le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Huguette Tremblay a d&#8217;abord corrobor\u00e9 le fait qu&#8217;il existait un lien direct, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, entre le ministre (et son bureau) et le directeur ex\u00e9cutif du programme (Charles Guit\u00e9 d&#8217;abord, puis son successeur Pierre Tremblay). Elle a ainsi affirm\u00e9 que \u00ab le processus d\u00e9cisionnel, au niveau de l&#8217;approbation de la commandite, relevait du directeur ex\u00e9cutif, qui, lui, recevait ses instructions, dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas, du ministre Gagliano lui-m\u00e9\u201ame ou de son cabinet. En effet, les directeurs ex\u00e9cutifs rencontraient le ministre personnellement \u00e0 son bureau en moyenne une fois par semaine \u00bb. Des rapports directs qui allaient jusqu&#8217;\u00e0 prendre la forme d&#8217;une ing\u00e9rence en bonne et due forme dans l&#8217;octroi des contrats.<\/p>\n<p>Elle a aussi affirm\u00e9 que Jean Pelletier, du bureau du premier ministre Jean Chr\u00e9tien, et Jean-Marc Bard (chef de cabinet d&#8217;Alfonso Gagliano \u00e0 la suite du d\u00e9part de Pierre Tremblay vers le programme des commandites) communiquaient avec Charles Guit\u00e9. Contrairement \u00e0 M. Gagliano, M. Pelletier a reconnu avoir suivi l&#8217;\u00e9volution du dossier des commandites et avoir valid\u00e9 directement le choix d&#8217;une vingtaine de s\u00e9lections faites par le groupe de M. Guit\u00e9.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage d&#8217;Huguette Tremblay permet d&#8217;expliquer pourquoi M. Ran Quail, le sous-ministre de l&#8217;\u00e9poque \u00e0 TPSGC, \u00e9tait pour l&#8217;essentiel exclu du processus d\u00e9cisionnel du programme. Si l&#8217;on suit Mme Tremblay, la direction du programme \u00e9tait dict\u00e9e par les hautes instances politiques, alors que la gestion courante et l&#8217;ex\u00e9cution \u00e9taient assum\u00e9es par un petit groupe de trois ou quatre personnes : Charles Guit\u00e9 (puis Pierre Tremblay), Isabelle Roy, ancienne employ\u00e9e du cabinet de Gagliano, et elle-m\u00e9\u201ame.<\/p>\n<p>Pour raffermir cette th\u00e8se de l&#8217;ing\u00e9rence politique formelle et de la soumission primaire des administrateurs du programme, Huguette Tremblay a confirm\u00e9 que le processus d\u00e9cisionnel, au niveau de l&#8217;approbation de la commandite, relevait du directeur ex\u00e9cutif, qui, lui, recevait ses instructions, dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas, du ministre Gagliano lui-m\u00e9\u201ame ou de son cabinet. Elle va m\u00e9\u201ame un peu plus loin, lorsque, \u00e0 la question pos\u00e9e par M. Jason Kenney, \u00ab \u00e0 votre avis, il serait raisonnable et exact d&#8217;affirmer qu&#8217;il y a eu de l&#8217;ing\u00e9rence politique dans la gestion du programme et l&#8217;approbation des contrats \u00bb, elle r\u00e9pond imm\u00e9diatement : \u00ab Effectivement, c&#8217;est ce que je crois \u00bb.<\/p>\n<p>Isabelle Roy a \u00e9galement d\u00e9clar\u00e9 que le ministre rencontrait Charles Guit\u00e9 au moins une fois par mois, parfois m\u00e9\u201ame une fois par semaine, pour prendre connaissance de chacune des demandes de financement. Mme Roy a affirm\u00e9 que, lorsque M. Guit\u00e9 se rendait au bureau du Ministre Gagliano, ce n&#8217;\u00e9tait que pour discuter du programme des commandites. Selon elle, le ministre \u00ab \u00e9pluchait personnellement chacune des demandes de financement en vertu du programme et d\u00e9cidait de la suite \u00e0 leur donner \u00bb.<\/p>\n<p>De son co\u00cc\u201at\u00e9, Allan Cutler a rapport\u00e9 devant le Comit\u00e9 des comptes publics tout ce qu&#8217;il savait sur les irr\u00e9gularit\u00e9s commises au programme des commandites entre les mois de f\u00e9vrier 1995 et f\u00e9vrier 1996. On peut dire qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 sonner l&#8217;alarme au niveau des irr\u00e9gularit\u00e9s dans la gestion de ce programme.<\/p>\n<p>Lors de son t\u00e9moignage devant le comit\u00e9, Allan Cutler a d\u00e9montr\u00e9, documents \u00e0 l&#8217;appui, que son directeur, Charles Guit\u00e9, avait obtenu d\u00e8s mars 1995 le pouvoir d&#8217;autoriser les d\u00e9penses de publicit\u00e9 et les d\u00e9penses connexes \u00e0 la publicit\u00e9 pour Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (TPSGC) et que M. Guit\u00e9 pouvait \u00e0 ce moment-l\u00e0 autoriser les d\u00e9penses, choisir l&#8217;agence, approuver les modalit\u00e9s des contrats, confirmer que les travaux avaient \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s et autoriser le paiement.<\/p>\n<p>Lors de son t\u00e9moignage, Charles Guit\u00e9 a soutenu que le bureau du premier ministre Jean Chr\u00e9tien et les ministres Alfonso Gagliano et David Dingwall ne s&#8217;\u00e9taient jamais m\u00e9\u201al\u00e9s de la s\u00e9lection des agences qui se partageraient les contrats de commandite, mais qu&#8217;ils avaient \u00ab offert une contribution et des d\u00e9cisions en ce qui a trait \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements qui \u00e9taient commandit\u00e9s et en ce qui concerne leur allocation \u00e0 des firmes particuli\u00e8res \u00bb.<\/p>\n<p>Contre toute attente, l&#8217;\u00e9l\u00e9ment central de son t\u00e9moignage fut ses r\u00e9v\u00e9lations sur les interventions du bureau de M. Martin dans le processus de s\u00e9lection d&#8217;agences de publicit\u00e9 dans un contexte \u00e9tranger au programme des commandites. En bout de ligne, ce t\u00e9moignage ressemble \u00e9trangement \u00e0 un r\u00e8glement de comptes \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de M. Martin. L&#8217;\u00e9valuation diff\u00e9renci\u00e9e des rapports qu&#8217;il a eus avec les gens du clan Martin et avec ceux du clan Chr\u00e9tien d\u00e9note \u00e0 quel point M. Guit\u00e9 est marqu\u00e9 par une logique de partialit\u00e9 probl\u00e9matique et douteuse. En effet, comme le disait un parlementaire de l&#8217;opposition, M. Guit\u00e9 interpr\u00e8te les intrusions des membres du clan Chr\u00e9tien comme des relations normales et sans interf\u00e9rence, alors que les rapports qu&#8217;il a eus avec les gens du clan Martin sont automatiquement plac\u00e9s dans la logique d&#8217;ing\u00e9rence politique.<\/p>\n<p>M. Guit\u00e9 a aussi accus\u00e9 d&#8217;interf\u00e9rence Ralph Goodale, alors qu&#8217;il \u00e9tait ministre de l&#8217;Agriculture en 1995, et il s&#8217;est \u00e9galement acharn\u00e9 a jet\u00e9 le doute sur le t\u00e9moignage d&#8217;Allan Cutler, l&#8217;accusant d&#8217;avoir falsifier les dossiers des commandites. Une affirmation qui n&#8217;a pas sembl\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 prise au s\u00e9rieux par les membres du comit\u00e9, puisque non appuy\u00e9e par des preuves tangibles.<\/p>\n<p>Enfin, un autre \u00e9l\u00e9ment important du t\u00e9moignage de Charles Guit\u00e9 force le Comit\u00e9 des comptes publics \u00e0 faire t\u00e9moigner son rempla\u00e7ant, Pierre Tremblay, pour faire la lumi\u00e8re sur ce scandale. En effet, M. Guit\u00e9 a affirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que les documents manquants aux dossiers, une des constatations de la VGC, \u00e9taient pr\u00e9sents \u00e0 son d\u00e9part de la fonction publique en 1999.<\/p>\n<p>En \u00e9thique gouvernementale, le manque de transparence et la complexification volontaire des transactions nous m\u00e8nent toujours \u00e0 douter de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de la l\u00e9galit\u00e9 de ces transactions. Comme le dit si bien Alain Etchegoyen, \u00ab si \u00e9\u201atre responsable, c&#8217;est bien vouloir r\u00e9pondre de ses actes, il est clair qu&#8217;aucun corrupteur ne peut r\u00e9pondre de son acte de corruption. C&#8217;est pourquoi, d&#8217;ailleurs, la corruption [et on pourrait dire la m\u00e9\u201ame chose des conflits d&#8217;int\u00e9r\u00e9\u201ats et de toutes les formes de d\u00e9tournement de fonds publics] est toujours cach\u00e9e, dissimul\u00e9e et, en cas d&#8217;investigation, toujours ni\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>On peut dire que les t\u00e9moignages de plusieurs agents publics devant le Comit\u00e9 des comptes publics n&#8217;ont rien fait pour endiguer la n\u00e9bulosit\u00e9 malsaine qui flotte sur la gestion des fonds publics \u00e0 Ottawa. Au contraire, la multiplication des mensonges grossiers, des demi-v\u00e9rit\u00e9s et autres euph\u00e9mismes n&#8217;a rien fait pour redonner confiance \u00e0 la population canadienne d\u00e9j\u00e0 bien ancr\u00e9e dans le tourbillon du cynisme et m\u00e9\u201ame du m\u00e9pris \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du milieu politique et des institutions publiques.<\/p>\n<p>On a eu beau tout faire pour \u00e9viter de parler des liens incestueux qui liaient ceux qui avaient la capacit\u00e9 de donner les contrats de commandites aux agences de publicit\u00e9 et ces derni\u00e8res, on ne pourra pas nous enlever de l&#8217;esprit que leur proximit\u00e9 ne peut pas \u00e9\u201atre le fruit du hasard. Quand on fait la liste des noms de tous ceux qui sont impliqu\u00e9s dans ce scandale, qu&#8217;ils soient politiciens, administrateurs publics (y compris les responsables des soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;\u00c9tat) ou propri\u00e9taires de firmes de publicit\u00e9, il y a un lien qui les rassemble tous : ils sont tous des partisans de l&#8217;aile qu\u00e9b\u00e9coise du Parti lib\u00e9ral du Canada. Cette proximit\u00e9 des acteurs est telle que l&#8217;on a constat\u00e9 qu&#8217;ils sont souvent des amis personnels qui se fr\u00e9quentent lors de rencontres dans des chalets, lors de parties de p\u00e9\u201ache ou encore qui s&#8217;h\u00e9bergent entre eux. Bref, la fronti\u00e8re est bien mince entre ce qui rel\u00e8ve ici du public et ce qui est de l&#8217;ordre du priv\u00e9.<\/p>\n<p>Il ne nous reste qu&#8217;\u00e0 souhaiter que la Commission sp\u00e9ciale que dirigera le juge Gommery nous permettra d&#8217;en savoir davantage sur les relations r\u00e9elles entre ces intervenants. En esp\u00e9rant que les procureurs de cette commission pourront amener \u00e0 la barre tous les t\u00e9moins n\u00e9cessaires pour nous permettre d&#8217;aller au fond des choses. Y compris M. Chr\u00e9tien et ses lieutenants qui ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9clabouss\u00e9s par le rapport Fraser, qui s&#8217;interrogeait sur la complicit\u00e9 silencieuse des plus hautes instances du gouvernement \u00e0 maintenir une opacit\u00e9 malsaine autour de ce programme. Le rapport indique en effet, qu&#8217;\u00e9tant \u00ab donn\u00e9 l&#8217;importance des objectifs \u00bb et \u00ab l&#8217;importance des d\u00e9penses \u00bb, \u00ab nous nous serions attendus \u00e0 ce que le gouvernement fournisse au Parlement au moins une description du programme, ses objectifs, ses d\u00e9penses et les r\u00e9sultats obtenus \u00bb. Ces lacunes constituent des entorses graves au principe de la d\u00e9mocratie parlementaire. Comme dans tous les bons t\u00e9l\u00e9romans, nous devrons attendre l&#8217;automne prochain pour d\u00e9couvrir la suite de cette saga familiale.<\/p>\n<p>En attendant, le nouveau premier ministre ne peut plus, non plus, se cantonner dans le silence et nous dire qu&#8217;il ne savait rien. La connaissance maintenant acquise de la n\u00e9bulosit\u00e9 de ce programme, de l&#8217;absence de r\u00e8gles, de normes, de crit\u00e8res de s\u00e9lection et d&#8217;\u00e9valuation, de plan strat\u00e9gique et de toutes les autres formes d&#8217;informations n\u00e9cessaires, habituellement, pour aller chercher des fonds aupr\u00e8s du Conseil du Tr\u00e9sor, nous oblige \u00e0 nous poser des questions fondamentales sur le ro\u00cc\u201ale qu&#8217;a jou\u00e9 M. Martin dans ce dossier. Mme Sheila Copps a raison de dire que en tant que vice-pr\u00e9sident du Conseil du Tr\u00e9sor, M. Martin a obligatoirement \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de ce dossier probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Avec l&#8217;aide de la ministre Lucienne Robillard, l&#8217;ex-pr\u00e9sidente du Conseil du Tr\u00e9sor, le premier ministre Martin devra rapidement expliquer aux Canadiens et aux Canadiennes depuis quand le Conseil du Tr\u00e9sor se permet de d\u00e9penser plus de 200 millions de dollars sans exiger un canevas de normalisation (normes, crit\u00e8res, seuil des d\u00e9penses autoris\u00e9es et analyses des r\u00e9sultats ant\u00e9rieurs). L&#8217;un comme l&#8217;autre devront nous dire s&#8217;il s&#8217;agissait l\u00e0 d&#8217;une fa\u00e7on courante d&#8217;attribuer les deniers publics aux minist\u00e8res et organismes publics, lorsqu&#8217;ils \u00e9taient \u00e0 la t\u00e9\u201ate du Conseil du Tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>Si M. Martin maintient son discours qui plaide son ignorance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;existence de ce ga\u00cc\u201achis, il devra nous expliquer pourquoi il a abdiqu\u00e9 \u00e0 ses responsabilit\u00e9s de gardien de la bonne gestion des fonds publics. Il devra nous dire combien d&#8217;autres millions ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s \u00e0 gauche et \u00e0 droite sans que les demandes soient justifi\u00e9es avec toute la rationalit\u00e9 comptable n\u00e9cessaire. Il devra ensuite convaincre les Canadiens et les Canadiennes de lui faire de nouveau confiance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le 10 f\u00e9vrier 2004, date o\u00f9 la v\u00e9rificatrice g\u00e9n\u00e9rale du Canada (VGC), Sheila Fraser, a d\u00e9pos\u00e9 son rapport sur les activit\u00e9s de commandite, de publicit\u00e9 et de recherche sur l&#8217;opinion publique, le cynisme politique est \u00e0 son apog\u00e9e au Canada. 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