{"id":261658,"date":"2003-08-01T04:00:00","date_gmt":"2003-08-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/anatomie-dune-campagne-comment-les-liberaux-ont-repris-le-pouvoir-a-quebec\/"},"modified":"2025-10-07T19:35:43","modified_gmt":"2025-10-07T23:35:43","slug":"anatomie-dune-campagne-comment-les-liberaux-ont-repris-le-pouvoir-a-quebec","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/08\/anatomie-dune-campagne-comment-les-liberaux-ont-repris-le-pouvoir-a-quebec\/","title":{"rendered":"Anatomie d&#8217;une campagne : comment les lib\u00e9raux ont repris le pouvoir \u00e0\u00a0 Qu\u00e9bec"},"content":{"rendered":"<p>Le 14 avril dernier, les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ont \u00e9lu le Parti lib\u00e9ral pour remplacer le Parti qu\u00e9b\u00e9cois, au pouvoir depuis pr\u00e8s de neuf ans. Les lib\u00e9raux ont obtenu 46 p. 100 des voix et la majorit\u00e9 des si\u00e8ges (76), alors que le PQ a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 33 p. 100 des voix et 45 si\u00e8ges, et l&#8217;Action d\u00e9mocratique du Qu\u00e9bec, a 18 p. 100 des voix et 4 si\u00e8ges.<\/p>\n<p>Rarement, sinon jamais, a-t-on vu un \u00e9lectorat qu\u00e9b\u00e9cois aussi volatil et une campagne \u00e9lectorale exer\u00e7ant autant d&#8217;effet sur les \u00e9lecteurs. Comme le r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le graphique 1, de mai 2001 \u00e0 mai 2002, les lib\u00e9raux avaient domin\u00e9 dans les intentions de vote au prorata. De fait, en moyenne, ils obtenaient 43 p. 100 des intentions de vote, contre 36 p. 100 pour le PQ et 20 p. 100 pour l&#8217;ADQ. Mais \u00e0 partir de f\u00e9vrier 2002, l&#8217;ADQ, jusque-l\u00e0 un tiers parti tr\u00e8s faible, cr\u00e9ait une premi\u00e8re surprise en progressant rapidement pour devenir le parti dominant pendant six mois, entre juin et novembre, avec 39 p. 100 des intentions de vote en moyenne contre 34 p. 100 au PLQ et seulement 27 p. 100 au PQ. Certains anticipaient m\u00eame la disparition du PQ, du moins en terme de si\u00e8ges. Puis le degr\u00e9 de volatilit\u00e9 s&#8217;est accentu\u00e9, et au cours des deux mois suivants, les trois partis se sont retrouv\u00e9s pratiquement nez \u00e0 nez, avec une l\u00e9g\u00e8re avance pour les lib\u00e9raux et l&#8217;ADQ en troisi\u00e8me place. Ce parti amor\u00e7a alors un d\u00e9clin aussi rapide que l&#8217;avait \u00e9t\u00e9 son ascension, jusqu&#8217;au jour de l&#8217;\u00e9lection. Entre f\u00e9vrier et mars 2003, ce fut au tour du PQ de devancer ses adversaires, avec 42 p. 100 des intentions de vote en moyenne, contre 34 p. 100 au PLQ et 23 p. 100 a l&#8217;ADQ. Le PQ en profita pour d\u00e9clencher des \u00e9lections le 12 mars. Mais un nouveau renversement se produisit durant les deux derni\u00e8res semaines de la campagne \u00e9lectorale, d\u00e9but avril, les lib\u00e9raux reprenant la premi\u00e8re place, pour finalement sortir vainqueurs de l&#8217;\u00e9lection.<\/p>\n<p>Que s&#8217;est-il donc pass\u00e9 qui puisse expliquer cette volatilit\u00e9 exceptionnelle et, finalement, la victoire lib\u00e9rale ? Il faut d&#8217;abord mentionner que depuis l&#8217;arriv\u00e9e de Bernard Landry a la t\u00e9t\u00e9 du PQ, en mars 2001, jusqu&#8217;au d\u00e9but de 2003, sauf pour quelques mois \u00e0 la fin de 2001, un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 d&#8217;insatisfaction envers le gouvernement p\u00e9quiste avait g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9valu (graphique 2). Ainsi en moyenne, entre f\u00e9vrier 2002 et janvier 2003, pas moins de 58 p. 100 des \u00e9lecteurs se d\u00e9claraient insatisfaits du gouvernement, alors que seulement 36 p. 100 se disaient satisfaits. Ceci semblait indiquer un fort d\u00e9sir de changer de gouvernement, comme ce fut le cas au Qu\u00e9bec depuis 1960 chaque fois qu&#8217;un parti se trouvait \u00e0 la fin d&#8217;un deuxi\u00e8me mandat.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, les \u00e9lecteurs insatisfaits se sont tourn\u00e9s vers les lib\u00e9raux, mais plusieurs facteurs jou\u00e8rent contre ce parti, dont la position polaris\u00e9e qu&#8217;il occupait sur l&#8217;axe constitutionnel, la d\u00e9saffection envers les vieux partis et surtout l&#8217;impopularit\u00e9 du leader lib\u00e9ral. Bien qu&#8217;au d\u00e9but de 2002 Jean Charest ait \u00e9t\u00e9 aussi populaire que Bernard Landry, il reste qu&#8217;en g\u00e9n\u00e9ral, entre novembre 2001 et l&#8217;\u00e9lection de 2003, la popularit\u00e9 du leader lib\u00e9ral \u00e9tait toujours inf\u00e9rieure \u00e0 celle de son parti, par une moyenne de 7 points de pourcentage, alors que celle du leader p\u00e9quiste ainsi que celle du leader ad\u00e9quiste Mario Dumont \u00e9taient tant\u00f4t. Et inf\u00e9rieures, tant\u00f4t sup\u00e9rieures \u00e0 celle de leur parti respectif, et en moyenne, inf\u00e9rieures dans chaque cas, mais par moins d&#8217;un point seulement.<\/p>\n<p>Devant de si fortes r\u00e9ticences face aux lib\u00e9raux, plusieurs \u00e9lecteurs se sont tourn\u00e9s vers un tiers parti, l&#8217;ADQ, qui a rapidement domin\u00e9 dans les sondages pour une partie de 2002, remportant m\u00eame quatre de sept \u00e9lections compl\u00e9mentaires tenues en avril et juin de cette ann\u00e9e-l\u00e0. Mais ces succ\u00e8s eurent peu de suite, car l&#8217;ADQ avait aussi ses points n\u00e9gatifs. Il y avait d&#8217;abord son organisation demeur\u00e9e tr\u00e8s d\u00e9ficiente et son inexp\u00e9rience, de m\u00eame que celle de son jeune leader. C&#8217;est ainsi que lors d&#8217;un sondage SOM en mars 2003, pas moins de 68 p. 100 des r\u00e9pondants d\u00e9clar\u00e8rent que Mario Dumont n&#8217;avait pas l&#8217;exp\u00e9rience politique n\u00e9cessaire pour diriger le Qu\u00e9bec. De plus, sur nombre d&#8217;enjeux de son programme n\u00e9o-lib\u00e9ral, l&#8217;ADQ subit des attaques intenses de toutes parts, ce qui amena le parti \u00e0 tergiverser sur des aspects critiques de sa plate-forme, tel le taux d&#8217;imposition unique. Les attaques vinrent non seulement des partis adverses et des syndicats ouvriers, ce qui ne saurait surprendre, mais aussi d&#8217;\u00e0 peu pr\u00e8s toute l&#8217;intelligentsia qu\u00e9b\u00e9coise. Comme les \u00e9tudes le d\u00e9montrent, en pr\u00e9sence d&#8217;un tel consensus au sein des \u00e9lites, les \u00e9lecteurs ont fortement tendance \u00e0 adopter les positions de ces derniers. C&#8217;est ce qui s&#8217;est produit en bonne partie cette fois-ci. Ajoutons de plus que dans un syst\u00e8me comprenant deux partis forts, les tiers partis ont souvent \u00e9norm\u00e9ment de difficult\u00e9 \u00e0 s&#8217;implanter. Finalement, protester contre les vieux partis dans des \u00e9lections compl\u00e9mentaires ou en dehors d&#8217;une campagne \u00e9lectorale entraine beaucoup moins de cons\u00e9quences que de le faire au moment d&#8217;une \u00e9lection g\u00e9n\u00e9rale. Il s&#8217;ensuivit donc un d\u00e9clin de ce parti plus prononc\u00e9 que ce qu&#8217;on aurait pu escompter.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 la persistance des r\u00e9ticences face aux lib\u00e9raux, les supporters de l&#8217;ADQ se tourn\u00e8rent surtout vers le PQ, qui se retrouva finalement solidement en t\u00e9t\u00e9 durant f\u00e9vrier et mars 2003. Au m\u00eame moment, on a not\u00e9 un accroissement du degr\u00e9 de satisfaction. Le d\u00e9clin de l&#8217;ADQ finit cependant par favoriser aussi le PLQ, qui fit un gain d&#8217;environ 5 points durant les deux premi\u00e8res semaines de la campagne \u00e9lectorale. Mais ce n&#8217;\u00e9tait pas suffisant pour lui assurer la victoire.<\/p>\n<p>Le revirement d\u00e9cisif s&#8217;est produit \u00e0 la suite du d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 des chefs, tenu le 31 mars, deux semaines avant le jour du scrutin, un d\u00e9bat duquel Jean Charest est sorti largement vainqueur. Ainsi, dans un sondage \u00e9clair effectu\u00e9 le soir m\u00eame, 55 p. 100 des t\u00e9l\u00e9spectateurs jug\u00e8rent sa performance comme excellente ou tr\u00e8s bonne, alors que seulement 37 p. 100 des r\u00e9pondants accordaient un tel score \u00e0 Bernard Landry et 25 p. 100 \u00e0 Mario Dumont. Lorsque dans un sondage subs\u00e9quent, on demanda a ceux qui avaient vu le d\u00e9bat lequel des trois chefs avait \u00e9t\u00e9 le plus convaincant, 54 p. 100 opt\u00e8rent pour Jean Charest, 24 p. 100 pour Bernard Landry et 7 p. 100 pour Mario Dumont. La popularit\u00e9 de Charest fit imm\u00e9diatement un bond important. En ce qui concerne l&#8217;\u00e9valuation des chefs relativement \u00e0 leur capacit\u00e9 de diriger le Qu\u00e9bec, il gagna environ 10 points de pourcentage, pour atteindre 34 p. 100, aux d\u00e9pens des leaders p\u00e9quiste et ad\u00e9quiste, qui perdirent 7 et 4 points respectivement, pour se retrouver \u00e0 32 p. 100 et 11 p. 100. Le parti lib\u00e9ral de Jean Charest \u00e9tait soudainement devenu une alternative attrayante pour plusieurs \u00e9lecteurs auparavant sceptiques.<\/p>\n<p>L&#8217;effet du d\u00e9bat sur les pr\u00e9f\u00e9rences partisanes fut imm\u00e9diat. Les lib\u00e9raux firent un gain de 8 points dans le dernier sondage CROP, pour atteindre 44 p. 100 au prorata, et le PQ perdit 9 points pour se retrouver \u00e0 35 p. 100. Les lib\u00e9raux jouissaient d\u00e9sormais d&#8217;une avance de 9 points sur le PQ, avance cette fois suffisante pour leur assurer la victoire. Les r\u00e9sultats de ce sondage, lorsque r\u00e9ajust\u00e9s par une r\u00e9partition des discrets selon leur intention de vote r\u00e9f\u00e9rendaire, correspondaient exactement au vote r\u00e9el, soit46p.100auPLQet33p.100au PQ respectivement. L&#8217;ADQ, quant \u00e0 elle, avait continu\u00e9 son d\u00e9clin en mars, avec 17 p. 100 d&#8217;appuis \u00e0 la veille du scrutin, et 18 p. 100 le jour du vote.<\/p>\n<p>Il est extr\u00eamement int\u00e9ressant et r\u00e9v\u00e9lateur de suivre les transferts des appuis partisans durant la campagne \u00e9lectorale, apr\u00e8s le d\u00e9bat surtout, et d&#8217;en trouver les causes.<\/p>\n<p>Mentionnons d&#8217;abord que si le degr\u00e9 de satisfaction envers le gouvernement du PQ est demeur\u00e9 tr\u00e8s bas en 2002, il s&#8217;\u00e9tait grandement am\u00e9lior\u00e9 juste avant et pendant la campagne \u00e9lectorale, passant de 36 p. 100 en 2002a51p.100alafindelacampagne. Mais pour des raisons qui en ont rendu plusieurs perplexes, les attitudes favorables \u00e0 un changement de gouvernement, qui \u00e9taient demeur\u00e9es tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es entre janvier et octobre 2002, atteignant m\u00eame 62 p. 100 en moyenne, \u00e9taient encore tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es en fin de campagne. Ainsi lors du dernier sondage CROP, 57 p. 100 exprim\u00e8rent un tel d\u00e9sir de changement, alors que seulement 32 p. 100 se dirent favorables \u00e0 continuer avec le gouvernement Landry. Ainsi, non seulement la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des insatisfaits (85 p. 100) d\u00e9siraient-ils changer de gouvernement, mais parmi ceux qui se disaient satisfaits, pas moins du tiers (34 p. 100) partageaient ce d\u00e9sir de changement. Comment expliquer ce paradoxe d&#8217;\u00e9lecteurs satisfaits qui exprimaient le d\u00e9sir de changer de gouvernement ?<\/p>\n<p>C&#8217;est qu&#8217;\u00e0 la fin de la campagne, comme le r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le graphique 3, les trois quarts (73 p. 100) des \u00e9lecteurs qui, quoique satisfaits, voulaient changer de gouvernement, \u00e9taient des tenants du NON sur l&#8217;option souverainiste. Cette proportion de NON \u00e9tait \u00e0 peine inf\u00e9rieure \u00e0 celle qu&#8217;on trouvait chez ceux qui \u00e9taient insatisfaits et d\u00e9siraient un tel changement (79 p. 100). (Ajoutons que 84 p. 100 des premiers et 83 p. 100 des seconds s&#8217;opposaient m\u00eame \u00e0 la tenue d&#8217;un nouveau r\u00e9f\u00e9rendum sur cette option.) Inversement, il n&#8217;y avait une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 de OUI (70 p. 100) que chez les \u00e9lecteurs satisfaits qui voulaient continuer avec le m\u00eame gouvernement. Quant aux \u00e9lecteurs insatisfaits, mais qui d\u00e9siraient quand m\u00eame garder le m\u00eame gouvernement, ils \u00e9taient tr\u00e8s peu nombreux (3 p. 100 des r\u00e9pondants) et compos\u00e9s \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9galement de OUI et de NON, soit 47 p. 100 et 49 p. 100, respectivement.<\/p>\n<p>Ce \u00e0 quoi on pouvait donc s&#8217;attendre se produisit apr\u00e8s le d\u00e9bat, comme le r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le graphique 4, qui rapporte l&#8217;\u00e9volution de la relation entre les intentions de vote et les options r\u00e9f\u00e9rendaires pendant la campagne. Les donn\u00e9es proviennent des trois sondages CROP de mars, avant le d\u00e9bat, et de celui d&#8217;avril, apr\u00e8s le d\u00e9bat. Ces donn\u00e9es d\u00e9montrent clairement la migration des tenants du NON vers le PLQ. En effet, si, de fa\u00e7on stable, dans les trois sondages faits avant le d\u00e9bat, pr\u00e8s du quart des tenants du NON (22 p. 100 en moyenne) disaient avoir l&#8217;intention de voter pour le PQ, cette proportion est soudainement tomb\u00e9e de pr\u00e8s de la moiti\u00e9, a 12 p.100, apr\u00e8s le d\u00e9bat\u2014 a un moment incidemment ou les appuis au NON \u00e9taient \u00e0 un sommet (62 p. 100 au prorata). De m\u00eame, la proportion de ces NON qui favorisaient l&#8217;ADQ d\u00e9clina graduellement dans tous ces sondages, avant m\u00eame le d\u00e9bat dans ce cas, passant de 26 p. 100 \u00e0 17 p. 100, au profit du PLQ. Ainsi, alors qu&#8217;au d\u00e9part, les lib\u00e9raux n&#8217;obtenaient que la moiti\u00e9 des appuis parmi les NON (49 p. 100), ils en r\u00e9coltaient les deux tiers (67 p. 100) apr\u00e8s le d\u00e9bat. Quoique cela ne soit pas indiqu\u00e9 dans le graphique, mentionnons que les lib\u00e9raux gagn\u00e8rent aussi des appuis parmi les \u00e9lecteurs qui refusaient de r\u00e9v\u00e9ler leur option r\u00e9f\u00e9rendaire, passant de 19 p. 100 \u00e0 31 p. 100, aux d\u00e9pens de l&#8217;ADQ.<\/p>\n<p>Inversement, le graphique indique que les pr\u00e9f\u00e9rences des tenants du OUI ne boug\u00e8rent pratiquement pas durant la campagne. En particulier, les appuis du PQ demeur\u00e8rent relativement stables parmi les OUI, m\u00eame apr\u00e8s le d\u00e9bat, pour une moyenne de 70 p. 100 dans ces sondages.<\/p>\n<p>D&#8217;autres donn\u00e9es, que nous ne pr\u00e9sentons pas ici, indiquent qu&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne analogue s&#8217;est produit chez les \u00e9lecteurs insatisfaits. En effet, les lib\u00e9raux firent des gains constants dans cette portion de l&#8217;\u00e9lectorat, passant de 41 p. 100 des intentions de vote avant la campagne a environ 53 p. 100 pendant la campagne, mais avant le d\u00e9bat, et finalement a 63 p. 100 apr\u00e8s le d\u00e9bat, aux d\u00e9pens tant du PQ que de l&#8217;ADQ.<\/p>\n<p>Le graphique 5 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les effets ind\u00e9pendants de ces deux variables, soit le degr\u00e9 de satisfaction des \u00e9lecteurs \u00e0 l&#8217;endroit du gouvernement p\u00e9quiste et leur option r\u00e9f\u00e9rendaire, \u00e0 la fin de la campagne. Dans le cas des lib\u00e9raux, le vote fut surtout d\u00e9pendant de ces derni\u00e8res options. Les tenants du NON d\u00e9clar\u00e8rent vouloir voter en tr\u00e8s forte majorit\u00e9 pour ce parti, qu&#8217;ils soient satisfaits ou non du gouvernement, soit \u00e0 55 p. 100 et 74 p. 100 respectivement. Inversement, tr\u00e8s peu de tenants du OUI voulaient appuyer ce parti, m\u00eame lorsqu&#8217;ils \u00e9taient insatisfaits du gouvernement sortant. Dans le cas du PQ, les deux facteurs agirent conjointement. Il fallait \u00eatre \u00e0\u00a0la fois un tenant du OUI et \u00eatre satisfait pour vouloir voter PQ, qui obtenait alors 82 p. 100 d&#8217;appuis. Mais les OUI insatisfaits pr\u00e9f\u00e9raient appuy\u00e9s l&#8217;ADQ. C&#8217;\u00e9tait m\u00eame le seul sous-groupe au sein duquel l&#8217;ADQ obtenait une pluralit\u00e9 d&#8217;appuis (40 p. 100), mais c&#8217;\u00e9tait aussi le sous-groupe le moins nombreux.<\/p>\n<p>Il existait donc en 2003 un niveau \u00e9lev\u00e9 d&#8217;ambivalence chez plusieurs \u00e9lecteurs, a l&#8217;instar de ce qu&#8217;on a pu observer au cours de plusieurs \u00e9lections au Qu\u00e9bec depuis pr\u00e8s de 35 ans. Cette fois-ci cependant ce n&#8217;\u00e9tait pas tant que le PQ avait le vent dans les voiles et qu&#8217;en cons\u00e9quence plusieurs \u00e9taient tiraill\u00e9s entre un attrait prononc\u00e9 pour ce parti et des r\u00e9ticences s\u00e9rieuses face \u00e0 son option. L&#8217;attrait pour le PQ \u00e9tait apr\u00e8s tout mitig\u00e9, avec un degr\u00e9 de satisfaction mod\u00e9r\u00e9, apparu tardivement, et surtout accompagn\u00e9 d&#8217;un fort d\u00e9sir de changement apr\u00e8s deux mandats. L&#8217;attrait pour ce parti \u00e9tait un attrait par d\u00e9faut.<\/p>\n<p>L&#8217;ambivalence en 2003 provenait plut\u00f4t. Et des grandes r\u00e9ticences que suscitait le leadership du PLQ, m\u00eame si cela s&#8217;accompagnait d&#8217;une attirance pour ce parti comme repr\u00e9sentant traditionnel du camp du NON et seul parti d&#8217;opposition capable d&#8217;assurer un changement de gouvernement. Alors que d&#8217;habitude l&#8217;ambivalence envers le PQ se r\u00e9sorbait seulement le jour du scrutin par un vote pour ce parti inf\u00e9rieur \u00e0 ce que les derniers sondages lui pr\u00e9disaient, cette fois-ci l&#8217;ambivalence envers le PLQ s&#8217;est r\u00e9sorb\u00e9 \u00e0 la suite du d\u00e9bat des chefs, deux semaines avant le vote, le d\u00e9bat ayant lev\u00e9 le handicap que l&#8217;impopularit\u00e9 du chef lib\u00e9ral repr\u00e9sentait.\u00a0Ajoutons que l&#8217;ambivalence envers le PLQ avait \u00e9t\u00e9 une source importante des succ\u00e8s de l&#8217;ADQ en 2002.<\/p>\n<p>En somme, de nombreux tenants du NON auparavant ambivalents face aux lib\u00e9raux se sont finalement tourn\u00e9 vers ce parti, qu&#8217;ils aient \u00e9t\u00e9 insatisfaits du PQ ou m\u00eame satisfaits, mais de fa\u00e7on mitig\u00e9e. Seule une partie importante des ambivalents insatisfaits du PQ, mais tenants du OUI, ne purent se rallier \u00e0 un parti lib\u00e9ral jug\u00e9 trop f\u00e9d\u00e9raliste et ont plut\u00f4t Et opt\u00e9 pour l&#8217;ADQ. Dans l&#8217;ensemble tout ceci devait assurer une victoire d\u00e9cisive pour les lib\u00e9raux, le PQ ne r\u00e9coltant que le tiers des voix, son score le plus bas depuis 1973.<\/p>\n<p>C&#8217;est dire que les appels p\u00e9quistes aux f\u00e9d\u00e9ralistes pendant la campagne ne furent pas entendus. C&#8217;est m\u00eame le contraire qui s&#8217;est produit. On peut douter de la justesse de la strat\u00e9gie emprunt\u00e9e par les p\u00e9quistes qui ont insist\u00e9 sur leur option souverainiste et la possibilit\u00e9 de tenir un nouveau r\u00e9f\u00e9rendum. Ceci ne pouvait qu&#8217;accroitre les r\u00e9ticences des f\u00e9d\u00e9ralistes sans pour autant, croyons-nous, augmenter l&#8217;attrait du PQ aupr\u00e8s des souverainistes. Une strat\u00e9gie plus rentable pour le PQ Et peut \u00eatre \u00e9t\u00e9 de promettre de ne pas tenir de r\u00e9f\u00e9rendum pendant un prochain mandat, comme le d\u00e9sirait une large majorit\u00e9 de l&#8217;\u00e9lectorat. Mais m\u00eame cela n&#8217;aurait probablement pas suffi \u00e0 alt\u00e9rer grandement le d\u00e9sir de changement et les r\u00e9sultats de l&#8217;\u00e9lection.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 14 avril dernier, les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ont \u00e9lu le Parti lib\u00e9ral pour remplacer le Parti qu\u00e9b\u00e9cois, au pouvoir depuis pr\u00e8s de neuf ans. 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