{"id":261639,"date":"2003-06-01T04:00:00","date_gmt":"2003-06-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/"},"modified":"2025-10-07T19:35:03","modified_gmt":"2025-10-07T23:35:03","slug":"chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/","title":{"rendered":"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap-big\">Les aspirants politiciens canadiens qui sont dou\u00e9s pour la gestion et qui attachent plus d&#8217;importance au pouvoir qu&#8217;aux id\u00e9aux trouveront en Jean Chr\u00e9tien, ce pragmatiste aux instincts politiques aiguis\u00e9s, un excellent mod\u00e8le suivre. Monsieur Chr\u00e9tien a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 les grandes visions, les initiatives audacieuses et toute tentative d&#8217;entrainer le pays dans une red\u00e9finition de lui-m\u00e9me, dans l&#8217;exploration de nouvelles relations interr\u00e9gionales ou dans la r\u00e9forme des institutions politiques nationales. C&#8217;est surtout \u00e0 ses qualit\u00e9s de gestionnaire, tant par le ton que par la substance, qu&#8217;on peut attribuer sa long\u00e9vit\u00e9. En plus d&#8217;\u00eatre dou\u00e9 pour la politique, Chr\u00e9tien a \u00e9galement eu la chance de n&#8217;avoir \u00e0 affronter aucun v\u00e9ritable parti national du cot\u00e9 de l&#8217;opposition et de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une forte croissance \u00e9conomique en Am\u00e9rique du Nord durant une bonne partie de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>David Bercuson, un historien canadien de renom, a \u00e9crit que la derni\u00e8re chose dont le Canada avait besoin en 1993 \u00e9tait un rapide et profond changement, ajoutant que les gouvernements de Pierre Trudeau et de Brian Mulroney avaient su faire passer la paix, l&#8217;ordre et le bon gouvernement, surtout le bon gouvernement, au second plan derri\u00e8re leurs visions particuli\u00e8res de l&#8217;ing\u00e9nierie sociale et politique. S&#8217;il est vrai que la derni\u00e8re chose que souhaitaient les Canadiens en 1993 \u00e9tait un changement de fond, leur souhait a \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9 lorsqu&#8217;ils ont port\u00e9 Jean Chr\u00e9tien au pouvoir.<\/p>\n<p>En effet, Chr\u00e9tien \u00e9tait fier d&#8217;affirmer qu&#8217;il ne d\u00e9sirait pas d\u00e9finir une grande vision pour le Canada. Lorsqu&#8217;on lui a demand\u00e9, par exemple, de parler des difficult\u00e9s constitutionnelles du Canada, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, il a r\u00e9pondu que c&#8217;\u00e9tait un peu comme lorsqu&#8217;un automobiliste est embourb\u00e9 dans un banc de neige : pour s&#8217;en sortir, il lui faut faire balancer la voiture d&#8217;avant en arri\u00e8re. La m\u00eame logique, disait-il, pouvait s&#8217;appliquer aux ennuis constitutionnels du Canada. Et Chr\u00e9tien est pass\u00e9 ma\u00eetre dans l&#8217;art de faire balancer d&#8217;avant en arri\u00e8re les politiques et les programmes de son gouvernement pour s&#8217;assurer d&#8217;\u00eatre r\u00e9\u00e9lu. Les exemples sont nombreux, tels que la d\u00e9cision de r\u00e9duire les prestations d&#8217;assurance ch\u00f4mage et l&#8217;impact que cela a eu sur le Canada atlantique \u00e0 la suite de l&#8217;examen des programmes en 1995. Chr\u00e9tien avait alors expliqu\u00e9 que ces r\u00e9ductions \u00e9taient dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00e0 long terme des provinces Maritimes et que cela leur permettrait d&#8217;\u00eatre moins d\u00e9pendantes \u00e0 l&#8217;\u00e9ggard des paiements de transfert du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. Or, en mars 2000, Chr\u00e9tien d\u00e9clarait que son gouvernement gagnerait plus de si\u00e8ges dans cette r\u00e9gion lors des prochaines \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales mais qu&#8217;il lui faudrait apparemment y r\u00e9gler d&#8217;abord le probl\u00e8me de l&#8217;assurance-ch\u00f4mage. Ce qu&#8217;il fit ; juste assez pour reprendre quelques chateaux forts lib\u00e9raux aux \u00e9lections de l&#8217;an 2000. Tel est le discours que tient un politicien de carri\u00e8re \u00e0 la poursuite du pouvoir plut\u00f4t que d&#8217;une id\u00e9ologie politique ou d&#8217;id\u00e9es fermement soutenues.<\/p>\n<p>Avant m\u00e9\u201ame de s&#8217;asseoir dans le fauteuil du premier ministre, Chr\u00e9tien connaissait intimement l&#8217;appareil gouvernemental et savait parfaitement comment fonctionne le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. D&#8217;ailleurs, il aimait rappeller \u00e0 ses sous-ministres et autres fonctionnaires de carri\u00e8re qu&#8217;il si\u00e9geait d\u00e9j\u00e0 au Cabinet alors qu&#8217;ils \u00e9taient encore sur les bancs d&#8217;\u00e9cole. Conna\u00eetre les rouages administratifs n&#8217;est pas un mince avantage pour un premier ministre qui souhaite saisir rapidement les leviers du pouvoir et donner des directives en mati\u00e8re de gestion \u00e0 son Cabinet et \u00e0 la fonction publique.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Chr\u00e9tien a pris le pouvoir en 1993 un peu comme un nouveau pr\u00e9sident-directeur g\u00e9n\u00e9ral prend en main une grande soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Il n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 critiquer son pr\u00e9d\u00e9cesseur, insistant sur le fait que ses politiques avaient nui aussi bien \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9conomie nationales, et affirmant sans ambages que ses relations avec le pr\u00e9sident des Etats-Unis \u00e9taient devenues trop \u00e9troites. Le pays, a-t-il soutenu, faisait face \u00e0 un \u00e9crasant d\u00e9ficit qui nuisait \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie et au bon fonctionnement du gouvernement. Il a \u00e9galement soutenu qu&#8217;il n&#8217;irait pas \u00e0 la p\u00eache avec le pr\u00e9sident am\u00e9ricain comme l&#8217;avait souvent fait Brian Mulroney avec George Bush. C&#8217;\u00e9tait l\u00e0 sans doute une puissante image dont les Canadiens pouvaient s&#8217;impr\u00e9gner au moment d&#8217;aller voter, mais elle en disait peu sur la mani\u00e8re pr\u00e9cise dont les relations canado-am\u00e9ricaines seraient g\u00e9r\u00e9es \u00e0 l&#8217;avenir.<\/p>\n<blockquote><p>Chr\u00e9tien \u00e9tait fier d&#8217;affirmer qu&#8217;il ne d\u00e9sirait pas d\u00e9finir une grande vision pour le Canada. Lorsqu&#8217;on lui a demand\u00e9, par exemple, de parler des difficult\u00e9s constitutionnelles du Canada, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, il a r\u00e9pondu que c&#8217;\u00e9tait un peu comme lorsqu&#8217;un automobiliste est embourb\u00e9 dans un banc de neige : pour s&#8217;en sortir, il lui faut faire balancer la voiture d&#8217;avant en arri\u00e8re.<\/p><\/blockquote>\n<p>Chr\u00e9tien a d\u00e9pos\u00e9 un programme \u00e9lectoral, qu&#8217;on a appel\u00e9 le Livre rouge, au cours de la campagne de 1993. Celuici avait pour but de riposter aux critiques \u00e9mises \u00e0 l&#8217;endroit de Chr\u00e9tien, dont on disait qu&#8217;il \u00e9tait incapable d&#8217;articuler une vision nationale ou de pr\u00e9senter de nouvelles id\u00e9es, et de dissiper l&#8217;affirmation souvent entendue au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 selon laquelle il appartenait \u00e0 une \u00e9poque r\u00e9volue. Avant la d\u00e9b\u00e2cle de Kim Campbell, au milieu de la campagne, les sondages d&#8217;opinion publique indiquaient que Chr\u00e9tien souffrait de lacunes importantes sur plusieurs fronts, et il \u00e9tait d\u00e9peint dans les m\u00e9dias comme \u00e9tant d\u00e9pourvu d&#8217;id\u00e9es. Comme le signalent Edward Greenspon et Anthony Wilson-Smith dans leur livre <em>Double Vision<\/em>, on esp\u00e9rait que le Livre rouge attirerait l&#8217;attention des Canadiens sur une s\u00e9rie d&#8217;engagements pris durant la campagne et ainsi d\u00e9montrer que Chr\u00e9tien pouvait, en fait, proposer des id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Le Livre rouge a eu plus de succ\u00e8s avant l&#8217;\u00e9lection de Chr\u00e9tien qu&#8217;apr\u00e8s. En effet, le livre a alors perdu de sa pertinence, au moins une partie. Il est bien connu que le ministre des Finances, Paul Martin, avait maintes et maintes fois demand\u00e9 \u00e0 ses fonctionnaires de ne pas en tenir compte. Quoi qu&#8217;il en soit, le gouvernement est revenu sur plusieurs engagements &#8220;gros et petits&#8221; parmi lesquels la promesse de ren\u00e9gocier l&#8217;ALENA, de mettre en place un programme de garderie, de remplacer la TPS, de renforcer le minist\u00e8re de l&#8217;Environnement et de r\u00e9duire les d\u00e9penses en consultants ext\u00e9rieurs de 620 millions de dollars d\u00e8s 1995-1996.<\/p>\n<p>S&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas une visionnaire, Chr\u00e9tien s&#8217;est toutefois montr\u00e9 particuli\u00e8rement habile \u00e0 r\u00e9soudre les crises ou \u00e0 g\u00e9rer les situations difficiles, comme un comp\u00e9tent cadre sup\u00e9rieur. On se rappellera que, dans son \u00e9ditorial du 12 janvier 1995, le <em>Wall Street Journal<\/em>, apr\u00e8s avoir mis en doute la solvabilit\u00e9 du Canada, d\u00e9clarait que le Mexique n&#8217;\u00e9tait pas le seul voisin des \u00c9tats-Unis \u00e0 flirter avec un gouffre financier, pour conclure que, \u00e0 moins de mesures \u00e9nergiques lors du prochain budget canadien, il n&#8217;\u00e9tait pas inconcevable que le Canada croule sous le poids de ses dettes et doive faire appel au Fonds mon\u00e9taire international afin de stabiliser sa monnaie. Cet \u00e9ditorial a produit un vif effet \u00e0 Ottawa. Mais encore fallait-il quelqu&#8217;un capable de prendre des d\u00e9cisions difficiles et de tenir bon. Bref, il fallait un gestionnaire coriace, et Chr\u00e9tien a su \u00eatre celui-l\u00e0.<\/p>\n<p>Chr\u00e9tien a aussi simplifi\u00e9 le processus d\u00e9cisionnel gouvernemental et a charg\u00e9 un comit\u00e9 du Cabinet d&#8217;entreprendre un examen des programmes autour de cinq questions :<\/p>\n<p>1) Le programme continue-t-il \u00e0 \u00eatre dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat public?<\/p>\n<p>2) Le gouvernement a-t-il un r\u00f4le l\u00e9gitime \u00e0 jouer dans ce programme?<\/p>\n<p>3) Le r\u00f4le actuel du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral est-il appropri\u00e9 ou le programme devrait-il \u00eatre r\u00e9align\u00e9 avec les provinces?<\/p>\n<p>4) Quelles activit\u00e9s devrait-on ou pourrait-on transf\u00e9rer au secteur priv\u00e9 ou b\u00e9n\u00e9vole?<\/p>\n<p>5) Si le programme est maintenu, comment pouvait-on en am\u00e9liorer l&#8217;efficacit\u00e9? De plus, le comit\u00e9 devait se prononcer sur les programmes et les activit\u00e9s dans leur ensemble, pour s&#8217;assurer qu&#8217;ils soient encore abordables compte tenu des compressions budg\u00e9taires impos\u00e9es, et d\u00e9terminer quels programmes ou quelles activit\u00e9s devraient \u00eatre abandonn\u00e9s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_69480\" aria-describedby=\"caption-attachment-69480\" style=\"width: 438px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-69480\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png\" alt=\"\" width=\"438\" height=\"625\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-69480\" class=\"wp-caption-text\">The Gazette, Montreal: Jean Chr\u00e9tien avec John Turner lors de la campagne au leadership du PLC, en 1984.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ces questions, selon Chr\u00e9tien, \u00e9taient pertinentes sur le plan des affaires et continueraient \u00e0 l&#8217;\u00eatre dans l&#8217;\u00e8re postd\u00e9ficitaire pour guider le gouvernement dans ses politiques et ses d\u00e9cisions. Chr\u00e9tien s&#8217;octroya le premier r\u00f4le dans ce processus de r\u00e9vision, annon\u00e7ant qu&#8217;il approuverait ou rejetterait personnellement \u00ab toutes \u00bb les d\u00e9cisions prises dans le cadre de cet examen avant qu&#8217;elles ne soient mises en \u0153uvre. C&#8217;est lui, et non le Cabinet ou le ministre des Finances, qui avait le dernier mot en mati\u00e8re de coupures, et ses ministres ont vite compris qu&#8217;il entendait bel et bien r\u00e9duire les d\u00e9penses. R\u00e9sultat : 50 000 postes ont \u00e9t\u00e9 abolis au sein du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral ; plus de 30 milliards de dollars ont \u00e9t\u00e9 retranch\u00e9s des programmes ; et, d\u00e8s 1997, la part des d\u00e9penses li\u00e9e aux programmes ne comptait plus que pour 13 p. 100 du PIB, le plus bas niveau depuis 1951. L&#8217;examen des programmes constitue un des principaux legs de Chr\u00e9tien, ce qui, on en convient, n&#8217;est pas rien.<\/p>\n<p>Chr\u00e9tien s&#8217;est \u00e9galement personnellement charg\u00e9 de nombreux autres dossiers difficiles, pr\u00e9f\u00e9rant les r\u00e9gler au cas par cas, \u00e0 leur m\u00e9rite, plut\u00f4t que d&#8217;une mani\u00e8re globale. C&#8217;est pourquoi, il est devenu bien meilleur tacticien que strat\u00e8ge. Par exemple, pendant qu&#8217;il \u00e9tait dans l&#8217;opposition, il a adopt\u00e9 une position sur la TPS et le projet d&#8217;accord du lac Meech qui a, par la suite, rendu la vie difficile \u00e0 son gouvernement. L&#8217;histoire nous r\u00e9v\u00e8le un excellent administrateur capable de g\u00e9rer des dossiers relativement simples, mais n\u00e9cessitant des d\u00e9cisions difficiles. Bref, dans le monde politique de Chr\u00e9tien, gouverner consistait \u00e0 prendre des d\u00e9cisions : que celles-ci forment une strat\u00e9gie ou soient coh\u00e9rentes entre elles comptait peu pour lui.<\/p>\n<p>Quant aux dossiers exigeant pr\u00e9voyance et cr\u00e9ativit\u00e9, Chr\u00e9tien avait beaucoup moins de succ\u00e8s. Son gouvernement, par exemple, n&#8217;avait aucune strat\u00e9gie pour le conduire jusqu&#8217;au r\u00e9f\u00e9rendum du Qu\u00e9bec, en 1995. En revanche, sa r\u00e9ponse postr\u00e9f\u00e9rendaire, notamment la Loi<em> sur la clart\u00e9 r\u00e9f\u00e9rendaire<\/em>, constituait essentiellement un jeu d\u00e9fensif tactique pour parer tout nouveau r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n<blockquote><p>En mati\u00e8re de relations internationales et d&#8217;affaires \u00e9trang\u00e8res, Chr\u00e9tien a eu tr\u00e8s peu d&#8217;influence sur la position du Canada dans le monde. En gros, sa strat\u00e9gie en ce domaine \u00e9tait de n&#8217;en avoir aucune.<\/p><\/blockquote>\n<p>En mati\u00e8re de relations internationales et d&#8217;affaires \u00e9trang\u00e8res, Chr\u00e9tien a eu tr\u00e8s peu d&#8217;influence sur la position du Canada dans le monde. En gros, sa strat\u00e9gie en ce domaine \u00e9tait de n&#8217;en avoir aucune. Pour lui, la guerre en Irak n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un autre dossier difficile \u00e0 g\u00e9rer sur le plan politique et, \u00e0 son habitude, il s&#8217;en est remis \u00e0 son instinct plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 des convictions profond\u00e9ment ancr\u00e9es. Pour s&#8217;en convaincre, il suffit de comparer sa fa\u00e7on de faire \u00e0 celle de Tony Blair ou de Jacques Chirac. Chr\u00e9tien attachait beaucoup d&#8217;importance \u00e0 la flexibilit\u00e9 dans ses relations avec les chefs d&#8217;\u00c9tat \u00e9trangers et cherchait surtout \u00e0 promouvoir une position susceptible de favoriser le commerce ou la conscience sociale. Il n&#8217;est pas all\u00e9 \u00e0 la p\u00eache avec Bush, mais il a souvent jou\u00e9 au golf avec Bill Clinton. Chr\u00e9tien pouvait rationaliser bien des choses ; c&#8217;est sans doute pourquoi, d&#8217;une certaine mani\u00e8re, il ne voyait aucune contradiction entre le fait d&#8217;avoir d\u00e9j\u00e0 critiqu\u00e9 les excursions de p\u00eache de Mulroney avec le pr\u00e9sident Bush et ses propres joutes avec Clinton. Il a accus\u00e9 Mulroney d&#8217;avoir perverti la politique et les politiciens par son favoritisme, ses relations avec les lobbyistes et ses op\u00e9rations commerciales louches. Aussi a-t-il a jur\u00e9 que lui et son gouvernement r\u00e9tabliraient l&#8217;honneur des politiciens et le respect envers la politique. Et pourtant, les lobbyistes ont continu\u00e9 \u00e0 prosp\u00e9rer tout au long de son r\u00e8gne, notamment ceux qui avaient des liens \u00e9troits avec le Parti lib\u00e9ral ou ses campagnes \u00e0 la direction, tandis que bon nombre de ceux qui avaient des liens avec le parti progressiste-conservateur ont tout simplement d\u00fb plier bagage. Les nominations par d\u00e9cret n&#8217;\u00e9taient pas moins partisanes, peut-\u00eatre l&#8217;\u00e9taient-elles m\u00eame plus sous Chr\u00e9tien que sous Mulroney. Il suffit de jeter un coup d&#8217;\u0153il rapide aux nominations qu&#8217;a faites Chr\u00e9tien au S\u00e9nat, aux tribunaux, aux conseils d&#8217;administration et m\u00eame \u00e0 la pr\u00e9sidence des soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;\u00c9tat pour s&#8217;apercevoir que la loyaut\u00e9 au Parti lib\u00e9ral ou \u00e0 ses deux campagnes \u00e0 la direction \u00e9tait importante. La controverse suscit\u00e9e par l&#8217;affaire de Grand-M\u00eare, dans laquelle Chr\u00e9tien a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9 directement, a tourbillonn\u00e9 autour de la colline parlementaire et a domin\u00e9 la couverture des m\u00e9dias nationaux pendant plusieurs mois. On se rappellera \u00e9galement que Chr\u00e9tien avait promis dans son Livre rouge de 1993 de nommer un conseiller en \u00e9thique ind\u00e9pendant, mais qu&#8217;il est revenu sur sa parole une fois au pouvoir. Chr\u00e9tien, tout comme Mulroney, a perdu plusieurs de ses ministres \u00e0 la suite de scandales politiques. Bref, sa performance en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9thique et de valeurs n&#8217;\u00e9tait gu\u00e8re meilleure que celle de Mulroney.<\/p>\n<p>Chr\u00e9tien \u00e9tait bien conscient qu&#8217;on lui reprochait de ne pas avoir de vision nationale claire et d\u00eatre incapable de produire et de d\u00e9finir de nouvelles id\u00e9es. Comme nous l&#8217;avons vu, cela explique sa d\u00e9cision de d\u00e9poser des<em> livres rouges<\/em> au cours des campagnes \u00e9lectorales. Cela explique \u00e9galement la tendance de son gouvernement \u00e0 d\u00e9voiler, de temps \u00e0 autre, d&#8217;importants engagements financiers. On se rappellera que le gouvernement Chr\u00e9tien a annonc\u00e9 d&#8217;importantes nouvelles d\u00e9penses dans le domaine de la sant\u00e9 ainsi que la cr\u00e9ation de plusieurs fondations, dont la Fondation canadienne des bourses d&#8217;\u00e9tude du mill\u00e9naire (2,5 milliards de dollars en 1998) et la Fondation canadienne pour l&#8217;innovation (3,15 milliards de dollars en 2002).<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Bien qu&#8217;elles aient \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressantes et peut-\u00eatre m\u00eame valables, ces mesures ne constituaient pas une strat\u00e9gie d&#8217;ensemble pour le Canada. Elles d\u00e9finissent plut\u00f4t le caract\u00e8re de Chr\u00e9tien et son legs : elles t\u00e9moignent de son aptitude \u00e0 g\u00e9rer les op\u00e9rations gouvernementales et des dossiers particuliers, mais elles ne repr\u00e9sentent pas une vision propre \u00e0 faire r\u00eaver les Canadiens et \u00e0 les faire oser. Elles n\u00e9gligent \u00e9galement les enjeux politiques les plus difficiles. En fait, elles ne respectent m\u00eame pas les cinq crit\u00e8res que Chr\u00e9tien avait lui-m\u00eame mis de l&#8217;avant dans le cadre de l&#8217;examen des programmes de 1995 en ce qui concerne toutes les d\u00e9penses existantes et futures du gouvernement, notamment la question no 3 : \u00ab Le r\u00f4le actuel du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral est-il appropri\u00e9 ou le programme devrait-il \u00eatre r\u00e9align\u00e9 avec les provinces? \u00bb Cette question, semble-t-il, \u00e9tait pertinente lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de r\u00e9duire le d\u00e9ficit mais, d\u00e8s que celui-ci fut r\u00e9sorb\u00e9, elle perdit de son int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<blockquote><p>Chr\u00e9tien \u00e9tait bien conscient qu&#8217;on lui reprochait de ne pas avoir de vision nationale claire et d\u00eatre incapable de produire et de d\u00e9finir de nouvelles id\u00e9es. Comme nous l&#8217;avons vu, cela explique sa d\u00e9cision de d\u00e9poser des<em> livres rouges<\/em> au cours des campagnes \u00e9lectorales. Cela explique \u00e9galement la tendance de son gouvernement \u00e0 d\u00e9voiler, de temps \u00e0 autre, d&#8217;importants engagements financiers.<\/p><\/blockquote>\n<p>Comme nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 dit, les bons gestionnaires s&#8217;enorgueillissent de pouvoir r\u00e9soudre rapidement les probl\u00e8mes qui surgissent, en prenant les d\u00e9cisions difficiles qui s&#8217;imposent. Il ne fait pas de doute que Chr\u00e9tien correspond \u00e0 cette description. De plus, comme David Bercuson l&#8217;a signal\u00e9, il\u00a0\u00e9tait tr\u00e8s avantageux pour le Canada en 1993 de se donner un premier ministre ayant de bonnes aptitudes \u00e0 la gestion plut\u00f4t qu&#8217;une vision sociopolitique. Gr\u00e2ce \u00e0 son instinct politique, Chr\u00e9tien savait intuitivement que le pouvoir est plus certain si l&#8217;on g\u00e8re les dossiers de fa\u00e7on pragmatique, un \u00e0 un, au lieu d&#8217;essayer de changer les choses de fond en comble. Il a \u00e9t\u00e9 un bon \u00e9l\u00e8ve et a bien retenu les le\u00e7ons apprises par Trudeau et Mulroney au cours de leurs derniers mois au pouvoir. En ce sens, donc, on peut dire que lorsque vient le moment, vient l&#8217;homme.<\/p>\n<p>Cela dit, Chr\u00e9tien a rat\u00e9 une occasion en or de s&#8217;attaquer \u00e0 un certain nombre de dossiers, compliqu\u00e9s il est vrai, mais importants, et qui demandaient un travail de longue haleine. Or, de tous les premiers ministres canadiens, Jean Chr\u00e9tien est sans doute celui qui disposait de la plus large marge de man\u0153uvre, puisqu&#8217;aucun des partis d&#8217;opposition \u00e0 la Chambre des communes n&#8217;\u00e9tait susceptible de constituer une menace s\u00e9rieuse au cours d&#8217;une campagne \u00e9lectorale nationale. Bref, il n&#8217;y avait aucun gouvernement en attente, un luxe auquel ne pouvaient que r\u00e8ver Wilfrid Laurier, Pierre Trudeau et Brian Mulroney. Durant le r\u00e8gne de Chr\u00e9tien, l&#8217;opposition \u00e9tait constitu\u00e9e de partis r\u00e9gionaux dont l&#8217;un n&#8217;avait de d\u00e9put\u00e9s que dans une seule province. Le chef du Bloc qu\u00e9b\u00e9cois est ainsi devenu chef de l&#8217;Opposition officielle en sachant fort bien qu&#8217;il ne deviendrait jamais premier ministre. Avant m\u00eame de d\u00e9clencher les \u00e9lections, Chr\u00e9tien savait qu&#8217;il allait gagner en 1997 et en 2000. Il aurait pu en profiter pour inciter les Canadiens \u00e0 s&#8217;attaquer aux probl\u00e8mes fondamentaux de leur pays, que ce soit les rapports entre les r\u00e9gions du Canada, entre les Canadiens et leurs institutions politiques et administratives nationales ou encore entre les r\u00e9gions et collectivit\u00e9s du Canada et leurs puissants voisins du Sud \u00e0 l&#8217;heure du libre-\u00e9change. Il n&#8217;en a rien fait.<\/p>\n<figure id=\"attachment_69482\" aria-describedby=\"caption-attachment-69482\" style=\"width: 340px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Trudeau.png\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-69482\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Trudeau.png\" alt=\"\" width=\"340\" height=\"625\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-69482\" class=\"wp-caption-text\">The Gazette, Montreal: Chr\u00e9tien avec le Premier Ministre Trudeau lors de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire qu\u00e9b\u00e9coise, en mai 1980.<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00c0 l&#8217;instar de Trudeau et de Mulroney, Chr\u00e9tien a \u00e9t\u00e9 un premier ministre pour l&#8217;Ontario et le Qu\u00e9bec, sans jamais vraiment prendre en consid\u00e9ration les pr\u00e9occupations et les aspirations de l&#8217;Ouest et du Canada atlantique. Il n&#8217;a jamais per\u00e7u la n\u00e9cessit\u00e9 de changer les choses, de r\u00e9former les institutions politiques et administratives nationales notamment. Le S\u00e9nat, le processus de nomination des juges, le mode de fonctionnement de la fonction publique f\u00e9d\u00e9rale, la non-pertinence croissante de la Chambre des communes, l&#8217;incapacit\u00e9 apparente des r\u00e9gions moins peupl\u00e9es d&#8217;avoir un mot \u00e0 dire dans les d\u00e9cisions nationales et d&#8217;autres questions fondamentales toutes ces questions ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9es en suspend.<\/p>\n<p>Jean Chr\u00e9tien est un politicien de carri\u00e8re ; il n&#8217;a pas connu d&#8217;autre profession. Les politiciens de carri\u00e8re nourrissent des ambitions politiques et savent tirer toutes les ficelles du pouvoir ; ils ne cherchent bien souvent qu&#8217;\u00e0 obtenir le pouvoir et \u00e0 le garder. Chr\u00e9tien \u00e9tait issu de ce moule. Il savait comment g\u00e9rer les dossiers politiques et gouvernementaux aussi bien, sinon mieux, que quiconque dans toute l&#8217;histoire politique canadienne. Il voyait peu de m\u00e9rite \u00e0 s&#8217;attaquer \u00e0 des questions plus fondamentales en partie parce qu&#8217;elles comportaient des risques politiques consid\u00e9rables. Il savait pertinemment que la r\u00e9forme des institutions politiques nationales ne pouvait qu&#8217;entra\u00eener une perte de pouvoir pour le premier ministre. Or, pour un politicien de carri\u00e8re tel que lui &#8220;apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 dur \u00e0 la Chambre des communes depuis 1993 et au Cabinet pendant presque vingt ans, apr\u00e8s avoir d\u00e9croch\u00e9 le poste le plus \u00e9lev\u00e9 et \u00eatre devenu \u00ab le patron \u00bb comme il aimait \u00e0 le dire&#8221; reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9former les institutions aurait exig\u00e9 une abn\u00e9gation impensable. Mais le Canada et les Canadiens, les r\u00e9gions et les institutions politiques nationales avaient toutes les raisons, eux, d&#8217;esp\u00e9rer mieux.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Souhaitez-vous r\u00e9agir \u00e0 cet article ?\u00a0<\/em><em>Joignez-vous aux d\u00e9bats d\u2019<\/em>Options politiques\u00a0<em>et soumettez-nous votre texte en suivant ces\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/article-submission\/\"><em>directives<\/em><\/a><em>.\u00a0<\/em><em>| Do you have something to say about the article you just read? Be part of the\u00a0<\/em>Policy Options<em>\u00a0discussion, and send in your own submission.\u00a0Here is a\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/article-submission\/\"><em>link<\/em><\/a><em>\u00a0on how to do it.\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les aspirants politiciens canadiens qui sont dou\u00e9s pour la gestion et qui attachent plus d&#8217;importance au pouvoir qu&#8217;aux id\u00e9aux trouveront en Jean Chr\u00e9tien, ce pragmatiste aux instincts politiques aiguis\u00e9s, un excellent mod\u00e8le suivre. Monsieur Chr\u00e9tien a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 les grandes visions, les initiatives audacieuses et toute tentative d&#8217;entrainer le pays dans une red\u00e9finition de lui-m\u00e9me, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"featured_media":232776,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"content-type":"","ep_exclude_from_search":false,"apple_news_api_created_at":"2025-10-07T23:35:06Z","apple_news_api_id":"5f72fbe4-3ae9-4c00-b91d-4f91668e075f","apple_news_api_modified_at":"2025-10-07T23:35:06Z","apple_news_api_revision":"AAAAAAAAAAD\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/w==","apple_news_api_share_url":"https:\/\/apple.news\/AX3L75DrpTAC5HU-RZo4HXw","apple_news_cover_media_provider":"image","apple_news_coverimage":0,"apple_news_coverimage_caption":"","apple_news_cover_video_id":0,"apple_news_cover_video_url":"","apple_news_cover_embedwebvideo_url":"","apple_news_is_hidden":"","apple_news_is_paid":"","apple_news_is_preview":"","apple_news_is_sponsored":"","apple_news_maturity_rating":"","apple_news_metadata":"\"\"","apple_news_pullquote":"","apple_news_pullquote_position":"","apple_news_slug":"","apple_news_sections":[],"apple_news_suppress_video_url":false,"apple_news_use_image_component":false},"categories":[9387,9358],"tags":[],"article-status":[],"irpp-category":[4295],"section":[],"irpp-tag":[],"class_list":["post-261639","issues","type-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-elaboration-de-politiques","category-politique","irpp-category-politique"],"acf":[],"apple_news_notices":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Les aspirants politiciens canadiens qui sont dou\u00e9s pour la gestion et qui attachent plus d&#8217;importance au pouvoir qu&#8217;aux id\u00e9aux trouveront en Jean Chr\u00e9tien, ce pragmatiste aux instincts politiques aiguis\u00e9s, un excellent mod\u00e8le suivre. Monsieur Chr\u00e9tien a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 les grandes visions, les initiatives audacieuses et toute tentative d&#8217;entrainer le pays dans une red\u00e9finition de lui-m\u00e9me, [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Policy Options\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/IRPP.org\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-10-07T23:35:03+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"447\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"638\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:site\" content=\"@irpp\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Est. reading time\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"17 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/\",\"name\":\"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2025\\\/08\\\/Chretien-Turner.png\",\"datePublished\":\"2003-06-01T08:00:00+00:00\",\"dateModified\":\"2025-10-07T23:35:03+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2025\\\/08\\\/Chretien-Turner.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2025\\\/08\\\/Chretien-Turner.png\",\"width\":447,\"height\":638},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2003\\\/06\\\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"The best PMs in the past 50 years\",\"item\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/2003\\\/06\\\/the-best-pms-in-the-past-50-years\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Policy Options\",\"description\":\"Institute for Research on Public Policy\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir","og_description":"Les aspirants politiciens canadiens qui sont dou\u00e9s pour la gestion et qui attachent plus d&#8217;importance au pouvoir qu&#8217;aux id\u00e9aux trouveront en Jean Chr\u00e9tien, ce pragmatiste aux instincts politiques aiguis\u00e9s, un excellent mod\u00e8le suivre. Monsieur Chr\u00e9tien a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 les grandes visions, les initiatives audacieuses et toute tentative d&#8217;entrainer le pays dans une red\u00e9finition de lui-m\u00e9me, [&hellip;]","og_url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/","og_site_name":"Policy Options","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/IRPP.org","article_modified_time":"2025-10-07T23:35:03+00:00","og_image":[{"width":447,"height":638,"url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png","type":"image\/png"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_site":"@irpp","twitter_misc":{"Est. reading time":"17 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/","url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/","name":"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir","isPartOf":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png","datePublished":"2003-06-01T08:00:00+00:00","dateModified":"2025-10-07T23:35:03+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/#primaryimage","url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png","contentUrl":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Chretien-Turner.png","width":447,"height":638},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/06\/chretien-la-politique-une-question-de-pouvoir\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"The best PMs in the past 50 years","item":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/2003\/06\/the-best-pms-in-the-past-50-years\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Chr\u00e9tien : la politique, une question de pouvoir"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/#website","url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/","name":"Policy Options","description":"Institute for Research on Public Policy","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/issues\/261639","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/issues"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/232776"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=261639"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=261639"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=261639"},{"taxonomy":"article-status","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article-status?post=261639"},{"taxonomy":"irpp-category","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/irpp-category?post=261639"},{"taxonomy":"section","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/section?post=261639"},{"taxonomy":"irpp-tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/irpp-tag?post=261639"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}