{"id":261583,"date":"2003-03-01T05:00:00","date_gmt":"2003-03-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/la-societe-efficiente-book-excerpt\/"},"modified":"2025-10-07T19:33:20","modified_gmt":"2025-10-07T23:33:20","slug":"la-societe-efficiente-book-excerpt","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2003\/03\/la-societe-efficiente-book-excerpt\/","title":{"rendered":"La soci\u00e9t\u00e9 efficiente (extrait de livre)"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap-big\">Saint Matthieu ne manque pas de bons mots. Mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Son principe de justice quelque peu\u00a0odieux : \u00ab Car a tout homme qui a, l&#8217;on donnera et il sera dans la surabondance ; mais a celui qui n&#8217;a pas, m\u00e9me ce qu&#8217;il a lui sera retir\u00e9. Quant a ce serviteur bon a rien jetez-le dans les t\u00e9n\u00e9bres du dehors : la seront les pleurs et les grincements de dents. \u00bb<\/p>\n<p>Ce passage se trouve dans ce qu&#8217;on appelle la \u00ab parabole des talents \u00bb. J\u00e9sus semble y avaliser plusieurs principes moraux tr\u00e9s contestables. Il est difficile d&#8217;imaginer le fils de Dieu disant le plus s\u00e9rieusement du monde : \u00ab Il te fallait donc placer mon argent chez les banquiers : a mon retour, j&#8217;aurais recouvr\u00e9 mon bien avec un int\u00e9r\u00e9t. \u00bb Mais selon Matthieu, c&#8217;est ce qui se serait pass\u00e9.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, bien des gens ont le sentiment que nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e par la \u00ab justice selon saint Matthieu \u00bb: le riche devient plus riche, le pauvre devient plus pauvre.Etilyadestasdegensquecette id\u00e9e g\u00e9ne plus qu&#8217;elle ne g\u00e9nait Matthieu.<\/p>\n<p>Cette in\u00e9galit\u00e9 semble en grande partie r\u00e9sulter directement de notre attachement a.l&#8217;efficience. Suivant la sagesse populaire, le meilleur moyen de cr\u00e9er la richesse est de mettre les ressources entre les mains de ceux qui r\u00e9ussissent justement le mieux a la cr\u00e9er. L&#8217;un des moyens les plus su\u00cc\u201ars de d\u00e9terminer qui r\u00e9ussit le mieux a cr\u00e9er de la richesse consiste a examiner les ant\u00e9c\u00e9dents de chacun. Avec le r\u00e9sultat que les ressources auront tendance a aller massivement a ceux qui sont d\u00e9ja dans l&#8217;opulence (d&#8217;ou le vieux cercle vicieux de l&#8217;emprunt : le meilleur moyen d&#8217;obtenir un pr\u00e9test de convaincre le directeur de sa banque qu&#8217;on n&#8217;en a pas besoin).<\/p>\n<p>Ce qui soul\u00e9ve des doutes s\u00e9rieux quant a la viabilit\u00e9 a long terme de notre soci\u00e9t\u00e9 et de notre syst\u00e9me \u00e9conomique. Si on ne peut concr\u00e9tiser le d\u00e9veloppement \u00e9conomique qu&#8217;en accroissant le niveau d&#8217;in\u00e9galit\u00e9, il semble in\u00e9vitable que les d\u00e9munis finiront par se sentir frustr\u00e9s. On atteindra n\u00e9cessairement un point ou l&#8217;\u00e9cart entre le riche et le pauvre deviendra si grand que le pauvre perdra carr\u00e9ment tout int\u00e9ret pour l&#8217;ordre \u00e9conomique existant et exigera une redistribution.<\/p>\n<p>Si cela se v\u00e9rifie, l&#8217;extr\u00e9\u201ame emphase que met pr\u00e9sentement notre soci\u00e9te sur l&#8217;efficience n&#8217;est donc au mieux qu&#8217;une \u00e9tape. Un jour ou l&#8217;autre, il faudra mettre l&#8217;emphase sur d&#8217;autres valeurs, comme l&#8217;\u00e9galit\u00e9, parce que l&#8217;efficience \u00e9choue a g\u00e9n\u00e9rer a elle seule un ordre social durable.<\/p>\n<p>Mais notre pr\u00e9misse fondamentale est-elle exacte? Les accroissements d&#8217;efficience doivent-ils n\u00e9cessairement avoir pour corollaires des niveaux accrus d&#8217;in\u00e9galit\u00e9?<\/p>\n<p>On entend beaucoup parler de \u00ab difficile compromis \u00bb entre in\u00e9galit\u00e9 et efficience. Suivant la formulation la plus grossi\u00e9re de cette r\u00e9alit\u00e9, il faudrait choisir entre le capitalisme du libre march\u00e9, tr\u00e9s efficient mais source d&#8217;effroyables in\u00e9galit\u00e9s, et le socialisme bureaucratique qui promeut l&#8217;\u00e9galit\u00e9 au prix toutefois d&#8217;une efficience caricaturale. On per\u00e7oit souvent l&#8217;Etat providence moderne comme une pond\u00e9ration timide entre ces deux options. Le march\u00e9 engendre la richesse, puis l&#8217;E\u00cctat intervient et assure une certaine redistribution. Cette intervention de l&#8217;E\u00cctat impose soi-disant des pertes d&#8217;efficience a l&#8217;\u00e9conomie, mais rend aussi moins d\u00e9sagr\u00e9ables les cons\u00e9quences de la distribution.<\/p>\n<p>La gauche et la droite au Canada partagent pour l&#8217;essentiel cette repr\u00e9sentation des faits. Les principales diff\u00e9rences d&#8217;opinion se fixent autour de l&#8217;importance du compromis que sont pr\u00e9\u201ats \u00e0 accepter les gens. La gauche\u00a0est dispos\u00e9e a tol\u00e9rer beaucoup d&#8217;inefficience en retour d&#8217;une \u00e9galit\u00e9 accrue et, par cons\u00e9quent, veut l&#8217;\u00e9largissement du ro\u00cc\u201ale de l&#8217;E\u00cctat. La droite accuse la gauche de tuer la poule aux \u0153ufs d&#8217;or et r\u00e9clame en cons\u00e9quence la d\u00e9r\u00e9glementation de l&#8217;\u00e9conomie et le repli de l&#8217;E\u00cctat-providence.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de ces deux visions est que leur postulat sous-jacent est totalement erron\u00e9. Loin de ralentir l&#8217;\u00e9conomie, l&#8217;E\u00cctat contribue \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 son efficience. Et cela non seulement indirectement, en fournissant le contexte n\u00e9cessaire \u00e0 une \u00e9conomie de march\u00e9 florissante, mais aussi directement, comme nous l&#8217;avons vu, en fournissant des biens et services que le secteur priv\u00e9 ne rend pas disponibles. L&#8217;Etat pond autant d&#8217;\u0153ufs d&#8217;or que le march\u00e9.<\/p>\n<p>Cela est d&#8217;une grande port\u00e9e, parce que chaque fois que l&#8217;E\u00cctat s&#8217;engage directement dans la fourniture de biens aux citoyens\u201d\u201dcomme la fourniture de produits d&#8217;assurance que les march\u00e9s priv\u00e9s n\u00e9gligent d&#8217;offrir\u201d\u201dil n&#8217;y a nul motif particulier de penser qu&#8217;il leur faille se r\u00e9signer \u00e0 un compromis entre \u00e9galit\u00e9 et efficience.<\/p>\n<p>Comme tant de d\u00e9couvertes des \u00e9conomistes, cela va bien sur a l&#8217;encontre de ce que nous dit le sens commun. Il vaut donc la peine de regarder d&#8217;un peu plus pr\u00e9s les postulats sous=jacents de ce th\u00e9or\u00e9me.<\/p>\n<p>Premi\u00e9re observation : le concept d&#8217;efficience ne fait peser aucune contrainte sur le niveau d&#8217;in\u00e9galit\u00e9. En d&#8217;autres mots, une division scandaleusement in\u00e9gale de la richesse peut \u00e9\u201atre tout aussi efficiente qu&#8217;une division scrupuleusement \u00e9gale de la richesse.<\/p>\n<p>Pour en comprendre la raison, consid\u00e9rez ce qui suit. Supposons que le Parlement canadien adopte une nouvelle loi sp\u00e9cifiant qu&#8217;a partir de ce jour toute propri\u00e9t\u00e9 dans le pays appartiendra a une seule personne. Disons que je suis cette personne. Le lendemain, a notre r\u00e9veil, tr\u00e9s peu de choses ont chang\u00e9, sauf que je suis maintenant fabuleusement riche et que tout le monde est radicalement pauvre. Naturellement, cela est merveilleux pour moi et triste pour tout le monde. Mais cette r\u00e9partition est-elle inefficiente? Non. En fait, elle est parfaitement efficiente.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9montrer que le fait que je poss\u00e9de tout est inefficient, il vous faudrait trouver une autre forme de r\u00e9partition qui rende une personne plus heureuse sans que nulle autre n&#8217;en soit malheureuse. Mais comme je poss\u00e9de tout, n&#8217;importe quelle proposition de r\u00e9partition diff\u00e9rente de la richesse exigera obligatoirement que vous m&#8217;enleviez quelque chose pour le donner a un autre. Et cela me rendra malheureux. Il n&#8217;y a donc aucune mani\u00e9re dont vous puissiez accroi\u00cc\u201atre l&#8217;efficience de cet arrangement.<\/p>\n<p>Le fait que je sois celui qui a tout n&#8217;a pas la moindre pertinence quant a l&#8217;efficience de l&#8217;arrangement. Tout aurait pu aussi bien revenir a une autre personne, auquel cas n&#8217;importe quelle proposition de redistribution aurait rendu malheureuse cette personne et n&#8217;aurait donc pas \u00e9t\u00e9 efficiente. Il faut donc en conclure que le principe d&#8217;efficience est en soi compatible avec des r\u00e9partitions de la richesse compl\u00e9tement arbitraires. Si nous prenions le tout et le divisions de fa\u00e7on que chacun re\u00e7oive une part exactement identique, le r\u00e9sultat serait aussi compl\u00e9tement efficient : pour rendre une personne plus heureuse, il faudrait enlever quelque chose a une autre. L&#8217;efficience est donc compatible a la fois avec la parfaite \u00e9galit\u00e9 et l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 scandaleuse.<\/p>\n<p>L&#8217;exemple employ\u00e9 pour illustrer cette th\u00e9se peut ne pas sembler plausible, mais c&#8217;est pr\u00e9cisment ce qui est en cause. Il est tr\u00e9s important de reconnai\u00cc\u201atre que l&#8217;efficience au sens strict n&#8217;exclut pas cette sorte de sc\u00e9narios insens\u00e9s. Comme on dit en philosophie, il s&#8217;agit d&#8217;une faible contrainte normative. Parce qu&#8217;elle ne tient absolument aucun compte des questions de r\u00e9partition, l&#8217;efficience ne pourra jamais \u00e9\u201atre l&#8217;unique crit\u00e9re employ\u00e9 pour d\u00e9cider de la mani\u00e9re dont nous devrions organiser nos institutions.<\/p>\n<p>Cela s&#8217;est d&#8217;abord pr\u00e9sent\u00e9 comme une simple rumeur, a la fin des ann\u00e9es 1960.On rapportait qu&#8217;un jeune diplom\u00e9 de Harvard, Robert Nozick, avait trouv\u00e9 la r\u00e9futation finale du marxisme. Personne n&#8217;en avait lu le texte exact, mais des r\u00e9sum\u00e9s informels se r\u00e9pandaient rapidement de bouche a oreille dans l&#8217;institution. Quand Nozick publia enfin son texte, en 1974, les universitaires de gauche dans tout le monde occidental se mirent en \u00ab mode de contro\u00cc\u201ale optimal des dommages \u00bb. Mais on ne put y opposer grand-chose. L&#8217;argument de Wilt Chamberlain s&#8217;av\u00e9ra irr\u00e9futable.<\/p>\n<p>Quel est cet argument? Comment a-t-il pu avoir un effet si puissant? Et quel rapport existe-t-il entre le marxisme et Wilt Chamberlain?<\/p>\n<p>Nozick nous demande de consid\u00e9rer le sc\u00e9nario suivant. Imaginez une soci\u00e9t\u00e9 ou on a \u00e9limin\u00e9 la pauvret\u00e9 et la richesse extr\u00e9\u201ames. Tous m\u00e9nent une confortable existence petite-bourgeoise et jouissent approximativement de la m\u00e9\u201ame quantit\u00e9 de richesses. Supposons que, dans cette soci\u00e9t\u00e9, bien des gens aiment regarder le basket-ball et que, cons\u00e9quemment, les habilet\u00e9s des joueurs de basket aussi talentueux que Wilt Chamberlain sont tr\u00e9s en demande. Supposons maintenant que Wilt conclue le march\u00e9 suivant : il n&#8217;accepte de jouer que si on impose un suppl\u00e9ment de 25 cents sur le prix du billet pour les matches disput\u00e9s a domicile et si ces revenus additionnels lui reviennent directement et en totalit\u00e9.<\/p>\n<p>Et voici la pointe : \u00ab A supposer qu&#8217;un million de personnes assistent par saison aux matches disput\u00e9s a domicile, Wilt Chamberlain encaissera 250 000 $\u201d\u201d une somme bien sup\u00e9rieure au revenu moyen, voire bien sup\u00e9rieure a ce que poss\u00e9de n&#8217;importe qui d&#8217;autre. A-t-il droit a ce revenu? Cette nouvelle r\u00e9partition est-elle injuste? \u00bb<\/p>\n<p>Rappelez-vous que cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans les ann\u00e9es 1970, une \u00e9poque ou il paraissait fort scandaleux que le salaire d&#8217;un athl\u00e9te\u00a0 sleeve a 250 000 $. (Nous pourrions moderniser l&#8217;exemple en \u00e9voquant Michael Jordan qui empocha 33 millions de dollars pour sa derni\u00e9re saison avec les Bulls.) Le fait est que le salaire de Chamberlain d\u00e9sorganisait compl\u00e9tement la division jusque-la \u00e9gale de la richesse. Il y avait d\u00e9s lors une personne beaucoup plus riche que toutes les autres.<\/p>\n<p>Mais il serait tr\u00e9s difficile de reprocher quoi ce soit a cette nouvelle r\u00e9partition. Tous les partisans assistant a un match de Chamberlain renon\u00e7aient volontairement a 25 cents pour voir jouer Wilt. Pour eux, c&#8217;\u00e9tait une bonne affaire. Ils \u00e9taient dispos\u00e9s a payer un peu plus pour admirer un magnifique athlete. Comme tous les \u00e9changes, celui-ci g\u00e9n\u00e9rait un gain d&#8217;efficience. Les spectateurs \u00e9taient plus heureux, Chamberlain \u00e9tait plus heureux. Alors qu&#8217;y avait-il la de r\u00e9pr\u00e9hensible? Ou plus sp\u00e9cifiquement : quel mal y avait-il a laisser se r\u00e9aliser cet \u00e9change?<\/p>\n<p>Nous voyons la a l&#8217;\u0153uvre, dans sa forme la plus crue, une tension entre efficience et \u00e9galit\u00e9. L&#8217;arrangement de Chamberlain menait certes a une violation du principe d&#8217;\u00e9galit\u00e9 ; mais, dans les faits, le proc\u00e9d\u00e9 ne causait de tort a personne. Tout le monde ne s&#8217;en trouvait que mieux ; la diff\u00e9rence est simplement que chacun des spectateurs s&#8217;en portait un tout petit peu mieux alors que Chamberlain, comme individu, s&#8217;en portait consid\u00e9rablement mieux. Malgr\u00e9 cela, tout le monde \u00e9tait plus heureux. Par cons\u00e9quent, pour maintenir une division \u00e9gale de la richesse, il faudrait emp\u00e9\u201acher les gens de conclure m\u00e9\u201ame des \u00e9changes mutuellement avantageux. Ou, comme l&#8217;\u00e9nonce Nozick : \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 devrait alors interdire les rapports capitalistes entre adultes consentants. \u00bb<\/p>\n<p>La th\u00e9se de Nozick suscita une \u00e9norme controverse que, pour l&#8217;essentiel, il ne vaut pas la peine d&#8217;exposer. Les marxistes \u00e9taient particuli\u00e9rement vuln\u00e9rables, parce qu&#8217;un des postulats centraux de Marx est que les travailleurs ont pleinement droit au produit de leur travail (le capitalisme exploite les travailleurs en pr\u00e9levant une portion de ce produit sous forme de profit). Suivant ce postulat, Chamberlain avait donc pleinement droit au produit de son travail et cons\u00e9quemment droit a tous les gains qu&#8217;il pouvait en tirer.<\/p>\n<p>Dans une tentative de riposte a la th\u00e9se de Nozick, certains ont affirm\u00e9 que Chamberlain \u00e9tait bien chanceux d&#8217;\u00e9\u201atre n\u00e9 avec toutes les habilet\u00e9s id\u00e9ales pour jouer au basket-ball et n&#8217;\u00e9tait donc pas vraiment en droit d&#8217;exiger un suppl\u00e9ment pour ses prouesses. Mais cela n&#8217;est pas tr\u00e9s \u00e9clairant. Qu&#8217;il ait eu ou non de la veine (et, comme nous l&#8217;avons appris dans sa biographie, il n&#8217;en a pas manqu\u00e9, m\u00e9\u201ame en amour), reste que Chamberlain devait encore choisir de jouer. Si l&#8217;arrangement qui pr\u00e9voyait un suppl\u00e9ment sur le billet n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 mis en application et si Chamberlain avait en cons\u00e9quence refus\u00e9 de jouer, tout le monde y aurait perdu. Les spectateurs auraient \u00e9t\u00e9 malheureux, Chamberlain aurait \u00e9t\u00e9 malheureux. \u00e7&#8217;aurait \u00e9t\u00e9 une victoire a la Pyrrhus pour les champions de l&#8217;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Une seule autre option serait rest\u00e9e : que la soci\u00e9t\u00e9 force Chamberlain a jouer. Bien des gens auraient jug\u00e9 inacceptable pareille coercition. Aussi longtemps que nous sommes attach\u00e9s a l&#8217;id\u00e9e fondamentale de toute soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique\u201d\u201d que les gens doivent pouvoir faire tout ce qu&#8217;ils aiment dans la mesure ou ils ne font de tort a personne d&#8217;autre\u201d\u201dil est tr\u00e9s difficile de prohiber des \u00e9changes comme celui conclu entre Chamberlain et ses admirateurs. Et aussi longtemps que nous refuserons de prohiber de tels \u00e9changes, il n&#8217;y a pas grand-chose que nous pourrons tenter pour emp\u00e9\u201acher des divisions extr\u00e9\u201amement in\u00e9gales de la richesse.<\/p>\n<p>Comme soci\u00e9t\u00e9, nous donnons souvent pr\u00e9s\u00e9ance a l&#8217;efficience sur l&#8217;\u00e9quit\u00e9 ou l&#8217;\u00e9galit\u00e9. Ce que montre l&#8217;argument de Wilt Chamberlain, c&#8217;est que nos raisons d&#8217;agir ainsi ne sont pas toujours mauvaises. Nous ne sommes pas uniquement des \u00e9goites immatures. De s\u00e9rieuses consid\u00e9rations morales font effectivement pencher la balance du cote de l&#8217;efficience.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, il existait un jeu de strat\u00e9gie que mon fr\u00e9re et moi adorions et qui s&#8217;appelait \u00ab Land Grab \u00bb.\u00a0 L&#8217;objectif \u00e9tait d&#8217;employer les revenus de ses propri\u00e9t\u00e9s a l&#8217;achat de terrain adjacent, a la construction de plus gros ensembles immobiliers, etc.<\/p>\n<p>Le jeu \u00e9tait amusant. Imaginez maintenant comment vous vous d\u00e9brouilleriez si vous vous joigniez a la partie apr\u00e9s la prise de possession initiale des terrains. M\u00e9me si vous entamiez la partie avec un peu d&#8217;argent, vous n&#8217;auriez pas une chance \u00e9gale. Les gens qui auraient mis la main sur le butin, au cours de la manche initiale de r\u00e9partition, auraient une longueur d&#8217;avance ; les derniers arriv\u00e9s ne seraient jamais en mesure de les rattraper. Le jeu ne serait plus amusant.<\/p>\n<p>C&#8217;est exactement a quoi ressemble la vie, dans notre soci\u00e9t\u00e9, pour la vaste majorit\u00e9 des gens. En ce pays, la \u00ab prise de possession du territoire \u00bb s&#8217;est conclue il y a plus de cent ans. Certains ont pu s&#8217;en approprier une partie, d&#8217;autres non. Ceux qui y sont arriv\u00e9s, de m\u00e9\u201ame que tous leurs h\u00e9ritiers, ont une longueur d&#8217;avance dans la vie. Ceux qui en ont \u00e9t\u00e9 emp\u00e9ch\u00e9s, et tous leurs h\u00e9ritiers, sont d\u00e9savantag\u00e9s d\u00e9s le d\u00e9part dans la vie. Ils peuvent toujours vendre leurs services et ainsi ne pas \u00e9\u201atre enti\u00e9rement tenus a l&#8217;\u00e9cart. Mais ils sont d\u00e9savantag\u00e9s.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce qui peut justifier cet \u00e9tat de fait? Je suis enclin a r\u00e9pondre que rien ne le peut. C&#8217;est carr\u00e9ment injuste. Le probl\u00e9me est qu&#8217;il est tr\u00e9s difficile d&#8217;y changer quoi que ce soit, parce qu&#8217;il est difficile de redistribuer la\u00a0richesse sans engendrer des inefficiences des inefficiences parfois tellement graves que nous nous portons tous mieux si nous laissons subsister les in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cela ne signifie pas qu&#8217;on doive rester les bras crois\u00e9s. Mais que, quand on essaie d&#8217;atteindre des objectifs particuliers de r\u00e9partition, il faut se montrer extr\u00e9\u201amement circonspect quant au mecanisme qu&#8217;on choisit d&#8217;utiliser. Par exemple, l&#8217;un des moyens les plus \u00e9vidents d&#8217; \u00ab \u00e9galiser les conditions \u00bb et de donner a chacun une honn\u00e9\u201ate chance dans la vie consiste a imposer des restrictions sur le patrimoine. Les impo\u00cc\u201ats de succession sont un moyen populaire d&#8217;y r\u00e9ussir.<\/p>\n<p>Malheureusement, les restrictions sur le patrimoine peuvent avoir toutes sortes de cons\u00e9quences perverses. Pour leur donner du mordant, il est n\u00e9cessaire d&#8217;imposer d&#8217;importantes limites aux dons. Sans de telles restrictions, il n&#8217;y a aucun moyen d&#8217;emp\u00e9\u201acher les gens de donner simplement tout ce qu&#8217;ils poss\u00e9dent a leurs enfants, quelque temps avant de mourir. Mais, ce faisant, on prohibe aussi des tas de dons parfaitement innocents.<br \/>\nEn outre, cela encourage nettement les gens a transf\u00e9rer leur richesse par des voies qui ne peuvent \u00e9\u201atre impos\u00e9es\u201d\u201d par exemple, en inscrivant leurs enfants dans des \u00e9coles priv\u00e9es tr\u00e9s cou\u00cc\u201ateuses.<\/p>\n<p>M\u00e9me quand il est possible de les percevoir, les impo\u00cc\u201ats de ce genre g\u00e9n\u00e9rent d&#8217;\u00e9tranges incitations. Assurer l&#8217;avenir de leurs enfants est l&#8217;un des principaux motifs pour lesquels les gens \u00e9conomisent de l&#8217;argent. Mais les \u00e9pargnes g\u00e9n\u00e9rent aussi des b\u00e9n\u00e9fices pour la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Si nous consommions toujours tout ce que nous produisons, l&#8217;economie ne croi\u00cc\u201atrait jamais parce que nous ne mettrions jamais rien de cot\u00e9 pour engager des capitaux (par exemple dans l&#8217;am\u00e9lioration de l&#8217;outillage d&#8217;une usine). C&#8217;est seulement parce que certaines personnes \u00e9conomisent que des sommes sont disponibles a ces fins.\u00a0 Enemp\u00e9chant les gens de transmettre des b\u00e9n\u00e9fices a leurs enfants, nous les d\u00e9courageons aussi de transmettre des b\u00e9n\u00e9fices aux g\u00e9n\u00e9rations futures en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Quand vient le moment d\u00e9cisif, les gens qui perdent a la redistribution d\u00e9penseront bien \u00e9videmment beaucoup de temps et d&#8217;\u00e9nergie a tenter d&#8217;\u00e9viter ces pertes. Toute cette agitation est vaine.<\/p>\n<p>Compte tenu des probl\u00e9mes associ\u00e9s a une franche redistribution, on a souvent la tentation de poursuivre plus indirectement des objectifs de redistribution en tripatouillant les prix. Quand des gens sont sans abri, par exemple, c&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement parce qu&#8217;ils ne peuvent pas se payer un logement. On peut consid\u00e9rer cette r\u00e9alit\u00e9 sous l&#8217;un des deux angles suivants : ou leur revenu est trop faible ou le prix du logement est trop \u00e9lev\u00e9. Il est possible de rem\u00e9dier a ce probl\u00e9me urgent soit en augmentant leur revenu soit en r\u00e9duisant le prix du logement. Malheureusement, pour mettre en \u0153uvre des mesures de soutien au revenu, le gouvernement doit de fait lever des fonds. Par ailleurs, un d\u00e9cret administratif peut imposer la r\u00e9glementation des prix et le cou\u00cc\u201at de cette mesure n&#8217;apparai\u00cc\u201atra pas alors dans la comptabilit\u00e9 gouvernementale. Il sera enti\u00e9rement externalis\u00e9. R\u00e9sultat : dans la r\u00e9solution des questions relatives au logement, la protection des locataires est g\u00e9n\u00e9ralement la voie qui soul\u00e9ve le moins de r\u00e9sistances.<\/p>\n<p>Le probl\u00e9me de la protection des locataires est qu&#8217;elle g\u00e9n\u00e9re toutes sortes de cons\u00e9quences perverses. L&#8217;objection classique veut que, lorsque l&#8217;on maintient bas le prix du logement, cela envoie aux fournisseurs le signal qu&#8217;il y a \u00ab bien trop \u00bb de logements. Les promoteurs immobiliers qui doivent choisir entre investir dans des immeubles d&#8217;habitation au c\u0153ur de la ville ou dans des lotissements pavillonnaires en banlieue optent tous pour les seconds. Semblablement, les propri\u00e9taires choisissent de ne pas investir dans l&#8217;entretien ou l&#8217;am\u00e9lioration de leurs immeubles parce qu&#8217;ils ne pourront r\u00e9cup\u00e9rer leur investissement. R\u00e9sultat? Tant la quantit\u00e9 que la qualit\u00e9 des habitations en location sont a la baisse.<\/p>\n<p>Il y a bien entendu divers moyens de contourner ces probl\u00e9mes et la plupart des politiques de protection des locataires comportent des incitations sp\u00e9ciales destin\u00e9es a les att\u00e9nuer. Reste toute fois un probl\u00e9me in\u00e9vitable. L&#8217;objectif fondamental de toute politique de protection des locataires est de ramener les prix sous les niveaux marchands pour rendre le logement plus abordable. Le hic, c&#8217;est que la baisse des prix rend le logement plus abordable pour tous, pas seulement pour les pauvres. Avec le r\u00e9sultat que plus de gens, de toutes les tranches de revenus et pas seulement des plus basses, se pr\u00e9cipitent sur le march\u00e9 de l&#8217;habitation en location. Ceux qui pourraient se permettre ais\u00e9ment d&#8217;acheter une maison continuent de vivre a loyer parce que c&#8217;est meilleur march\u00e9. Et si un propri\u00e9taire doit choisir entre louer a un jeune professionnel ou a un assist\u00e9 social, il choisit invariablement le jeune professionnel. De la sorte, les pauvres sont tout autant qu&#8217;auparavant susceptibles d&#8217;\u00e9tre \u00e9vinc\u00e9s du march\u00e9 locatif.<\/p>\n<p>Cette dynamique est nettement manifeste a Montr\u00e9al ou la politique de protection des locataires (dite de \u00ab contro\u00cc\u201ale des prix du logement \u00bb et mise en application par la R\u00e9gie du logement) rend souvent plus attrayante la location que la propri\u00e9t\u00e9. Le sc\u00e9nario le plus aberrant se joue a New York ou les appartements soumis a une forme de protection des locataires ont pratiquement disparu du march\u00e9. On fait \u00e9tat de riches du monde entier qui gardent inoccup\u00e9s des appartements du genre a New York pour y habiter seulement lorsqu&#8217;ils sont de passage, parce qu&#8217;il est souvent plus \u00e9conomique de louer un appartement a l&#8217;ann\u00e9e que de loger a l&#8217;hotel pendant une semaine. Par cons\u00e9quent, la protection des locataires a New York n&#8217;est pas seulement inefficiente\u201d\u201delle est cause de l&#8217;inoccupation d&#8217;habitations dont on a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment besoin et elle a manifestement exacerb\u00e9 la crise du logement.<\/p>\n<p>La morale de l&#8217;histoire, c&#8217;est qu&#8217;exercer des pressions a la baisse sur les prix est un moyen hasardeux de poursuivre une politique sociale. Quand le march\u00e9 sous-jacent est raisonnablement concurrentiel, une intervention de ce genre n&#8217;occasionne pas seulement des pertes d&#8217;efficience, elle peut m\u00e9me \u00e9chouer a atteindre les objectifs de r\u00e9partition qui ont donn\u00e9 naissance a la motivation initiale d&#8217;intervention.<\/p>\n<p>Face aces probl\u00e9mes, on peut etre tent\u00e9 de baisser les bras et d&#8217;accepter l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 comme le prix a payer pour la prosp\u00e9rit\u00e9. La meilleure facon de parvenir a l&#8217;efficience est de laisser les gens libres de g\u00e9rer leurs affaires. Cette liberte inclut la libert\u00e9 d&#8217;acheter et de vendre sur les march\u00e9s priv\u00e9s. Aussi longtemps que diff\u00e9rent les ressources ou dotations initiales\u201d\u201dqu&#8217;il s&#8217;agisse de ressources naturelles comme le talent ou de ressources artificielles comme la propri\u00e9t\u00e9 les \u00e9changes priv\u00e9s\u00a0 de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9. Et le march\u00e9 r\u00e9sistera obstinement a toute tentative de corriger cette in\u00e9galit\u00e9. D&#8217;ou le \u00ab difficile compromis \u00bb : on peut avoir l&#8217;\u00e9galit\u00e9 ou avoir l&#8217;efficience\u201d\u201dpas les deux.<\/p>\n<p>Mais les choses ne sont pas aussi simples. Si la poursuite empress\u00e9e de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 g\u00e9n\u00e9re des inefficiences, de trop nombreuses in\u00e9galit\u00e9s peuvent aussi g\u00e9n\u00e9rer des inefficiences. Dans un march\u00e9 id\u00e9al, cela ne se produirait pas. Dans la r\u00e9alit\u00e9 toutefois, les in\u00e9galit\u00e9s extr\u00e9\u201ames dans la division de la richesse peuvent exacerber la d\u00e9faillance du march\u00e9 et engendrer par cons\u00e9quent des inefficiences dans l&#8217;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Examinons le simple cas d&#8217;une entreprise qui cherche a d\u00e9cider si elle installera ou non des filtres antipollution dans ses chemin\u00e9es. Installer des filtres coute de l&#8217;argent et diminue cons\u00e9quemment les profits de la firme. Mais ne pas installer de filtres g\u00e9nere aussi un cou\u00cc\u201at. Ce cou\u00cc\u201at n&#8217;est toutefois pas a la charge de l&#8217;entreprise. Il prend la forme de pollution de l&#8217;air\u201d\u201dune externalit\u00e9 n\u00e9gative, ou un \u00ab mal public \u00bb. La firme installera-t-elle les filtres?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre cette question il faut, en fait, un peu plus d&#8217;informations. En simplifiant quelque peu, disons que la firme installera des filtres si ses propri\u00e9taires consid\u00e9rent dans leur int\u00e9r\u00e9\u201at de le faire. Comme citoyens, ils souffrent autant que tous les autres du mal public g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la firme. Nous respirons tous le m\u00e9\u201ame air. Mais comme propri\u00e9taires, ils visent a obtenir un accroissement de la rentabilit\u00e9 de la firme. Pour d\u00e9cider de ce qu&#8217;ils feront, ils doivent d\u00e9cider de ce qu&#8217;ils pr\u00e9f\u00e9rent : des profits accrus ou de l&#8217;air pur.<\/p>\n<p>C&#8217;est ici qu&#8217;entre en jeu l&#8217;in\u00e9galit\u00e9. Supposons que la propri\u00e9t\u00e9 de la firme soit extr\u00e9\u201amement diffuse, qu&#8217;elle releve de milliers de petits actionnaires. Cela signifie que la valeur mon\u00e9taire de l&#8217;accroissement des profits encaiss\u00e9s par chaque actionnaire sera tr\u00e9s minime. Elle pourra \u00e9\u201atre si minime que la valeur n\u00e9gative du mal public g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la firme p\u00e9sera davantage. En pareil cas, les propri\u00e9taires estimeront qu&#8217;il est dans leur int\u00e9r\u00e9\u201at d&#8217;installer des filtres. Par ailleurs, si la propri\u00e9t\u00e9 est extremement concentr\u00e9e, les b\u00e9n\u00e9fices d\u00e9coulant de la rentabilit\u00e9 accrue p\u00e9seront alors facilement plus lourd que la valeur n\u00e9gative du mal public. Et on n&#8217;installera donc pas les filtres.<\/p>\n<p>Incidemment, c&#8217;est pourquoi les petits investisseurs sont plus susceptibles que les gens riches d&#8217;investir dans des fonds communs de placement \u00ab \u00e9thiques \u00bb. Les chroniqueurs de la finance expriment souvent de l&#8217;horreur a l&#8217;id\u00e9e que ces fonds puissent rapporter deux ou trois points de moins, en pourcentage, que leurs concurrents\u00a0(comme si nulle personne sens\u00e9e choisirait jamais de gagner moins quand elle peut gagner davantage). Ils omettent g\u00e9n\u00e9ralement d&#8217;observer que la valeur de ces pourcentages d\u00e9pend de la somme investie. Pour un petit investisseur, cela peut se traduire par une perte annuelle d&#8217;environ cent dollars. Des tas de gens sont pr\u00e9ts a sacrifier une centaine de dollars pour pr\u00e9server leur int\u00e9grit\u00e9 morale (sans parler de l&#8217;environnement). Mais pour un gros investisseur, la perte annuelle pourrait \u00e9\u201atre beaucoup plus consid\u00e9rable. L&#8217;int\u00e9grit\u00e9 morale peut d\u00e9s lors devenir trop on\u00e9reuse.<\/p>\n<p>Le probl\u00e9me de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale est, par cons\u00e9quent, qu&#8217;elle engendre une classe de gens qui s&#8217;emploient a profiter de la production de maux publics. La d\u00e9gradation de l&#8217;environnement, la production de biens dommageables (comme la cigarette), l&#8217;\u00e9rsion des normes de sant\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9, de plus longues heures de travail\u201d\u201dtoutes ces pratiques occasionnent des pertes de bien-\u00e9\u201atre pour la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, mais accroissent la rentabilit\u00e9 de certaines firmes en particulier. Quand la classe poss\u00e9dante est peu nombreuse, le revenu que ses membres retirent d&#8217;une rentabilit\u00e9 accrue p\u00e9se plus que les pertes directes de bien-\u00e9\u201atre que leur infligent ces pratiques. Non seulement cela conduit-il les entreprises a g\u00e9nerer de hauts taux de \u00ab maux publics rentables \u00bb, mais cela cr\u00e9e une classe de personnes qui r\u00e9sistent activement a toute intervention gouvernementale visant l&#8217;\u00e9limination de ces maux.<\/p>\n<p>Conclusion plus g\u00e9n\u00e9rale? La concentration de la propri\u00e9t\u00e9 a beaucoup a voir avec le comportement des firmes. Quand un petit groupe de gens poss\u00e9dent la plus grande partie des ressources, cela leur donne une incitation a externaliser leurs couts a subvertir le m\u00e9canisme du march\u00e9 chaque fois que c&#8217;est possible. Dans une soci\u00e9t\u00e9 ou la propri\u00e9t\u00e9 est plus largement r\u00e9partie, les firmes sont moins susceptibles de se comporter de fa\u00e7on aussi ex\u00e9crable. [&#8230;]<\/p>\n<p>Nous nous trouvons finalement dans une sorte d&#8217;impasse. Il est tr\u00e9s difficile de promouvoir l&#8217;\u00e9galit\u00e9 sans faire de s\u00e9rieux compromis sur d&#8217;autres plans. Mais nous ne pouvons non plus accepter tout bonnement les in\u00e9galit\u00e9s extr\u00e9\u201ames que le march\u00e9 peut g\u00e9n\u00e9rer. La concentration de la richesse entre les mains de quelques uns peut engendrer ses propres inefficiences. Aussi, avons-nous le sentiment d&#8217;\u00e9\u201atre condamn\u00e9s si nous promouvons l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et de l&#8217;\u00e9\u201atre \u00e9galement si nous n&#8217;en faisons rien.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat : tout plan que nous \u00e9laborerons n\u00e9cessitera quelques compensations. Dans le monde entier, des gens ont fait l&#8217;exp\u00e9rience de diff\u00e9rents moyens de contro\u00cc\u201aler l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 avec plus ou moins de succ\u00e9s. De tous ces efforts, l&#8217;impo\u00cc\u201at progressif est la solution la plus populaire a avoir \u00e9merg\u00e9. Bien que l&#8217;impot sur le revenu soul\u00e9ve encore la controverse dans certains cercles, tout pays industrialis\u00e9 y recourt comme moyen de redresser l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Comme on l&#8217;a vu, il n&#8217;y a souvent aucune n\u00e9cessit\u00e9 de choisir entre efficience et \u00e9galit\u00e9. On peut profiter des deux et les taxes pigoviennes offrent un exemple limpide d&#8217;harmonisation possible de ces deux objectifs.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9anmoins in\u00e9vitable que se pr\u00e9sentent <em>certaines<\/em> circonstances dans lesquelles on est forc\u00e9 de choisir entre les deux. La question est alors de d\u00e9cider auquel des deux principes on attribue la plus grande importance. Il peut s&#8217;av\u00e9rer extr\u00e9\u201amement difficile d&#8217;arr\u00e9\u201ater son choix. Malheureusement, comme soci\u00e9te, nous ne sommes pas en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e9s outill\u00e9s pour r\u00e9fl\u00e9chir sur ces sortes de situations ou pour arr\u00e9\u201ater des choix de cette nature.<\/p>\n<p>Le conflit type nai\u00cc\u201at quand on veut imposer quelque r\u00e9gle qui favoriserait une plus grande \u00e9quit\u00e9, mais inciterait certaines gens a une on\u00e9reuse man\u0153uvre d&#8217;\u00e9vitement.(Par exemple, on pourrait souhaiter augmenter les impo\u00cc\u201ats des plus hauts salari\u00e9s en \u00e9tant conscient que, ce faisant, on poussera des gens a plier bagage et a d\u00e9m\u00e9nager aux Etats-Unis.)<br \/>\nComme on est incapable d&#8217;\u00e9liminer l&#8217;option de la strat\u00e9gie opportuniste, cette r\u00e9gle engendrera certaines pertes d&#8217;efficience. Alors que faire?<\/p>\n<p>La gauche est \u00e9norm\u00e9ment tent\u00e9e d&#8217;ignorer carr\u00e9ment les pertes d&#8217;efficience. Apr\u00e9s tout, les gens ne devraient pas jouer les opportunistes. C&#8217;est un comportement immoral. Et si on refuse de mettre en \u0153uvre ladite r\u00e9gle, on donnera l&#8217;impression d&#8217;excuser tacitement leur conduite. Consentir la moindre concession au nom de l&#8217;efficience commence donc a ressembler a une trahison.<\/p>\n<p>C&#8217;est clairement ce qui motive en bonne partie l&#8217;opposition de principe de la gauche a la prise en consid\u00e9ration des effets de l&#8217;efficience. Mais pouss\u00e9e a sa logique extr\u00e9\u201ame, cette position s&#8217;effrite rapidement. Apr\u00e9s tout, les principes n&#8217;ont pas de valeur intrins\u00e9que. Le bien-\u00e9\u201atre des humains est la seule chose qui ait une valeur . Les principes tirent en fin de compte leur valeur de leurs effets sur les gens. Imaginons deux sc\u00e9narios : l&#8217;un dans lequel tous soient exactement \u00e9gaux ; l&#8217;autre dans lequel les gens soient fortement in\u00e9gaux, mais ou le niveau de bien-\u00e9\u201atre du plus pauvre surpasse le niveau moyen de bien\u00e9\u201atre dans le premier sc\u00e9nario. Lequel des sc\u00e9narios est pr\u00e9f\u00e9rable? On est tent\u00e9 de r\u00e9pondre que, comme tout le monde y est plus heureux, le second est pr\u00e9f\u00e9rable. Le premier sc\u00e9nario ne pourrait s&#8217;av\u00e9rer meilleur que dans le cas ou l&#8217;on priserait l&#8217;\u00e9galit\u00e9 pour elle m\u00e9me, sans \u00e9gard a ses effets sur le bien-\u00e9\u201atre des humains. Mais quel serait l&#8217;int\u00e9r\u00e9\u201at d&#8217;un principe qui rel\u00e9verait davantage du f\u00e9tiche que du plausible pr\u00e9cepte de justice?<\/p>\n<p>Il ne s&#8217;agit pas, cela va de soi, d&#8217;un exemple hypoth\u00e9tique.\u00a0 Par cons\u00e9quent, m\u00e9me le pauvre peut manifester une pr\u00e9f\u00e9rence pour une plus grande in\u00e9galit\u00e9 mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Des consid\u00e9rations de cet ordre ont amen\u00e9 certaines personnes a penser qu&#8217;on pouvait simplement ignorer l&#8217;\u00e9quit\u00e9. L&#8217;un des motifs les plus commun\u00e9ment invoqu\u00e9s pour ignorer l&#8217;\u00e9quit\u00e9 est qu&#8217;elle serait un principe enti\u00e9rement \u00ab subjectif \u00bb, tandis que l&#8217;efficience serait un crit\u00e9re \u00ab objectif \u00bb. Comme l&#8217;\u00e9nonce mon vieux manuel d&#8217;\u00e9conomie de premier cycle, \u00ab il est possible de traiter de r\u00e9partition efficiente et <em>inefficiente,<\/em> mais pas de meilleure ou de pire r\u00e9partition du revenu, sans faire intervenir des consid\u00e9rations normatives \u00bb. Dans cette phrase, les auteurs font montre d&#8217;une totale inintelligence aussi bien de l&#8217;efficience que de l&#8217;\u00e9quit\u00e9 (et probablement m\u00e9\u201ame de l&#8217;\u00e9pith\u00e9te \u00ab normative \u00bb). L&#8217;efficience et l&#8217;\u00e9quit\u00e9 sont des crit\u00e9res normatifs et l&#8217;une n&#8217;est pas plus \u00ab objective \u00bb ou \u00ab subjective \u00bb que l&#8217;autre.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9quit\u00e9 tend seulement a \u00e9tre plus controvers\u00e9e. Mais cela ne signifie pas qu&#8217;on puisse ou qu&#8217;on doive pour autant ignorer l&#8217;\u00e9quit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 est fondmentalement un r\u00e9seau g\u00e9ant de coop\u00e9ration. Comme nous l&#8217;avons vu, la seule mani\u00e9re de nous extraire de l&#8217;\u00e9tat de nature consiste a instituer un ensemble de r\u00e9gles et a convaincre les gens de s&#8217;abstenir volontairement de poursuivre leur int\u00e9r\u00e9\u201at personnel d&#8217;une mani\u00e9re franchement individualiste. Cette r\u00e9serve est l&#8217;assise m\u00e9\u201ame de la confiance, ce \u00ab ciment \u00bb qui tient ensemble toutes les autres institutions sociales, y compris le march\u00e9. En s&#8217;appuyant sur la confiance, les institutions sociales fonctionnent en douceur a condition que l&#8217;on persuade les gens de jouer selon les r\u00e9gles. Si les institutions sont injustes ou si, a la fin du compte, elles g\u00e9n\u00e9rent de choquantes in\u00e9galit\u00e9s, il devient d&#8217;autant plus difficile de persuader les gens de continuer a jouer le jeu. Impossible, donc, de ne tenir aucun compte de l&#8217;\u00e9quit\u00e9. Sans elle, on ne peut \u00e9tablir de mod\u00e9les stables de coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>La morale de l&#8217;histoire, c&#8217;est que les choses sont complexes. On ne peut accorder inconditionnellement la priorit\u00e9 a l&#8217;efficience, pas plus qu&#8217;on peut faire abstraction des questions d&#8217;\u00e9quit\u00e9. Ce dont on a besoin, c&#8217;est d&#8217;une formule qui aiderait a n\u00e9gocier des compromis raisonnables entre les deux. A quoi pourrait ressembler une telle formule? Voila une question plus complexe. C&#8217;est pour ca qu&#8217;il y a des philosophes de profession : pour r\u00e9pondre aux questions complexes comme celle-ci.<\/p>\n<p>Si cela peut vous \u00e9tre de quelque r\u00e9confort, soyez assur\u00e9 que nous sommes a\u00cc l&#8217;\u0153uvre. Nous vous reviendrons quand nous aurons trouv\u00e9 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p><em>Reproduit avec l&#8217;aimable permission des Presses de l&#8217;Universit\u00e9 de mtl.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saint Matthieu ne manque pas de bons mots. Mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Son principe de justice quelque peu\u00a0odieux : \u00ab Car a tout homme qui a, l&#8217;on donnera et il sera dans la surabondance ; mais a celui qui n&#8217;a pas, m\u00e9me ce qu&#8217;il a lui sera retir\u00e9. 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