{"id":261502,"date":"2002-10-01T04:00:00","date_gmt":"2002-10-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/robert-bourassa-et-leconomie-du-quebec\/"},"modified":"2025-10-07T19:30:22","modified_gmt":"2025-10-07T23:30:22","slug":"robert-bourassa-et-leconomie-du-quebec","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2002\/10\/robert-bourassa-et-leconomie-du-quebec\/","title":{"rendered":"Robert Bourassa et l&#8217;\u00e9conomie du Qu\u00e9bec"},"content":{"rendered":"<p>Pendant les trois d\u00e9cennies que dura sa carri\u00e8re politique, la grande priorit\u00e9 du premier ministre Bourassa fut le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du Qu\u00e9bec. Le d\u00e9veloppement social et culturel lui apparaissait encore plus fondamental, mais \u00e0 ses yeux une \u00e9conomie forte \u00e9tait absolument essentielle \u00e0 la construction d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 juste et d&#8217;une culture vivante. M. Bourassa structura toute sa pens\u00e9e et son action, y compris sa position constitutionnelle, en fonction de cette vision instrumentale de l&#8217;\u00e9conomie. Sa strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement \u00e9conomique a refl\u00e9t\u00e9 quatre pr\u00e9occupations fondamentales : la cr\u00e9ation d&#8217;emploi, le d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique, l&#8217;investissement des entreprises et la gestion des finances publiques. Nous allons les examiner tour \u00e0 tour.<\/p>\n<p>Le coup d&#8217;envoi de M. Bourassa en politique reposa sur la formule des \u00ab 100 000 emplois en 1971 \u00bb. C&#8217;\u00e9tait un coup fumant sur le plan de la propagande, mais, dans les faits, 100 000 emplois cr\u00e9\u00e9s en une seule ann\u00e9e, \u00e7a ne s&#8217;est produit que trois fois en 50 ans au Qu\u00e9bec. Par une chance extraordinaire, l&#8217;ann\u00e9e \u00e9lectorale 1973 fut l&#8217;une de ces ann\u00e9es exceptionnelles o\u00f9 il se cr\u00e9a 125 000 emplois et o\u00f9 M. Bourassa pulv\u00e9risa l&#8217;opposition. Toutefois, pour appr\u00e9cier avec justesse la performance du Qu\u00e9bec en mati\u00e8re d&#8217;emploi, il faut pluto\u00cc\u201at voir si, \u00e9tant soumis \u00e0 la m\u00e9\u201ame conjoncture \u00e9conomique continentale et aux m\u00e9\u201ames politiques f\u00e9d\u00e9rales que l&#8217;Ontario, le Qu\u00e9bec a mieux ou moins bien fait que son voisin. \u00e0 cette fin, le graphique 1 trace l&#8217;\u00e9volution annuelle du taux d&#8217;emploi du Qu\u00e9bec en pourcentage de celui de l&#8217;Ontario de 1961 \u00e0 2001. On y constate imm\u00e9diatement que toute la p\u00e9riode de 1968 \u00e0 1982 fut marqu\u00e9e par une d\u00e9t\u00e9rioration de la performance d&#8217;emploi relative du Qu\u00e9bec. Au contraire, la p\u00e9riode de 1982 \u00e0 nos jours a vu l&#8217;emploi au Qu\u00e9bec remonter la co\u00cc\u201ate par rapport \u00e0 l&#8217;emploi en Ontario.<\/p>\n<p>Comment comprendre cette \u00e9volution et le ro\u00cc\u201ale jou\u00e9 par M. Bourassa? De 1966 \u00e0 1985, le monde du travail au Qu\u00e9bec connut une agitation extr\u00e9\u201ame. Apr\u00e8s la violence politique des ann\u00e9es 1960 et la Crise d&#8217;octobre de 1970, M. Bourassa dut affronter une p\u00e9riode de violence \u00e9conomique sans pr\u00e9c\u00e9dent. L&#8217;intensit\u00e9 des conflits de travail entre 1970 et 1976 au Qu\u00e9bec, que souligne le graphique 2, est parmi les plus \u00e9lev\u00e9es jamais enregistr\u00e9es dans un pays industriel \u00e0 l&#8217;\u00e9poque contemporaine. Ce rock-and-roll social eut des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour l&#8217;emploi. La locomotive salariale entrai\u00cc\u201ana la r\u00e9mun\u00e9ration moyenne du secteur priv\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 102 p. 100 de celle de l&#8217;Ontario en 1980, alors m\u00e9\u201ame que, fondamentalement, la productivit\u00e9 de l&#8217;\u00e9conomie qu\u00e9b\u00e9coise \u00e9tait inf\u00e9rieure \u00e0 90 p. 100 de celle de l&#8217;\u00e9conomie ontarienne. En revenant au graphique 1, on voit que le taux d&#8217;emploi ne put r\u00e9sister \u00e0 cette d\u00e9connexion de la r\u00e9alit\u00e9. Il d\u00e9gringola du niveau de 92 p. 100 du taux d&#8217;emploi de l&#8217;Ontario atteint en 1967 \u00e0 89 p. 100 en 1976, puis \u00e0 85 p. 100 en 1982. L&#8217;ann\u00e9e 1982 fut celle de l&#8217;apocalypse de l&#8217;emploi au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9lectrochoc de 1982 \u00e9branla les colonnes du temple. M. L\u00e9vesque bloqua les salaires publics au d\u00e9but de 1983, puis peu apr\u00e8s son retour M. Bourassa fit adopter la Loi 160 sur le maintien des services essentiels. Le monde syndical sentit le vent tourner et se r\u00e9orienta. Les ann\u00e9es qui suivirent furent marqu\u00e9es par un assainissement des relations industrielles, une mod\u00e9ration des salaires, ainsi qu&#8217;une remont\u00e9e du taux d&#8217;emploi qui apparai\u00cc\u201at clairement sur le graphique 1. L&#8217;emploi au Qu\u00e9bec tint le coup nettement mieux qu&#8217;ailleurs au Canada pendant la longue r\u00e9cession de 1990 \u00e0 1993. La contribution de M. Bourassa \u00e0 ce redressement fut importante. Il a all\u00e9g\u00e9 la fiscalit\u00e9 des entreprises, favoris\u00e9 l&#8217;investissement et la concurrence, appuy\u00e9 l&#8217;Accord de libre-\u00e9change avec les \u00c9tats-Unis et encourag\u00e9 la paix sociale et la mod\u00e9ration\u201d\u201dtoutes orientations qui furent favorables \u00e0 l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me pr\u00e9occupation de M. Bourassa fut le d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique de la Baie James, que permet de suivre le graphique 3. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, un ajout de puissance consid\u00e9rable \u00e9tait n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre aux besoins futurs de consommation d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 du Qu\u00e9bec. M. Bourassa rejeta le thermique et le nucl\u00e9aire pour retenir la fili\u00e8re hydro\u00e9lectrique.\u00a0C&#8217;\u00e9tait la moins cou\u00cc\u201ateuse, la plus fiable, la moins polluante, la plus s\u00e9curitaire et la plus porteuse de retomb\u00e9es \u00e9conomiques pour le Qu\u00e9bec. M. Bourassa annon\u00e7a le projet de la Baie James en avril 1971, cr\u00e9a la Soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9veloppement de la Baie James en juillet et la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;\u00e9nergie de la Baie James en d\u00e9cembre de la m\u00e9\u201ame ann\u00e9e. Le graphique 3 montre que les travaux d&#8217;am\u00e9nagement du projet La Grande repr\u00e9sent\u00e8rent un poids \u00e9norme dans l&#8217;\u00e9conomie du Qu\u00e9bec \u00e0 l&#8217;\u00e9poque : jusqu&#8217;\u00e0 4,5 p. 100 du PIB en 1978 et en 1979.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, M. Bourassa, alors simple citoyen, proposa d&#8217;acc\u00e9l\u00e9rer le programme de construction de nouvelles centrales hydro\u00e9lectriques \u00e0 la Baie James. Il \u00e9largit le d\u00e9bat dans trois nouvelles directions : les exportations aux \u00c9tats-Unis, le d\u00e9veloppement industriel en aval (alumineries, etc.) et la stabilit\u00e9 financi\u00e8re d&#8217;Hydro-Qu\u00e9bec. Cette seconde intervention de M. Bourassa connut moins de succ\u00e8s que la premi\u00e8re. Comme la consommation locale et les exportations augment\u00e8rent beaucoup moins vite que pr\u00e9vu, on put d\u00e9gager un exc\u00e9dent d&#8217;\u00e9nergie sans acc\u00e9l\u00e9rer le programme de construction. De plus, les groupes autochtones et environnementaux combattirent avec acharnement toute addition de centrale. Hydro-Qu\u00e9bec alla de l&#8217;avant avec la Phase II du projet La Grande tel que pr\u00e9vu, mais sans plus. Pragmatique comme toujours, M. Bourassa ne s&#8217;opposa pas \u00e0 ces tendances incontournables. Avec le temps, il manifesta une sympathie croissante pour les causes autochtone et environnementale. Il ne mit pas sa t\u00e9\u201ate sur le billot pour d\u00e9fendre le projet GrandeBaleine.<\/p>\n<p>Tout comme l&#8217;implication personnelle de M. L\u00e9vesque fut d\u00e9terminante pour la nationalisation de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, ainsi celle de M. Bourassa futelle d\u00e9cisive pour le d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique du bassin de la Baie James.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me pr\u00e9occupation de M. Bourassa fut l&#8217;investissement des entreprises. Le graphique 4 pour l&#8217;investissement priv\u00e9 adopte la m\u00e9\u201ame perspective comparative que le graphique 1 pour l&#8217;emploi, afin de v\u00e9rifier si le Qu\u00e9bec a fait mieux ou moins bien que son principal concurrent, l&#8217;Ontario. On peut y suivre l&#8217;\u00e9volution du stock d&#8217;\u00e9quipement productif par habitant cumulativement install\u00e9 par les entreprises du Qu\u00e9bec en pourcentage de celui de l&#8217;Ontario. Ce stock comprend les usines, les immeubles, la machinerie et l&#8217;outillage, mais exclut les centrales hydro\u00e9lectriques. On constate imm\u00e9diatement, tout comme dans le cas de l&#8217;emploi, que l&#8217;essor de l&#8217;investissement des entreprises au Qu\u00e9bec est un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent. Avant la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980, l&#8217;investissement priv\u00e9 n&#8217;allait nulle part relativement au niveau ontarien. Le d\u00e9blocage s&#8217;est produit au cours des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es. Parti de 73 p. 100 en 1986, le rapport Qu\u00e9bec-Ontario avait grimp\u00e9 \u00e0 85 p. 100 en 2001.<\/p>\n<p>Comment expliquer le contraste entre l&#8217;essor des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es et la stagnation des ann\u00e9es ant\u00e9rieures? La litt\u00e9rature \u00e9conomique contemporaine fait ressortir quatre conditions gagnantes : un entrepreneuriat et une maind&#8217;\u0153uvre qualifi\u00e9s et pr\u00e9\u201ats \u00e0 l&#8217;innovation et au changement technologiques, une politique d&#8217;ouverture \u00e0 la concurrence, au libre-\u00e9change et \u00e0 l&#8217;investissement \u00e9tranger, une fiscalit\u00e9 avantageuse pour l&#8217;entreprise et un climat social et politique accueillant. La lenteur de l&#8217;investissement des entreprises \u00e0 prendre son \u00e9lan au Qu\u00e9bec n&#8217;a pas de quoi surprendre. R\u00e9unir ces quatre conditions est une ta\u00cc\u201ache longue et ardue. Il a fallu, par exemple, 40 ans d&#8217;efforts soutenus \u00e0 l&#8217;Irlande pour les remplir et aboutir au boom \u00e9conomique extraordinaire de la derni\u00e8re d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>Pour M. Bourassa, l&#8217;art de gouverner exigeait qu&#8217;on accorde une grande importance au long terme. Premi\u00e8rement, la scolarisation des jeunes, qu&#8217;il a toujours soutenue, ne s&#8217;est pas relev\u00e9e en un jour. Il a fallu 30 ans d&#8217;efforts constants. Deuxi\u00e8mement, transformer une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9pendante de l&#8217;\u00c9tat, protectionniste et m\u00e9fiante envers l&#8217;\u00e9tranger en une autre qui soit ouverte \u00e0 la responsabilit\u00e9 priv\u00e9e, au libre-\u00e9change et \u00e0 l&#8217;investissement \u00e9tranger a pris du temps. D\u00e8s les ann\u00e9es 1970, allant \u00e0 l&#8217;encontre de la strat\u00e9gie f\u00e9d\u00e9rale, M. Bourassa se montra accueillant aux investissements \u00e9trangers. Dans les ann\u00e9es 1980, il proc\u00e9da \u00e0 une trentaine de privatisations de soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;\u00c9tat et, apr\u00e8s une h\u00e9sitation initiale, appuya fermement l&#8217;Accord de libre-\u00e9change canado-am\u00e9ricain. Troisi\u00e8mement, construire une fiscalit\u00e9 qui facilite l&#8217;investissement fut aussi une \u0153uvre de longue haleine. Les budgets successifs de M. Bourassa ont grandement aid\u00e9 \u00e0 ba\u00cc\u201atir cette nouvelle maison fiscale, encourageant le capital de risque, la formation, la recherche et le d\u00e9veloppement, l&#8217;investissement manufacturier et harmonisant la TVQ avec la TPS pour exon\u00e9rer les investissements et les exportations. Quatri\u00e8mement, l&#8217;am\u00e9lioration du climat social a du\u00cc\u201a attendre que le monde du travail r\u00e9ussisse \u00e0 surmonter sa crise de croissance. Cela a pris 25 ans. La patience de M. Bourassa a aid\u00e9, de m\u00e9\u201ame que sa loi sur les services essentiels et son appui au Fonds de solidarit\u00e9. Sur le plan politique, le refus du Canada d&#8217;accepter toute r\u00e9conciliation constitutionnelle malgr\u00e9 les efforts inlassables de M. Bourassa laisse encore planer l&#8217;incertitude. Mais, \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence des graphiques 1 et 4 sur l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;emploi et de l&#8217;investissement, cela n&#8217;a pas frein\u00e9 l&#8217;\u00e9lan \u00e9conomique du Qu\u00e9bec depuis 15 ans.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me pr\u00e9occupation de M. Bourassa fut la bonne gestion des finances publiques.\u00a0Il concentra surtout son attention sur quatre questions : la comp\u00e9titivit\u00e9 du fardeau fiscal, le contro\u00cc\u201ale de la dette et des d\u00e9ficits, le d\u00e9s\u00e9quilibre fiscal f\u00e9d\u00e9ral-provincial et la justice sociale.<\/p>\n<p>Sous la gouverne de M. Bourassa, le fardeau fiscal et le poids de la dette du Qu\u00e9bec furent marqu\u00e9s par une \u00e9volution identique : stabilisation de 1970 \u00e0 1976 et de 1985 \u00e0 1989, mais glissement de 1990 \u00e0 1994. En 1989, M. Bourassa avait r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9duire l&#8217;\u00e9cart de fardeau fiscal avec l&#8217;Ontario \u00e0 1 p. 100 du PIB seulement et \u00e0 stabiliser la dette totale du Qu\u00e9bec \u00e0 28 p. 100 du PIB. Mais par la suite, une tr\u00e8s dure r\u00e9cession conjugu\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ticence personnelle de M. Bourassa \u00e0 sabrer dans les d\u00e9penses sociales au milieu d&#8217;une p\u00e9riode \u00e9conomique difficile entrai\u00cc\u201an\u00e8rent un certain glissement fiscal et financier. L&#8217;\u00e9cart fiscal avec l&#8217;Ontario grimpa \u00e0 3 p. 100 du PIB et la dette \u00e0 40 p. 100 du PIB. Enfin, les coupes importantes effectu\u00e9es par Ottawa dans les transferts aux provinces et l&#8217;incertitude chronique sur les montants \u00e0 recevoir n&#8217;ont pas aid\u00e9 M. Bourassa \u00e0 boucler ses budgets. Tout compte fait, les transferts f\u00e9d\u00e9raux vers\u00e9s au Qu\u00e9bec sont pass\u00e9s de 6,5 p. 100 du PIB en 1983-84 \u00e0 3,5 p. 100 en 2000-01. Cela repr\u00e9sente aujourd&#8217;hui une pomme de discorde annuelle de 7 milliards de dollars.<\/p>\n<p>M. Bourassa ne renia jamais son origine sociale modeste. Sa pr\u00e9occupation de justice sociale fut r\u00e9elle, profonde et toujours pr\u00e9sente, depuis son premier budget en 1970 jusqu&#8217;\u00e0 son dernier en 1993. Il \u00e9tait particuli\u00e8rement fier de la loi de 1971 cr\u00e9ant l&#8217;assurance-maladie. M. Bourassa a \u00e9galement donn\u00e9 au Qu\u00e9bec une fiscalit\u00e9 des particuliers plus progressive, une s\u00e9curit\u00e9 du revenu r\u00e9form\u00e9e et int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la fiscalit\u00e9 des particuliers, un soutien fiscal accru pour les familles et un traitement fiscal avantageux pour le d\u00e9veloppement r\u00e9gional. Son r\u00e9gime tout \u00e0 fait original d&#8217;allocations \u00e0 la naissance refl\u00e9tait non seulement son souci d&#8217;\u00e9quit\u00e9 pour les familles plus nombreuses, mais \u00e9galement sa vive inqui\u00e9tude pour l&#8217;avenir d\u00e9mographique du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Quatre pr\u00e9occupations \u00e9conomiques ont donc motiv\u00e9 principalement M. Bourassa : la cr\u00e9ation d&#8217;emploi, le d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique, l&#8217;investissement des entreprises et la gestion des finances publiques. Pour appr\u00e9cier son parcours avec justesse, il faut non seulement bien saisir sa vision et ses objectifs, mais \u00e9galement reconnai\u00cc\u201atre la grande fragilit\u00e9 de l&#8217;environnement \u00e9conomique, social et politique avec lequel il a du\u00cc\u201a composer. M. Bourassa fut le ba\u00cc\u201atisseur tranquille d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 qui, pendant un temps, fut loin d&#8217;\u00e9\u201atre tranquille. Onze de ses quinze ann\u00e9es de pouvoir furent des ann\u00e9es de mis\u00e8re. De 1970 \u00e0 1976, il dut affronter une crise politique majeure et une agitation sociale extr\u00e9\u201ame. De 1990 \u00e0 1994, il fut confront\u00e9 \u00e0 une crise constitutionnelle sans pr\u00e9c\u00e9dent, \u00e0 une importante r\u00e9bellion autochtone, \u00e0 la pire r\u00e9cession canadienne depuis la crise des ann\u00e9es 1930 et \u00e0 un m\u00e9lanome envahissant. Seule la p\u00e9riode de quatre ann\u00e9es de 1985 \u00e0 1989 lui accorda un moment de r\u00e9pit.<\/p>\n<p>Le bilan \u00e9conomique de M. Bourassa est nettement positif, malgr\u00e9 ces embu\u00cc\u201aches. Le d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique de la Baie James fut un grand succ\u00e8s. M. Bourassa \u00e9pargna au Qu\u00e9bec les dangers du nucl\u00e9aire. Les retomb\u00e9es \u00e9conomiques furent extraordinaires et le sont encore. Avec le temps, il manifesta une sympathie croissante pour les causes autochtone et environnementale. En mati\u00e8re de cr\u00e9ation d&#8217;emploi et d&#8217;investissement des entreprises, le Qu\u00e9bec, apr\u00e8s plusieurs d\u00e9cennies de stagnation\u00a0relative, a connu un essor comparatif soutenu \u00e0 compter du milieu des ann\u00e9es 1980. La contribution particuli\u00e8re de M. Bourassa \u00e0 cet \u00e9lan nouveau fut marquante. Sur le plan des finances publiques, sa pr\u00e9occupation de justice sociale fut constante. Son principal regret fut de ne pas avoir eu le temps de compl\u00e9ter le r\u00e9\u00e9quilibrage des finances publiques. Il se r\u00e9jouirait certainement aujourd&#8217;hui du succ\u00e8s r\u00e9cent de MM. Bouchard et Landry \u00e0 \u00e9liminer le d\u00e9ficit budg\u00e9taire.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em>Cet article est abr\u00e9g\u00e9 d&#8217;un texte dont la version compl\u00e8te parai\u00cc\u201atra dans l&#8217;ouvrage collectif intitul\u00e9 Robert Bourassa, le ba\u00cc\u201atisseur tranquille, sous la direction de Robert Comeau, Guy Lachapelle et Val\u00e9ry Colas, aux Presses de l&#8217;Universit\u00e9 Laval \u00e0 l&#8217;automne 2002. Pour leur aide pr\u00e9cieuse dans sa pr\u00e9paration, l&#8217;auteur est redevable \u00e0 Pierre Anctil, Robert Comeau, Marcel Co\u00cc\u201at\u00e9, Charles Denis, Richard Drouin, Claude Forget, Louis Lavigne, John Parisella, Guy Saint-Pierre et Claude S\u00e9guin.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant les trois d\u00e9cennies que dura sa carri\u00e8re politique, la grande priorit\u00e9 du premier ministre Bourassa fut le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du Qu\u00e9bec. Le d\u00e9veloppement social et culturel lui apparaissait encore plus fondamental, mais \u00e0 ses yeux une \u00e9conomie forte \u00e9tait absolument essentielle \u00e0 la construction d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 juste et d&#8217;une culture vivante. M. 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