Pour dresser le bilan de ce scrutin et analyser les perspectives d'avenir, nous avons donc réuni plus de 25 collaborateurs, qui se sont aussi surpassés.

Bienvenue à ce numéro entièrement consacré aux élections fédérales 2011, notre plus volumineux en 30 ans. Nous sommes convaincus qu’il servira souvent de référence au cours des prochaines années ; les mordus de politique pourront même en télécharger les articles dans 20 ans encore, grâce à la magie d’Internet (www.irpp.org).

Non sans raison, car on y trouve des analyses exceptionnelles d’un scrutin qui a recomposé le paysage politique canadien. Dans leur grande sagesse, les électeurs ont ainsi élu un gouvernement conservateur majoritaire, tandis qu’une vague orange a déferlé sur le Québec, propulsant au deuxième rang le NPD, qui forme pour la première fois l’opposition officielle, et reléguant les libéraux au rang de tiers parti. Quant au Bloc québécois, autre victime de la vague orange, il en est réduit à quatre maigres sièges. J’en connais peu d’ailleurs qui seraient mécontents de le voir disparaître complètement de la scène politique fédérale.

Produire Options politiques est un défi tous les mois, mais nous réussissons néanmoins à le relever grâce à une équipe du tonnerre formée de notre indispensable coordonnatrice à la production Chantal Létourneau, de notre rédactrice adjointe Sarah Fortin, de nos réviseures Francesca Worrall et Félice Schaefli, de notre traducteur Michel Beauchamp, de notre conceptrice artistique Jenny Schumacher et de notre webmestre Nicola Johnston. Ils se sont encore une fois surpassés pour ce numéro très spécial. Merci également à Jason Ransom, photographe de Stephen Harper, pour de nombreuses photos de la campagne dont celle de la page couverture, de même qu’au quotidien montréalais The Gazette et à Michael Porritt, de son centre de documentation, pour les photos de Jack Layton, Gilles Duceppe et Michael Ignatieff.

Pour dresser le bilan de ce scrutin et analyser les perspectives d’avenir, nous avons donc réuni plus de 25 collaborateurs, qui se sont aussi surpassés. Robin Sears en premier lieu, qui propose un saisissant compte rendu de la campagne. Le stratège néodémocrate Brian Topp nous entraîne dans les coulisses de la campagne de Jack Layton. Et Nik Nanos décrit comment une campagne d’abord insipide s’est emballée jusqu’à provoquer un séisme. Pour ma part, j’ai sillonné en compagnie du ministre des Finances Jim Flaherty la région du Grand Toronto, ù les conservateurs ont conquis les 19 sièges garants de leur majorité. Patrick Gossage analyse d’ailleurs l’incidence de cet exploit sur les libéraux et sur la Ville reine.

Geoff Norquay revient sur les enjeux que les partis ont mis de l’avant pour conclure que Stephen Harper a posé une question limpide aux électeurs : voulez-vous un gouvernement majoritaire ou minoritaire? À l’inverse, Michael Ignatieff les a laissé indifférents en focalisant son message sur l’outrage au Parlement.

Ayant parcouru le pays avec l’équipe conservatrice, Marjory LeBreton observe que la plupart des grands médias ont décrit une réalité fort éloignée de celle du terrain, et elle se demande si les nouveaux médias n’ont pas rendu obsolète la traditionnelle tournée électorale ù les journalistes suivent jour après jour les chefs de parti. Yaroslav Baran fait justement une évaluation incisive des médias sociaux, distinguant la part du tapage qu’ils font de leur effet réel.

De leur côté, Stuart Soroka et ses collègues examinent comment la presse écrite a couvert la campagne, tandis que David Herle et ses collègues analysent l’influence des sondages et soutiennent que les sondeurs devraient chercher à mieux nous éclairer sur les motivations des électeurs au lieu de se contenter de mesurer leurs intentions de vote.

Jim McLean analyse l’exploit de Jack Layton, le « bon gars » qui, armé d’une simple canne, a fait déferler une vague orange jusqu’aux portes de Stornoway, et Jean-Herman Guay évoque la « stupeur électorale » que le balayage a suscité au Québec. De l’Alberta, Frédéric Boily examine lui « la vague bleue » qui a de nouveau entraîné les provinces de l’Ouest.

Plusieurs de nos auteurs tirent des leçons de ce bilan. Jaime Watt d’abord, qui a mené une enquête postélectorale auprès de groupes témoins et conclut que les conservateurs se doivent de faire un usage judicieux de la majorité que leur ont donnée les Canadiens. Mais selon Tom Flanagan, nous venons d’assister à l’émergence d’une coalition conservatrice réunissant l’Ontario et l’Ouest du pays qui risque de dominer longtemps la vie politique canadienne.

Adam Daifallah fait le point sur les réalisations du premier ministre par rapport aux attentes de la droite. Derek Leebosh note que l’incroyable exploit du NPD au Québec découle en fait d’une longue décennie d’efforts. L’ancien stratège libéral Scott Reid parle de l’abrupte pente que les libéraux doivent remonter et du travail de longue haleine qui les attend, tandis que l’historien Éric Bédard pronostique la fin du consensus libéral.

Charles McMillan examine la place d’un Canada conservateur dans le nouvel ordre économique mondial, Wayne Hunt scrute les résultats du référendum britannique sur la réforme électorale et les leçons que le Canada pourrait en tirer, tandis que David Jones estime qu’un gouvernement majoritaire a tout pour rassurer Washington. Velma McColl note que la campagne électorale a fait l’impasse sur les questions d’environnement. Enfin, Kevin Lynch s’intéresse aux relations entre la fonction publique et le nouveau gouvernement.

Mais à tout seigneur, tout honneur : ce numéro spécial s’ouvre sur un entretien avec le premier ministre du Canada. Bonne lecture !

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