Aucune crise n’agite le Canada. Profitons-en pour jeter un regard neuf sur la communauté fédérale.

Dans tout juste quatre mois, les Canadiens entreprendront une pleine année de festivités soulignant les 150 ans de la Confédération. Groupes communautaires, artistes, musiciens et citoyens célébreront partout au pays les événements clés de notre histoire et nos grandes réalisations, y compris la plus symbolique de toutes : la Confédération elle-même.

Mais il nous faut aussi saisir cette occasion pour faire le point sur le Canada actuel et analyser les défis qui nous attendent. Car nous avons beaucoup évolué et  vivons à maints égards dans un autre pays qu’il y a quelques décennies. Notre économie s’est ouverte sur le monde et puise ses forces dans des régions et des secteurs différents. Notre population plus âgée s’est diversifiée et urbanisée. Nos provinces et territoires entretiennent entre eux et avec Ottawa des liens transformés.

Pour autant, certains de nos grands défis demeurent inchangés. L’un des partenaires fondateurs de la Confédération, le Québec, n’a toujours pas adhéré à la loi fondamentale du pays. Nous tardons aussi à trouver le juste équilibre entre les aspirations de nos régions et à régler des problèmes clés touchant les droits des peuples autochtones. Alors, profitons de l’année 2017 pour réinventer notre approche de ces questions et d’autres grands enjeux nationaux.

Le référendum de 2014 en Écosse et celui qui vient de signer la victoire du Brexit confirment la nécessité d’observer minutieusement les tendances susceptibles d’affaiblir nos liens. D’où l’importance de comprendre les enjeux qui sous-tendent les liens politiques, économiques et sociaux entre les collectivités, régions ou nations d’un pays. Cela exige une solide recherche sur les conséquences des grands changements et les risques de rupture. Au vu des événements qui ont secoué d’autres pays, ce n’est pas en concluant que « ça ne pourrait jamais arriver ici » que nous trouverons les solutions les plus judicieuses.

Quand le projet d’indépendance du Québec est apparu dans les années 1960, menaçant ainsi les assises de la Confédération, nos dirigeants politiques, experts et groupes d’intérêt n’ont pas simplement observé la situation. Avec tant d’autres, ils ont analysé la dynamique du fédéralisme canadien, enrichi la réflexion sur l’unité du pays et négocié des réformes. Des réformes qui n’ont pas toutes été mises en œuvre, ce qui a déçu ou découragé beaucoup.

Au lendemain de l’« expérience de mort imminente » que leur a fait subir le référendum québécois de 1995, la plupart de nos dirigeants ont plutôt jugé trop risqué tout débat sur le fédéralisme et fait valoir des priorités censément plus importantes. Si bien qu’aujourd’hui, seuls de maigres moyens vont à une recherche susceptible de produire les données et les connaissances qui viendraient éclairer les inévitables débats sur différents aspects de notre système fédéral et l’avenir même de la fédération.

C’est pour corriger cette lacune que l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) a créé un nouveau programme de recherche intitulé Évolution de la communauté fédérale canadienne.

Le terme « communauté fédérale » relève d’un choix délibéré. Car si le programme combinera recherches et débats sur les institutions, les relations intergouvernementales et les arrangements fiscaux, il traitera aussi d’autres éléments clés de notre communauté, pour ce qui est notamment de « vivre ensemble » autour de valeurs communes avec nos concitoyens de tous horizons et de ses conséquences sur nos modes de gouvernance. Ce sentiment collectif a toujours été et restera indispensable à l’efficacité de la gouvernance et au développement du pays. Le Canada est né d’un acte de volonté, et les liens qui nous unissent doivent être sans cesse renouvelés.

L’IRPP a créé un nouveau programme intitulé Évolution de la communauté fédérale canadienne pour corriger la lacune en matière de recherche axée sur les politiques dans ce domaine.

Mais à l’exemple de l’évolution du pays, nous devons modifier notre démarche de recherche. Tout en étudiant les institutions fédérales et intergouvernementales, nous donnerons ainsi aux questions autochtones toute l’importance qui leur revient, surtout en matière de gouvernance. Nous élargirons aussi le débat en vue d’adopter une approche commune des questions d’énergie et de climat, mais aussi d’améliorer les transferts fiscaux, de supprimer les obstacles au commerce intérieur, de reconnaître la spécificité du Québec comme nation au sein du Canada et de soutenir les aspirations de nos régions.

Les 150 ans de la Confédération – et l’absence de crise imminente – se prêtent idéalement à cette initiative, qui vise à lancer un vaste débat sur l’avenir d’un des pays les plus prospères du monde. Cela dit sans complaisance, car elle n’aiderait en rien à régler nos problèmes actuels. Nous serions tout aussi mal avisés d’éluder le débat sur nos arrangements fédéraux par crainte de rouvrir d’anciennes blessures ou d’aggraver certains risques, comme en témoigne le contre-exemple des récents événements en Europe. Tout au contraire, l’heure est venue de jeter un nouveau regard sur l’évolution de la communauté fédérale canadienne, puis d’examiner les moyens de renforcer et de moderniser les liens qui nous unissent afin de relever collectivement les grands défis qui nous attendent.

Photo: Rawpixel.com / Shutterstock.com

 


Souhaitez-vous réagir à cet article ? Joignez-vous aux débats d’Options politiques et soumettez-nous votre texte en suivant ces directives. | Do you have something to say about the article you just read? Be part of the Policy Options discussion, and send in your own submission. Here is a link on how to do it.