La presse écrite a cédé son rôle de principale source d’information il y a déjà plus d’un demi-siècle, d’abord à la télévision, puis au Web.

Le simple nom de « tribune de la presse » est un anachronisme. Car la presse écrite a cédé son rôle de principale source d’information il y a déjà plus d’un demi-siècle, d’abord à la télévision, puis au Web. Même prise au sens large pour y inclure tous les journalistes des organes médiatiques qui couvrent la colline du Parlement, la Tribune de la presse parlementaire d’Ottawa a un côté obsolète. Les journaux « ré-gionaux » n’y délèguent plus de correspondants, les chaînes réduisent leur couverture, et même les réseaux de télévision multiplient les compressions. Pour couronner le tout, elle n’arrive plus à attirer l’attention du premier ministre.

Le forum de la Fondation pour le journalisme canadien, tenu à Ottawa le 9 avril dernier, était donc l’occasion d’une réflexion bienvenue sur l’utilité de la Tribune de la presse, où le ministre Jason Kenney et les trois membres du panel se montraient prêts à proposer des réponses. Mais la rencontre s’est plutôt transformée en une autre complainte fastidieuse des médias sur la difficulté d’accéder au gouvernement Harper.

On peut comprendre leur frustration. Toutefois, ce qui menace la Tribune dépasse l’indifférence de Stephen Harper. Le libre accès aux politiciens est-il garant d’un meilleur journalisme ou favorise-t-il plutôt la manipula-tion de l’information ?

Quoi qu’il en soit, c’est pourtant Jason Kenney qui a signalé que l’enjeu clé est moins le devenir de la Tribune comme institution que l’avenir du journalisme politique. Car l’atomisation numérique des médias chamboule les vieux modèles : avec des coûts nettement inférieurs, un site Web comme Politico peut aujourd’hui offrir une couverture politique de loin supérieure à celle du Washington Post. Qui financera les reportages si des organes de presse en sont in-capables ? L’avenir appartient-il aux journalistes travaillant en leur propre nom ? Les médias numériques, souvent ou-vertement partisans ou militants, confineront-ils l’informa-tion à quelques tribus politiques ? Et que signifient tous ces bouleversements pour nos démocraties ?

Les malheurs de la Tribune de la presse parlementaire relèvent de forces supérieures. Ottawa exploite l’atomisa-tion des médias pour diffuser son propre message. Et si M. Harper jugeait la Tribune utile à cet égard, il lui adres-serait la parole. La vraie question concerne donc la raison d’être de la Tribune dans ce nouveau paysage médiatique. Car les changements ne font que commencer.

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