Les hôpitaux doivent cesser d’accepter des préparations lactées gratuites ou à rabais et adopter les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé.

Récemment, une députée islandaise s’est adressée aux membres du Parlement en donnant le sein à son bébé. Personne n’a bronché. En Islande, l’allaitement est une norme culturelle. La mère du nourrisson a déclaré que c’était la chose la plus naturelle au monde.

Si seulement la réalité était la même au Canada ! Malgré le fait que notre pays a fait des progrès notables en ce sens (89 % des femmes ont pratiqué l’allaitement en 2012, contre 69 % en 1982), il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Pourquoi est-il si important d’allaiter son bébé ? Les preuves s’accumulent sur le fait que l’allaitement est bénéfique pour le cerveau et le développement social du nourrisson. On pense que les bébés allaités bénéficient à la fois des qualités du lait maternel et du contact étroit qui s’établit entre la mère et son enfant.

Ajoutons à cela le côté pratique de la chose — toute maman qui allaite vous le confirmera. Du lait maternel, il y en a toujours ;  il est toujours à la bonne température et il est propre. De plus, sa production est parfaitement adaptée aux besoins du nourrisson, durant une seule séance d’allaitement ou tout au long des étapes de sa croissance. En prime, il est gratuit.

Quoi de plus naturel que d’allaiter ?

Le fait de ne pas pratiquer l’allaitement comporte des risques, tant pour la mère que pour l’enfant. Les femmes qui n’allaitent pas présentent un risque accru de souffrir de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de cancer du sein et de l’ovaire, ainsi que de retarder le retour à un poids normal. Les bébés qui ne sont pas allaités courent un plus grand risque d’être victimes de mort subite du nourrisson, de souffrir des maladies courantes de l’enfance, d’obésité pendant l’enfance, de cancer et de diabète.

Alors, qu’est-ce qui bloque ? Dans les pays comme l’Islande, les gens sont témoins en tous lieux de la pratique de l’allaitement en public. Au contraire du Canada, où l’on fait abondamment la promotion des substituts du lait maternel auprès des parents en employant toutes sortes de moyens : les échantillons et coupons gratuits ; les soi-disant « guides » sur l’alimentation du bébé où l’on met l’accent sur les préparations lactées ; les publicités dans les ouvrages et revues sur l’art d’être parent.

Les établissements de santé, hôpitaux et autres, qui signent des contrats avec des fabricants de préparations lactées contribuent à mettre en valeur ces produits et favorisent une culture de l’alimentation axée sur ces derniers. Or, lorsqu’on s’abstient d’avoir recours à ces substituts ou de s’en servir comme supplément (à moins d’indication médicale contraire), les femmes se montrent plus enclines à commencer l’allaitement et à le poursuivre pendant une longue période, d’après les conclusions d’une étude sur le sujet.

Vu la place qu’on accorde aux préparations lactées, il n’est pas étonnant que l’allaitement ne soit pas près de devenir une norme culturelle dans notre pays. Ou qu’il soit difficile pour les familles de prendre une décision éclairée et libre de toute influence commerciale.

On ne s’étonnera pas non plus des conclusions d’une étude albertaine sur les résultats en matière de grossesse et d’alimentation (APrON), qui indiquent que seulement 54 % des bébés âgés de trois mois sont nourris exclusivement au sein et que cette proportion baisse à 15 % une fois qu’ils atteignent l’âge de six mois.

Mais il existe un moyen de renverser la vapeur : les hôpitaux devraient adopter l’Initiative des hôpitaux amis des bébés de l’OMS (IHAB). Pour obtenir cette désignation, les établissements doivent satisfaire à dix critères.

Parmi ces critères figure l’obligation des hôpitaux de décliner tout contrat par lequel ils obtiendraient des préparations lactées gratuitement ou à prix réduit. Ils doivent aussi s’abstenir d’en faire la promotion auprès des patientes. Dans les établissements amis des bébés, on n’utilise ces préparations que sur indication médicale et, lorsqu’on le fait, on retire l’étiquette du produit. Quelques hôpitaux canadiens (environ 5 % seulement) ont obtenu cet agrément, ce qui est tout en leur honneur.

Bien entendu, ce ne sont pas toutes les mères qui sont capables d’allaiter ou qui décident de ne pas le faire. Raison de plus pour les aider toutes à déterminer le meilleur moyen de nourrir leur bébé. On pourrait commencer par donner du soutien à celles qui désirent le faire mais qui éprouvent des difficultés, et par promouvoir de saines solutions de rechange.

Tout programme prénatal devrait transmettre aux mères les coordonnées de conseillères en allaitement spécialement formées à cet art et des lignes d’entraide, ainsi qu’une liste de bons substituts au lait maternel. Allaitement Québec offre notamment une ligne sans frais qu’on peut appeler de partout au Canada.

Le fait d’encourager l’allaitement ne doit pas être perçu comme un affront envers les femmes qui décident, pour quelque raison que ce soit, de se tourner vers les préparations lactées. Nous vivons dans une société où l’on respecte la diversité des approches. L’Initiative Amis des bébés ne prône pas une seule et unique voie ; elle préconise plutôt la diffusion des meilleures données sur le sujet, de façon à ce que chaque mère puisse prendre la décision la plus éclairée possible.

En tant que bailleurs de fonds, les gouvernements provinciaux devraient obliger les établissements de santé à adopter des mesures concrètes pour instaurer un environnement « ami des bébés ». Ces mesures comprennent la promotion de l’allaitement et la fin des contrats qui leur procuraient peut‑être un avantage modeste sur le plan budgétaire, mais cela au détriment des nourrissons.

Les membres du public pourraient quant à eux contribuer à changer les choses en appuyant le droit des femmes d’allaiter au vu et au su de tous et en exigeant la mise en œuvre, dans nos milieux de soins, des normes préconisées par le programme Amis des bébés.

Photo: Shutterstock.com


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