En imposant la tarification du carbone, les gouvernements inciteront les entreprises à utiliser de l’énergie propre ou à réduire leurs émissions.

Les humains sont complexes, mais leur comportement est parfois facile à décoder. Il y a souvent un écart entre le mode de vie auquel nous aspirons et celui que nous adoptons effectivement. Cela s’explique par des questions de confort ou de coût. Le temps et l’argent ont fréquemment raison de nos meilleures intentions, qui ne trouvent pas de place dans nos emplois du temps surchargés ou nos budgets serrés.

En matière d’écologie, les contradictions sont reines. Malgré nos belles paroles, nombreux sont ceux qui consomment probablement plus d’énergie et d’eau que nécessaire et envoient plus de déchets vers les sites d’enfouissement qu’ils ne veulent bien l’admettre. De fait, seulement 14 % des Canadiens se définissent comme des « écolos convaincus ». Environ la même proportion déclare ne pas vraiment se préoccuper de l’environnement. Il reste donc une importante majorité qui s’en inquiète bel et bien, mais qui hésite à se dire convaincue. Ces personnes ont d’autres priorités, subvenir aux besoins alimentaires de leur famille ou épargner, par exemple.

Le terme « taxe carbone » provoque de l’anxiété chez certains. Est-il vrai que tous les prix vont augmenter ? Cette taxe ne va-t-elle pas affaiblir les entreprises canadiennes, ralentir l’économie, détruire des emplois ?

Pendant des années, la taxe carbone a été une sorte de ballon politique : elle a été qualifiée de mesure perverse par ses opposants, et d’outil essentiel à la préservation de la planète et de la vie sur Terre par ses partisans. Si nous laissons de côté les enjeux politiques et nous concentrons sur la raison d’être de la tarification (ou de la taxation) du carbone, nous pourrons avoir un dialogue plus constructif sur sa nécessité et la meilleure façon de la mettre en œuvre.

Fixer un prix pour le carbone n’est pas vraiment une démarche expérimentale ; nous ne pouvons avoir une idée très précise des résultats qui seront atteints. Durant des siècles, les politiques publiques ont servi à rendre plus abordables des comportements bénéfiques pour la société. De telles mesures ont incité les gens à réduire leurs déchets, à recycler davantage, à utiliser les transports en commun, à diminuer leur consommation de tabac ou encore à accroître leur épargne pour l’éducation et la retraite. Nous ne manquons pas d’exemples montrant qu’on peut changer un comportement si on augmente son coût tout en récompensant l’adoption d’autres pratiques, plus bénéfiques pour la société.

La tarification de la pollution par le carbone vise à rendre les combustibles fossiles plus coûteux pour les entreprises, afin qu’elles trouvent avantageux d’utiliser de l’énergie plus propre ou de réduire leurs émissions. En plus de cette mesure, les gouvernements devraient décider de supprimer les subventions annuelles à la production de combustibles fossiles — évaluées à plus de 3 milliards de dollars —, de sorte que les politiques puissent récompenser les innovations en matière d’énergie propre.

Certains détracteurs de la tarification du carbone estiment qu’elle ne modifiera pas les comportements, mais la pratique les contredit. Les prix influencent bel et bien nos choix quotidiens. D’autres opposants croient que cette mesure sera néfaste pour l’économie. Il est normal de craindre qu’un changement soit dommageable, même quand ces dommages sont accidentels. La Colombie-Britannique a cependant adopté cette tarification il y a plusieurs années, et son économie est la plus solide du Canada. Une récente étude de l’Institut pour l’IntelliProsperité conclut que la politique fonctionne bien sous sa forme actuelle.

Il existe différentes façons de faire jouer la tarification pour récompenser l’abandon des énergies les plus polluantes. Certaines provinces mettent l’accent sur les industries qui émettent le plus de gaz à effet de serre ; d’autres s’adressent directement aux consommateurs en augmentant le prix des combustibles fossiles.

Quelle que soit la méthode choisie par les provinces pour récompenser la croissance propre, une telle approche élargira les possibilités d’emploi futures plutôt que de les restreindre. La transition écologique est déjà bien amorcée partout sur la planète, et ce n’est qu’une question de temps pour que les économies les plus vertes détrônent celles qui polluent le plus. Une fois que ce point charnière sera atteint, le Canada voudra être à la tête du mouvement et non pas à la traîne.

La Chine est devenue le principal investisseur mondial en technologies propres, et elle ne tardera pas à occuper la place de première puissance économique. En 2016, pour la première fois, la plus grande partie de la nouvelle capacité énergétique ajoutée à l’échelle mondiale provenait de sources renouvelables. Le coût de l’énergie solaire a chuté de 100 dollars par watt en 1975 à 60 cents par watt de nos jours, ce qui a fait exploser la demande. Plus de 90 % des dirigeants du secteur de l’automobile interrogés par KPMG ont par ailleurs indiqué que leur industrie serait dominée par les véhicules électriques ou hybrides d’ici 10 ans.

En imposant la tarification du carbone et en récompensant les modes de vie durables, le Canada se taillera une place parmi les économies les plus dynamiques à l’avenir. Agir différemment reviendrait à faire des économies de bouts de chandelle.

Pour rejoindre le rang des pays les plus développés au monde, le Canada a compris que certaines dépenses étaient en fait des investissements pour le monde que nous voulons construire et que les avantages à long terme devaient l’emporter sur une vision à court terme.

Photo: Air emissions from an oil refinery in Alberta. Bruce Raynor / Shutterstock.com


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