Le Canada doit miser sur une politique commerciale inclusive qui facilite la réaffectation des ressources et la connectivité mondiale, tout en jetant les bases d’un meilleur système commercial international.

Le Canada est à la croisée des chemins : sa prospérité dépend des échanges et des investissements internationaux alors que de nouvelles réalités mondiales l’obligent à repenser ses orientations de longue date dans ces deux domaines clés. Une nouvelle approche est d’autant plus importante qu’une menace existentielle plane sur le système commercial international depuis l’élection de Donald Trump, qui se dit déterminé à chambouler la politique commerciale de son pays pour donner « priorité aux États-Unis ». Les tactiques de négociation des Américains restent indéchiffrables et leur position demeure imprécise, mais la réalisation de leur objectif affiché de mettre en cause un système commercial fondé sur des règles aurait de sérieuses répercussions sur notre pays.

Hélas, les médias canadiens réagissent souvent à la situation par des pronostics à court terme, cherchant surtout à prévoir ce que fera Donald Trump au jour le jour. Or nous avons désespérément besoin d’un débat serein, étayé de données probantes, pour comprendre cette conjoncture inédite — y compris la montée du protectionnisme —, examiner les mesures à prendre et définir les priorités à long terme qui nous guideront à travers l’instabilité actuelle. Dans la conclusion de l’ouvrage collectif intitulé Redesigning Canadian Trade Policies for New Global Realities, que l’IRPP vient de publier, nous présentons nos principaux résultats de recherche et propositions de politiques en la matière.

Nos analyses montrent que l’économie mondiale est en pleine transformation. La production, l’innovation et la croissance intérieures dépendent à la fois des exportations et des importations. Beaucoup d’entreprises collaborent au sein de chaînes d’approvisionnement mondiales au lieu de produire dans un seul pays, misant sur leurs filiales étrangères pour servir les consommateurs d’autres pays. L’influence décisive exercée par des marchés émergents comme l’Inde et la Chine a fait déplacer le pouvoir économique et explique en partie la stagnation des négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce. Et les faibles perspectives de croissance, surtout depuis la crise financière de 2008-2009, suscitent l’inquiétude dans plusieurs pays développés, y compris le Canada.

Vu la faiblesse de notre performance économique durant les 15 dernières années, ce contexte nous impose d’adopter une approche commerciale globale et concertée, incluant nos relations avec les États-Unis. Afin d’aider nos décideurs à privilégier les objectifs d’une politique à long terme, même s’ils doivent aussi gérer certains risques immédiats, nous proposons une série de mesures dans quatre domaines clés.

Avant tout, le Canada doit élaborer des politiques inclusives assurant au plus grand nombre de profiter des avantages de la mondialisation et des progrès technologiques, notamment pour préserver le soutien public aux échanges et aux accords commerciaux. Car si les Canadiens jugent ces avantages trop concentrés au sommet, ils résisteront aux mesures qui visent à libéraliser les échanges pour stimuler la prospérité. Parmi les mesures d’inclusion essentielles, citons le renforcement des filets de sécurité sociale pour les travailleurs dont les emplois sont menacés par des perturbations économiques (liées ou non au commerce), la formation professionnelle et le perfectionnement des compétences.

En deuxième lieu, nous devons dynamiser les échanges et la productivité en facilitant, plutôt qu’en entravant, la réaffectation des ressources. Face à l’évolution constante de l’économie globale, il s’agit ici d’assurer la circulation souple et rapide du capital et de la main-d’œuvre, allant d’entreprises à faible performance à celles qui prospèrent.

Troisièmement, nous devons améliorer la connectivité mondiale pour renforcer les liens de nos entreprises et travailleurs avec les partenaires et marchés internationaux. Pour ce faire, il faut libéraliser les exportations et les importations, élaborer des procédures douanières rapides et efficaces, et investir dans des infrastructures de transport et des réseaux de communication fiables. Car la productivité des entreprises et des travailleurs dépend non seulement de leur initiative mais aussi de leurs contacts, de leurs réseaux et de leur capacité de travailler avec des partenaires solides, où qu’ils se trouvent dans le monde.

Enfin, le Canada doit jouer un rôle central dans le renforcement d’un système mondial d’échanges et d’investissements fondé sur des règles. Face au caractère mondial de la production, du commerce et des investissements, nous devons privilégier le multilatéralisme plutôt que d’ériger un système ingérable d’ententes bilatérales qui se chevauchent. L’approche multilatérale est le meilleur moyen de resserrer nos liens avec les marchés émergents en plein essor et de diversifier ainsi nos échanges et investissements. En clair, une puissance moyenne comme le Canada ne peut renforcer son économie en faisant cavalier seul.

Ces priorités à long terme doivent dicter notre stratégie de renégociation de l’ALENA et de pourparlers bilatéraux avec la Chine. Elles nécessitent d’adopter une politique commerciale inclusive qui facilite la réaffectation des ressources et la connectivité mondiale, tout en jetant les bases d’un meilleur système commercial international. Au-delà de l’arbre qui cache la forêt, nous devons embrasser un vaste horizon en cette phase critique pour notre économie.

Photo: Shutterstock/Harvepino


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