Si les Canadiens n’accordent pas une grande priorité aux pensions en termes de politiques publiques, ils sont pourtant très inquiets de la viabilité future de tous les régimes de retraite, qu’ils soient publics ou privés. Et sur le plan démographique, une ligne de partage très marquée sépare les Canadiens âgés, qui font confiance au système, et les Canadiens plus jeunes, qui s’en méfient. Telles sont les principales conclusions du dernier sondage Nanos Research réalisé en exclusivité pour Options politiques.

Ce sondage téléphonique a été effectué du 5 au 8 février auprès de 1001 Canadiens. Sa marge d’erreur est de 3,1 p. 100, 19 fois sur 20.

À l’heure actuelle, les Canadiens se préoccupent davantage d’économie, de réduction de la dette et même d’allégements fiscaux qu’ils ne se soucient de leurs régimes de retraite publics ou privés. Mais un nuage plane à l’horizon, car ils s’inquiètent vivement de ne pouvoir toucher leurs prestations quand ils en auront besoin. Et cette crainte est profondément ancrée dans leur esprit.

Quand on leur a demandé quelle mesure arrivait en tête de leurs priorités, 38,4 p. 100 des répondants ont cité la création d’emplois, 21,1 p. 100 la réduction de la dette et 15,5 p. 100 les allégements fiscaux, seulement 12,5 p. 100 ayant choisi l’amélioration des pensions (tableau 1).

Et pour leur deuxième priorité, ils ont de nouveau cité la création d’emplois, la réduction de la dette, les allégements fiscaux et les pensions exactement dans le même ordre (tableau 2).

Mais interrogés sur leur niveau de confiance à l’égard du Régime de pensions du Canada (RPC) et du Régime de rentes du Québec (RRQ), les Canadiens se sont néanmoins montrés inquiets de ne pouvoir toucher leurs prestations quand ils en auront besoin. Si plus de la moitié des répondants ont dit avoir confiance que le RPC et le RRQ verseront les prestations prévues aux retraités, 4 Canadiens sur 10 se sont dits moins confiants ou aucunement confiants (tableau 3).

Quant à la future viabilité des fonds de pension privés, leurs avis étaient presque également partagés. Globalement, 49,4 p. 100 ont dit avoir confiance ou plutôt confiance en leur viabilité à long terme, 46,5 p. 100 plus ou moins confiance ou aucunement confiance (tableau 4).

Quoi qu’il en soit, le niveau d’inquiétude est très élevé face à la possibilité que les régimes de pension publics et privés devront tous deux réduire le montant des prestations destinées aux retraités pour maintenir leur solvabilité.

Quand on leur a demandé si le RPC et le RRQ allaient devoir réduire le montant de leurs prestations, près de 2 Canadiens sur 3 (62,9 p. 100) ont jugé cette éventualité probable ou plutôt probable, contre seulement 1 sur 3 qui l’estimait improbable ou plutôt improbable (tableau 5).

À la même question, cette fois sur les fonds de pension privés, la proportion des répondants qui croient cette éventualité probable ou plutôt probable est encore plus élevée, atteignant 69,6 p. 100, alors que seulement 25,4 p. 100 la jugent improbable ou plutôt improbable (tableau 6).

Autrement dit, 7 Canadiens sur 10 estiment que la viabilité des fonds de pension privés est menacée, un seul Canadien sur quatre jugeant que leurs niveaux de liquidités se maintiendront.

Sur cet enjeu des niveaux de liquidités des régimes de pension aussi bien publics que privés, l’absence de confiance domine par une marge de 2 contre 1. Ce qui est très préoccupant.

Quand on examine l’avis des différents groupes d’âge, on note une absence flagrante de confiance chez les 30 à 39 ans et les 40 à 49 ans face à la viabilité future des régimes de pension. Ce qui contraste vivement avec le niveau de confiance nettement plus élevé des 60 ans et plus, qui prendront bientôt leur retraite ou touchent déjà des prestations du RPC et du RRQ, sans compter ceux qui touchent celles d’un fonds de pension privé.

Par exemple, seulement 48,4 p. 100 des Canadiens de 30 à 39 ans disent avoir confiance ou plutôt confiance de toucher en temps voulu leurs prestations du RPC et du RRQ, alors que 69,6 p. 100 des Canadiens de 60 ans et plus se disent du même avis.

Interrogés sur la possibilité d’une future réduction des prestations du RPC et du RRQ, 75,8 p. 100 des répondants de 30 à 39 ans ont jugé cette éventualité probable ou plutôt probable, contre seulement 41,9 p. 100 des répondants de 60 ans et plus.

À la même question sur les fonds de pension privés, exactement la même proportion du groupe des 30 à 39 ans a de nouveau jugé cette éventualité probable ou plutôt probable (75,8 p. 100), mais la proportion des 60 ans et plus se disant du même avis a ici augmenté à 60, 8 p. 100.

On observe donc une distinction démographique très nette entre les Canadiens plus jeunes et ceux qui prendront bientôt leur retraite ou sont déjà retraités. À l’évidence, les plus jeunes se montrent peu confiants face à la viabilité future des régimes de pension publics et privés, tandis que le niveau de confiance de leurs aînés, qui touchent déjà ou toucheront bientôt leurs prestations, est nettement plus élevé. «L’argent est le nerf de la guerre », dit-on, et les jeunes Canadiens doutent qu’ils en verront jamais la couleur, contrairement à leurs aînés.

Avec l’arrivée à la retraite des babyboomers, la plus vaste cohorte de l’histoire, les fonds du RPC et du RRQ seront massivement ponctionnés. Cela d’autant plus que les baby-boomers vivront plus longtemps que les générations précédentes.

En considérant et le vieillissement démographique et cette ponction massive de liquidités, il est clair que la viabilité des fonds de pension publics et privés s’imposera sous peu comme un enjeu majeur en termes de politiques publiques. Mais c’est aujourd’hui même qu’il faut lancer le débat.

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NN
Chercheur et conseiller stratégique, Nik Nanos est régulièrement appelé à conseiller des dirigeants sur un large éventail de sujets, notamment les fusions d'entreprises, les campagnes de sensibilisation du public, la gestion de la réputation et les questions réglementaires. Il dirige l'équipe de Nanos, qui conduit des recherches au Canada et aux États-Unis, est fellow au Woodrow Wilson International Center for Scholars de Washington, D.C., et chercheur et professeur agrégé à  la State University of New York de Buffalo. Il est aussi analyste principal pour l'indice Bloomberg-Nanos de la confiance des consommateurs canadiens, dont les résultats sont transmis hebdomadairement aux clients de Bloomberg. Chaque semaine, il présente The Nanos Number à  l'émission Power & Politics de la CBC, qui suit l'évoution politique, économique et sociale. Il siège au comité de rédaction du Journal of Professional Communication de l'Université McMaster.

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