Deux questions clés se posaient dans les mois précédant le budget : l'ampleur du déficit et l'échéance du retour à l'équilibre budgétaire.

Revoici notre numéro annuel consacré au budget fédéral et, du même coup, à la campagne électorale 2011. Car trois jours après le dépôt du budget, le gouvernement a été renversé par suite d’une motion de censure appuyée par les trois partis de l’opposition. Dès le lendemain, le premier ministre se rendait chez le gouverneur général pour dissoudre la législature et lancer la 41e élection générale au Canada, ni plus ni moins que la quatrième en sept ans.

Deux questions clés se posaient dans les mois précédant le budget : l’ampleur du déficit et l’échéance du retour à l’équilibre budgétaire. Or la reprise économique et la création d’emplois ont depuis accéléré la réduction du déficit, ce qui a donné au gouvernement la marge de manœuvre dont il avait besoin pour proposer au NPD un compromis politique. Le Canada pourrait en outre renouer dès 2015 avec l’équilibre budgétaire, lui qui se targue déjà des plus faibles ratios de déficit et d’endettement du G7.

Dès le lendemain du dépôt du budget, nous avons rencontré Jim Flaherty pour une longue entrevue. Très à l’aise, c’est en toute sérénité qu’il a évoqué la suite des événements. On le serait à moins : dans l’histoire du pays, aucun autre ministre des Finances d’un gouvernement minoritaire n’a déposé comme lui six budgets consécutifs.

Le plus récent n’a jamais été soumis au vote. Mais l’ayant déposé, le gouvernement devra défendre ce qui ressemble d’ailleurs à un plan de campagne plus qu’à un véritable énoncé économique.

Comme le note dans son article la présidente du conseil de l’IRPP Janice MacKinnon, le ministre des Finances devait en effet réussir le difficile exercice d’aménager le cadre financier en vue d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2015, tout en créant une plateforme électorale au cas où le gouvernement soit renversé par le Parlement. C’est Jack Layton qui a scellé le destin des conservateurs en rejetant d’emblée un budget jugé incompatible avec ses conditions.

Un budget qui « n’a littéralement oublié personne », observe pourtant le chercheur principal invité de l’IRPP Tom Courchene, en offrant à presque tous les Canadiens « allègements fiscaux, augmentations de revenu et autres dispositions ciblées ». Vu sous cet angle, le ministre aura effectivement trouvé le juste équilibre entre mesures économiques et politiques.

Mais il a prévu peu de compressions de dépenses susceptibles de réduire le déficit, selon notre économiste Jeremy Leonard, qui en conclut que le gouvernement « mise avant tout sur la croissance pour redresser la situation ». Todd Hirsch livre son point de vue depuis Calgary. Jean-Pierre Aubry examine pour sa part les projections budgétaires jusqu’en 20152016 pour déterminer si les dépenses ont augmenté ou diminué depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

Par ailleurs, nous vous proposons plusieurs articles sur des thèmes connexes. David Herle, d’abord, rend compte des données d’enquête qu’il a recueillies auprès des chefs d’entreprise et des consommateurs sur la crise financière ainsi que sur leur niveau de confiance en cette sortie de récession.

De leur côté, David Boisclair et Marcelin Joanis analysent le budget du Québec, déposé le 17 mars. Kevin Lynch examine les problèmes de productivité et d’innovation du Canada et déplore que notre pays « se traîne les pieds sur les deux fronts ». Et Peter Howie s’attaque à la question d’un revenu annuel garanti, estimant qu’il nuirait à l’offre de main-d’œuvre ainsi qu’à la croissance économique.

Dans un dossier spécial sur les événements qui ont présentement cours au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Jeremy Kinsman analyse le mouvement démocratique qui déferle sur la région, prévoyant qu’il aura des résultats très différents selon les pays, tandis que Gil Troy rend compte de la situation depuis Jérusalem, où les Israéliens sont tout sauf désintéressés ou indifférents.

Également ce mois-ci, plusieurs contributions libres. Robin Sears se penche sur le financement des campagnes électorales au Canada et soutient que le système a été paralysé par des réformes sans doute bien intentionnées, qui ont toutefois entravé la collecte légitime de fonds en interdisant les dons provenant de sociétés et de syndicats et en plafonnant à 1 100 dollars annuels les dons des particuliers.

Puis Nipa Banerjee fait le point sur l’état de la société civile et de l’aide au développement qu’elle a pu observer lors de ses deux derniers séjours en Afghanistan. Ce récit de l’ancienne chef de l’aide canadienne en Afghanistan semble tout droit sorti d’un roman de Kafka.

Le Canada a joué un rôle décisif dans la mise sur pied de la Cour pénale internationale. Mais selon le boursier Fulbright Prosper Bernard, il doit renouveler à l’égard de la Cour un engagement affaibli en misant « sur les atouts du pouvoir intelligent prêté aux moyennes puissances pour promouvoir avec conviction la nécessité d’une justice mondiale à la fois rétributive et réparatrice ».

Hari Bapuji et Kevin Morris traitent de la sécurité des produits de consommation à l’heure où se multiplient les rappels de produits. Ils déplorent que l’enveloppe de 27 millions de dollars qu’y consacre Santé Canada ne compte que pour 0,73 p. 100 du budget du ministère.

Et pour finir, un extrait du dernier livre de Hugh Segal, The Right Balance, qui retrace le parcours des chefs conservateurs de l’ère moderne, de Robert Stanfield à Brian Mulroney. Cet ouvrage constitue selon Geoff Norquay une importante contribution à l’histoire politique canadienne.

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