On ne peut exiger d’une autre génération d’Autochtones — sur demande des gouvernements ou de leurs propres dirigeants — d’attendre éternellement le règlement des grandes questions.

Le mouvement Idle No More est en voie de modifier la dynamique de nos relations avec les Autochtones et de créer une nouvelle donne politique susceptible de rééquilibrer les pouvoirs, non seulement entre les dirigeants autochtones et les gouvernements canadiens mais au sein même des Premières Nations. Pourtant, le pays a globalement réagi à cette évolution en renouant avec le confort des idées reçues. Dans ce concert de certitudes sont revenus de tous côtés les mêmes vieux arguments, la même litanie d’opinions figées qui ne font que renforcer une désolante impression de paralysie.

Pour tenter de dénouer l’impasse, ce numéro mise sur la puissance narrative de la photographie. Les portraits d’Autochtones qu’on peut y admirer sont signés de photographes autochtones participant à l’exposition itinérante « Du courage dans le regard » du Musée des beaux-arts du Canada, actuellement présentée à Saskatoon. Les photographes blancs ont trop longtemps offert deux seules visions des Autochtones : celle, romancée, du guerrier (qui, à cheval, arbore un couvre-chef en plumes du xixe siècle ou qui, masqué, se tient derrière les barricades érigées à notre époque) et celle de tragique victime d’une pauvreté dépeinte avec une crudité confinant à la pornographie. Or les portraits réunis dans ces pages font éclater ces stéréotypes en se jouant des conventions et en révélant une dimension inédite de l’identité autochtone.

Si la photographie parvient ainsi à défier nos convictions les plus ancrées, rien ne devrait nous empêcher de rompre le paradigme politique qui enferme notre approche de la question autochtone. C’est la voie que désirent tracer les articles de ce numéro, que ce soit en soulignant les mérites d’un média autochtone qui combat l’esprit de ghetto, en traitant du droit d’accéder aux études collégiales et universitaires ou en examinant les possibles améliorations à l’autonomie gouvernementale et à la justice alternative. Cela sans aucunement nier l’ampleur des problèmes sociaux, économiques et politiques des communautés autochtones, ni l’importance de mesures globales de réconciliation et d’entente face à la polarisation de l’opinion publique.

Nous voilà mis en garde contre toute forme d’inaction face au cours trop souvent immobile de l’histoire. On ne peut exiger d’une autre génération d’Autochtones — sur demande des gouvernements ou de leurs propres dirigeants — d’attendre éternellement le règlement des grandes questions. C’est plutôt avec impatience que nous devons saisir chaque occasion de réduire la pauvreté et de favoriser l’éducation afin de nourrir d’espoir cette nouvelle génération.