Durant la campagne électorale, tous les partis fédéraux ont admis que le Canada payait trop cher pour ses médicaments prescrits et chaque parti a proposé ses propres solutions. Voici leur bulletin.

La campagne électorale tire à sa fin et, bien que cet enjeu a été peu relayé dans les médias, la question des médicaments a été abordée par l’ensemble des partis.

Le Canada et les États-Unis sont les deux seuls pays de l’OCDE qui n’offre pas une couverture publique pour permettre l’accès aux médicaments prescrits pour l’ensemble de la population. La fragmentation des régimes d’assurance-médicaments entre régimes privés et régimes publics provinciaux a conduit à un système incohérent où dominent le gaspillage et le jeu des intérêts corporatifs.

Après les États-Unis, les Canadiens paient les coûts les plus chers per capita pour les médicaments prescrits (771$), soit 55% de plus que la moyenne pour les pays de l’OCDE (498$). Deux raisons expliquent cette différence avec les autres pays de l’OCDE : 1-nous payons plus chers pour les mêmes médicaments (puisque la fragmentation des régimes réduit le pouvoir de marchandage); 2-les régimes privés induisent une logique de gaspillage où on rembourse tous les produits sans égard à leur valeur thérapeutique.
On dépense donc beaucoup, mais cela ne signifie pas que nous avons un meilleur accès aux médicaments. Un Canadien sur 10 ne remplit pas ses prescriptions pour des raisons financières. Au Québec, l’augmentation récente des franchises mensuelles et du taux de coassurance à 34% ne va en rien améliorer cet état de fait.

En fait, le système actuel de couverture des médicaments n’est pas soutenable à terme. En particulier, le système canadien n’est pas préparé à l’arrivée d’une nouvelle génération de médicaments de niche très dispendieux et nous restons désarmés face aux stratégies de prix prédateurs dans le secteur pharmaceutique, par exemple lorsqu’un «hedge fund » rachète une molécule pour en augmenter le prix de 5500% afin de faire un coup d’argent rapide. Des réformes majeures vont s’imposer soit en renvoyant le risque sur le dos des patients en réduisant la couverture ou en augmentant les franchises et les coassurances, soit en transformant le régime de couverture pour le rendre efficace en s’inspirant des meilleures pratiques dans les pays de l’OCDE.
Chaque parti s’est positionné sur ces questions, et nous leur offrons ici leur bulletin.

Parti vert : B+
Premier parti à s’être positionné sur la question des médicaments durant la campagne en endossant le rapport « The Future of Drug Coverage in Canada» (rapport dont je suis co-auteur et endossé par plus d’une centaine de spécialistes en politique de santé). Le rapport propose de s’inspirer des meilleures pratiques en établissant un régime public universel pour permettre un meilleur accès, une réduction de coûts, une plus grande équité de financement, une élimination du gaspillage ainsi qu’une amélioration des habitudes de prescription. Le Parti vert reste toutefois avare de commentaires sur le processus de mise en place d’une telle réforme.

Nouveau Parti démocratique : A
Le parti reprend les recommandations du rapport « The Future of Drug Coverage » mais met aussi de l’avant une description détaillée de mise en place d’une telle politique sur 4 ans. Des sommes modestes seraient d’abord dépensées pour construire la capacité administrative pour une telle politique et permettre la défragmentation en développement une liste commune de médicaments, permettant d’accroître le pouvoir de marchandage et réduire les coûts. Les économies obtenues seraient alors utilisées pour développer une couverture publique universelle.

Bloc québécois : C-
Le Bloc propose de modifier les règles du Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés pour permettre de réduire le prix officiel des médicaments brevetés d’environ 10%. Cette politique, que j’avais moi-même proposé en 2010, reste toutefois inadaptée puisque le prix officiel des médicaments brevetés est devenu peu pertinent dans un monde où les régimes publics négocient des rabais confidentiels.

Parti conservateur : E
Les conservateurs ont simplement mentionné leur intention de rejoindre l’Alliance pancanadienne pharmaceutique (APP), une agence d’achats groupés développée par les provinces pour accroître leur pouvoir de marchandage. Bien que la détermination du prix des médicaments brevetés soit de juridiction fédérale, les conservateurs n’ont rien fait pour réduire les coûts. Au contraire, la ratification de l’Accord économique et commercial général avec l’Europe va augmenter d’au moins 6% le coût des médicaments brevetés en étendant la propriété intellectuelle. De plus, la ratification du Partenariat transpacifique inclut une « Healthcare Annex » qui encadrerait le fonctionnement de l’APP et minerait son pouvoir de marchandage.

Parti libéral : E
Les libéraux nous avaient habitués à une bonne compréhension des enjeux pharmaceutiques, par exemple par l’établissement de leur stratégie nationale relative aux produits pharmaceutiques en 2004, ou encore avec leur congrès national de 2014 qui réclamait qu’un gouvernement libéral prenne le leadership pour mettre en place un régime public national d’assurance-médicaments. Toutefois, durant la campagne, les libéraux ont simplement repris l’idée des conservateurs de rejoindre l’APP, tout en endossant les accords commerciaux qui risquent de miner les maigres efforts institutionnels canadiens pour contenir les coûts en médicaments. Les Libéraux ont aussi annoncé un financement pour la recherche sur la sur-prescription, mais aucun détail n’a été donné. Il n’est pas clair si ce financement serait plus élevé que ce qui existe en ce moment avec des initiatives telles le Réseau sur l’Innocuité et l’efficacité des médicaments.

Peu importe le parti, la présente campagne aura eu le mérite de discuter de ces enjeux, de réaliser l’importance des défis pharmaceutiques qui nous attendent et dégager un consensus comme quoi nous payons trop chers et que des réformes s’imposent. Il s’agit maintenant de voir quelles réformes seront mises en place.