The policy of "Aging and living together", announced a few days ago, has shared opinions

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les groupes et commentateurs ayant accueilli la politique Vieillir et vivre ensemble, annoncée il y a quelques jours, sont d’avis partagés. Certains se réjouissent que le gouvernement du Québec propose des investissements de 2,7 milliards $ d’ici 2017 pour faire face aux défis du vieillissement de la population et saluent la perspective d’avoir des meilleurs soins à domicile et options d’hébergement pour les aînés. D’autres estiment que c’est du vent : un beau discours avec trop peu de moyens d’action.

Entre les réjouissances et le cynisme qu’elle peut susciter, cette initiative majeure mérite néanmoins qu’on y regarde de près. Que propose-t-elle, essentiellement, pour répondre aux besoins émergents d’une population vieillissante? Qu’apporte-t-elle de neuf et que pourrait-elle faire mieux?

Vieillir et vivre ensemble vise essentiellement à faire participer les aînés à la communauté, à leur permettre de vivre en santé et à créer des environnements de vie sains, sécuritaires et accueillants.

Pour faire court, cette politique veut avant tout que les aînés continuent à vivre dans la communauté et que l’aide personnelle et les soins non professionnels dont ils ont parfois besoin leur soient prodigués en premier lieu par leurs proches appuyés par les organismes communautaires, en deuxième lieu par les entreprises privées, et en ultime recours seulement par l’État.

Autrement dit, elle veut faire en sorte que les aînés vivent le moins souvent et longtemps possible dans un centre d’hébergement public financé par l’État et que leurs séjours dans les hôpitaux ne se prolongent pas indëment, faute d’alternative.

Ce qui est remarquable, c’est que cette politique met de l’avant, pour la première fois, une approche holistique aux défis associés au vieillissement des Québécois. Qu’on soit ou pas d’accord avec ses orientations, elle démontre une capacité non seulement à réfléchir aux multiples défis mais aussi à proposer une vision d’ensemble des solutions.

Cela implique forcément des solutions qui semblent aller dans tous les sens : adapter les services sociaux et de santé aux besoins des aînés; soutenir les municipalités pour qu’elles adaptent leurs services au vieillissement de la population; développer les maisons des grands-parents; soutenir les mesures de conciliation travail-retraite dans les entreprises; promouvoir la santé des aînés; les aider à utiliser les nouvelles technologies; reconnaître leur implication dans la communauté; et même sensibiliser les chauffeurs de taxi à leurs besoins spécifiques.

Mais au-delà du discours, la budgétisation permet d’y voir clair. Or, 85% des nouveaux investissements annoncés (soit 2,3 des 2,7 milliards $) serviront à offrir aux aînés requérant des soins de santé une alternative à l’hôpital et aux Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHLSD) : soins à domicile; projets de résidence et d’hébergement adaptés à la perte d’autonomie; lieux d’hébergement avec services de soutien ou d’assistance (maisons d’accueil, maisons de chambres, appartements supervisés).

Le gouvernement compte d’abord sur les autres, qu’il vient appuyer, pour offrir les services : aidants, organismes communautaires, tiers secteur, municipalités et entreprises privées. Son rôle se résume à prévenir, coordonner et faire faire.

Mais pour les aînés les plus fragiles – ceux qui requièrent des soins intenses, complexes et de longue durée – on aurait pu souhaiter qu’il prenne mieux les devants pour garantir leur protection et leur bien-être. Dans une étude de l’IRPP, Margaret McGregor et Lisa Ronald montrent notamment que les résidences privées à but lucratif tendent à offrir des soins de longue durée de qualité moindre que ceux offerts par les secteurs à but non lucratif et public.

De plus, vu la hausse anticipée du nombre d’aînés susceptibles de requérir de l’aide, on peut se demander si les investissements prévus permettront effectivement de mieux les soutenir, eux et leurs aidants. Ce qui est certain, c’est que la nouvelle politique ne procure aux citoyens aucuns droits définis à recevoir une quantité ou une qualité de services publics correspondant à leur condition.

En choisissant d’élaborer cette politique en consultation avec plusieurs ministères et organismes, le gouvernement du Québec aura, au minimum, favorisé une première concertation d’acteurs autour des enjeux du vieillissement. La concrétisation de la politique nécessitera maintenant l’appui des principaux représentants des milieux communautaires, patronaux, syndicaux et professionnels de la scène politique québécoise.