Manifestement, la prévention des maladies et des incapacités et la promotion de la santé publique ne sont plus prioritaires dans notre système de santé.

En 2010, les ministres canadiens de la Santé ont énoncé dans une Déclaration sur la prévention et la promotion que « la promotion de la santé et la prévention des maladies, des incapacités et des blessures sont prioritaires et nécessaires à la viabilité du système de santé ». On pourrait donc croire que la santé publique serait une grande priorité au sein du système de santé canadien. Mais les gouvernements canadiens n’ont pas mis ces belles paroles en pratique.

Les services de santé publique constituent le seul volet du système de santé entièrement consacré à la prévention des décès, des maladies et des blessures. Ils ne visent pas seulement à prévenir et combattre les maladies infectieuses, ils jouent aussi un rôle de premier plan dans la lutte contre le tabac, les maladies chroniques, l’obésité, les blessures, la toxicomanie, la dépendance et les troubles mentaux. Ils n’améliorent pas seulement la santé de la population, ils assurent la viabilité de notre système de santé.

Le système de santé a accaparé en moyenne 37 % des dépenses de programmes des provinces en 2015, une part que toutes les provinces ont du mal à contenir, car elle ne cesse d’augmenter. D’où les pressions sur d’autres secteurs qui contribuent de manière aussi importante à la santé et au mieux-être, notamment le logement, l’éducation et les services sociaux.

Il y a une limite à ce que les provinces peuvent faire pour diminuer le coût des services de santé par des gains d’efficacité avant de devoir réduire les services et l’accès aux services. Or il existe une meilleure solution : réduire le fardeau de la maladie, ce qui est justement la tâche de la santé publique. La prévention permet non seulement d’éviter des coûts, mais aussi de réduire les pertes de production, de revenu et de recettes fiscales. Elle comporte donc des avantages économiques considérables.

Mais les services de santé publique se sont affaiblis au Canada. Actuellement, on leur consacre seulement 3 à 4 % du budget des soins de santé, et même moins dans certaines provinces et directions. En Nouvelle-Écosse par exemple, seulement 1,5 % des dépenses en santé en 2010-2011 a été consacré au financement de la santé publique, un des taux les plus faibles au pays. Au Québec, les services régionaux de santé publique ont subi des compressions budgétaires de 33 % en 2015, et en Colombie-Britannique, la vérificatrice générale a rapporté l’an dernier que le financement de la santé publique a diminué, bien que tous les autres secteurs des soins aient vu croître leur budget entre 2012-2013 et 2015-2016.

Et ce n’est pas exclusivement une question de financement. Des éditoriaux et des commentaires parus récemment dans la Revue canadienne de santé publique ont mis en lumière d’autres problèmes, notamment la dévalorisation du statut de la santé publique au sein des gouvernements et autorités de la santé, érodant ainsi l’indépendance des directeurs de santé publique et limitant la portée des services.

Par exemple, le gouvernement du Nouveau-Brunswick vient de démanteler le Bureau du médecin‑hygiéniste en chef et de transférer près de 70 de ses 110 employés à 3 ministères autres que le ministère de la Santé. En dépit de la réaction d’un ancien médecin-hygiéniste en chef de la province, qui a qualifié ces changements de « recette du désastre », et malgré de vives inquiétudes exprimées par des leaders en santé publique du Canada, le gouvernement du Nouveau-Brunswick est allé de l’avant avec cette réforme.

À l’échelle nationale, le gouvernement de Stephen Harper avait dépouillé l’administrateur en chef de la santé publique du Canada de ses pouvoirs à la direction de l’Agence de la santé publique du Canada pour limiter son rôle à celui de conseiller du président de l’Agence. Et inexplicablement, le gouvernement libéral, qui avait créé l’Agence en 2004, n’a pas annulé ce changement de statut et de responsabilité.

La crise à laquelle la santé publique fait face est si grave que, l’an dernier, les directeurs provinciaux de santé publique du Canada – qui se prononcent rarement publiquement contre les gouvernements provinciaux et territoriaux qui les emploient – ont imploré (c’est le terme qu’ils ont utilisé) dans le Canadian Medical Association Journal les « ministres de la Santé de réaffirmer l’engagement envers les principes énoncés dans la Déclaration ».

La santé publique ne peut accomplir son rôle d’une importance vitale avec une main attachée derrière le dos. La santé de notre population dépend d’un système de santé publique solide. Le gouvernement du Canada doit faire de la santé publique une priorité.

Photo : Shutterstock / Stephanie Braconnier


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