When faced with socio-political reality and the power of institutions, Trump will be hard-pressed to implement a good number of his proposals.

Le 20 janvier 2017, Donald Trump deviendra le 45e président des États-Unis. Élu grâce à des idées déconcertantes et souvent radicales, il a récemment présenté le plan d’action pour ses 100 premiers jours en fonction.

Or, combien de fois au cours des dernières années un politicien a-t-il déçu parce qu’il a été incapable de réaliser les propositions qu’il avait avancées durant la campagne ? Un exemple marquant est celui du premier ministre grec Alexis Tsipras, qui, élu en janvier 2015 grâce à un programme de gauche radicale, n’a pas réussi à mettre fin aux politiques d’austérité imposées cinq ans auparavant par la troïka (la BCE, le FMI et le Conseil européen). Aujourd’hui, c’est son propre gouvernement qui les applique. Trouvez l’erreur.

On peut faire le même constat au sujet du président français François Hollande qui, malgré la majorité des socialistes à l’Assemblée nationale et au Sénat, a échoué à mettre en place un programme de gauche. À l’occasion, il donne même l’impression que la droite se trouve au pouvoir !

Ces deux exemples nous rappellent la force des institutions. Certes, le Sénat et la Chambre des représentants chez nos voisins du Sud seront républicains, mais les institutions sont complexes et figées, de sorte qu’elles créent une inertie autour du pouvoir qui limite la portée de l’action des élus.

De plus, le pouvoir est diffus et les intérêts des acteurs sont multiples. Ainsi, la volonté d’un seul homme ne permet pas de garantir la réalisation des promesses électorales. De la même façon que Tsipras et Hollande n’ont pas réussi à concrétiser leur programme ancré à gauche, Trump n’arrivera pas facilement à appliquer son programme de droite.

Les contraintes seront nombreuses, et je me contenterai de nommer quelques-unes. D’abord, les élus doivent légiférer dans le cadre de l’État de droit, et plusieurs propositions de Trump nécessiteront des modifications. Puis, il y a la question du budget. Qu’on s’imagine simplement les ressources nécessaires et les coûts pour renvoyer deux millions « d’illégaux » dans leur pays d’origine ! Enfin, il est faux de croire que la démocratie se limite à un vote tous les deux ou quatre ans. La démocratie peut être associative, syndicale ou encore étudiante. Les regroupements de personnes peuvent avoir une influence sur le pouvoir établi. Il suffit de se rappeler notre Printemps érable.

Le seul mur construit au cours de cette campagne est celui qui sépare Trump et ses partisans de la réalité. Au fil des mois, ce mur s’effondrera, et le nouveau président fera face à un art bien difficile : la gouvernance.

Outre les institutions, un élément bien important freinera aussi les ardeurs du président élu : la réalité et les faits. Lorsqu’il promet de déchirer l’ALENA ou de renégocier l’accord, on ne peut que lui souhaiter bonne chance. S’il a bien convaincu les travailleurs du Michigan et du Wisconsin que les traités de libre-échange sont la cause de leurs malheurs économiques, Trump sera rattrapé par les faits. Ses conseillers lui expliqueront que de couper les liens entre ces deux États du Midwest et leur principal partenaire économique qu’est le Canada ne sera pas bénéfique après tout. Trump devra changer son fusil d’épaule. Il finira par être considéré comme les autres politiciens : un élu ne respectant pas sa parole. Le cynisme s’accentuera, et on reviendra au bon vieux « ils sont tous pareils ».

La même logique tient pour le mur que Trump souhaite ériger entre les États-Unis et le Mexique. Il ne se fera pas, et la raison est simple : le seul mur construit au cours de cette campagne est celui qui sépare Trump et ses partisans de la réalité. Au fil des mois, ce mur s’effondrera, et le nouveau président fera face à un art bien difficile : la gouvernance.

Nous venons de prendre conscience que les gens qui ont voté pour Trump ou encore pour le Brexit sont bien plus nombreux que nous pensions. Longtemps, les élites les ont regardés avec dédain, comme s’ils étaient une anomalie. Maintenant, ces électeurs se rallient à des populistes qui exploitent leur peur et leurs craintes face à un monde en changement constant.

Les partis politiques traditionnels se doivent de joindre ces personnes, de les écouter et, surtout, de proposer des solutions à leurs problèmes. Nous ne pouvons vivre dans un monde peuplé de Trump au pouvoir. Ces leaders ne parviendront pas à mettre en œuvre ne serait-ce que la moitié de leur programme. Par contre, il y aura beaucoup d’enflure verbale, d’insultes et de propos incendiaires qui eux auront un effet sur la population. Le pouvoir a la capacité de légitimer certains préjugés et comportements. On l’a vu au Québec lorsque, en plein débat sur la charte des valeurs québécoises, la vidéo d’une personne qui invectivait une femme musulmane a circulé sur la Toile.

Pour terminer : je ne veux pas insinuer que Trump n’apportera pas de changements aux États-Unis. Il y a de fortes chances que l’Accord de Paris devienne sous peu de l’histoire ancienne, que les plus riches aient droit à des baisses d’impôt substantielles et que des millions d’Américains perdent leur assurance maladie. Je veux simplement relativiser la portée du pouvoir du président des États-Unis. Nous l’avons bien vu avec Barack Obama : il n’a pas réussi à faire tous les changements voulus, entre autres en matière d’immigration, de contrôle des armes à feu et de réforme du système de santé.

Dans les prochains mois, les yeux du monde se tourneront vers la France où Marine Le Pen pourrait accéder au deuxième tour de la présidentielle et peut-être même remporter l’élection. Les Français seront-ils en mesure de mettre un frein à la vague de populisme radical qui touche le monde actuellement ?

Photo : Thomas Ramsauer / Shutterstock.com

Cet article fait partie du dossier L’élection présidentielle aux États-Unis.


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