In order to improve pediatric care in general emergency services, governments must invest in knowledge-sharing infrastructure.

Lorsqu’un enfant est malade ou blessé, notre système de santé offre généralement d’excellents soins. C’est une bonne nouvelle. Pourtant, les enfants ne sont pas des petits adultes et ont des besoins médicaux particuliers : voilà le défi auquel sont confrontés la plupart des services d’urgence du Canada.

Chaque année, environ 1,8 million d’enfants gravement malades et blessés sont reçus dans un service d’urgence au pays. Ce que la plupart des Canadiens ne savent pas, c’est qu’environ huit enfants sur dix sont soignés dans un service d’urgence général possédant des niveaux d’expertise variés en soins pédiatriques.

En quoi cette information est-elle importante ?

Déceler hâtivement les signes avant-coureurs et commencer un traitement approprié peut faire toute la différence entre la vie et la mort d’un enfant admis à l’urgence. Les besoins médicaux uniques des enfants présentent un défi particulier pour les professionnels de soins d’urgence.

Certains services d’urgence généraux ne reçoivent pas beaucoup d’enfants malades. Lorsqu’ils doivent s’occuper d’enfants en situation critique, des spécialistes non pédiatriques ne possèdent pas nécessairement les compétences cruciales. Or, dans un contexte d’urgence, il est essentiel de comprendre les signes vitaux appropriés à l’âge et de connaître la bonne dose de médicament à donner selon le poids de l’enfant.

 Le développement de l’expertise pédiatrique dans un contexte de services d’urgence mixtes peut également être difficile, car certains problèmes de santé chez les enfants sont peu fréquents, et la formation pédiatrique appropriée n’est pas toujours accessible. En conséquence, de nombreux professionnels de la santé dans ces services risquent de se trouver dans une situation difficile lorsqu’ils doivent s’occuper d’un enfant très malade. Et être à jour sur les dernières données probantes est quasiment impossible.

Ces lacunes de connaissances sont également coûteuses. Selon des données de recherche, le fait de ne pas appliquer les meilleures pratiques est répandu dans les soins de santé pédiatriques, même pour des maladies fréquentes. Prenons, par exemple, la laryngite et la gastro-entérite. Des médicaments simples et peu coûteux peuvent réduire jusqu’à 86 % les taux d’hospitalisation et, par le fait même, diminuer considérablement les coûts en santé. Pourtant, les médicaments recommandés ne sont pas utilisés aussi souvent qu’ils le devraient, ce qui signifie que la santé et le bien-être des enfants sont potentiellement compromis.

On a estimé que l’administration de routine de l’ondansétron aux enfants atteints de gastro-entérite, par exemple, peut prévenir 4 065 intraveineuses et 1 003 hospitalisations chaque année, et permettrait d’épargner 1,18 million de dollars par an en soins de santé.

Cette situation prévaut également pour d’autres maladies. Une récente étude menée dans plusieurs centres en Ontario a mis en évidence des écarts importants entre établissements dans le traitement de la bronchiolite, de nombreux nourrissons subissant des tests ou recevant des médicaments qui démontrent peu de bienfaits.

Le niveau de soins d’urgence pour les enfants varie considérablement dans l’ensemble du pays, ce qui peut avoir des résultats dévastateurs. Récemment, une série de mauvais diagnostics ont été posés dans les services d’urgence canadiens concernant des enfants. Malheureusement, de telles tragédies, bien que rares, ne sont pas nouvelles.

En 2011, la petite Drianna Ross de God’s Lake Narrows, au Manitoba, alors âgée de deux mois, est décédée de septicémie (infection du sang) par suite d’une infection par le SARM. Dans des cas comme une septicémie, il est essentiel de déceler rapidement les signes et de commencer le traitement le plus hâtivement possible, en particulier si les personnes vivent en région éloignée et ont fait des heures de route avant d’arriver à un centre pédiatrique. Or il n’est pas toujours facile de déceler ces signes chez les enfants si on n’y est pas souvent exposé ou si on n’a pas suivi une formation spécialisée.

Quelle serait donc la solution ? Un programme national du Manitoba vise à partager les vastes connaissances et les données probantes produites dans les hôpitaux pédiatriques à travers le pays avec des hôpitaux et des centres de soins infirmiers communautaires, afin que tous les enfants puissent recevoir le même niveau de soins de qualité, peu importe leur lieu de résidence. Le programme, appelé TREKK (Partage des connaissances pédiatriques en urgence) met l’accent sur la diffusion d’informations à jour sur la détection et le traitement de maladies graves qui touchent les enfants.

TREKK propose deux outils cliniques auxquels les médecins et les infirmières peuvent accéder pour traiter un patient, en plus de séances de sensibilisation, des formations par simulation et d’un réseau qui permet de relier les hôpitaux communautaires ruraux, éloignés et urbains à l’hôpital pédiatrique le plus près.

Or on peut en faire davantage. Quelques douzaines de services d’urgence généraux recourent au programme TREKK, mais on compte environ 1 400 autres installations d’urgence qui pourraient bénéficier de ces ressources, mais qui ne le font pas. Il est temps que les gouvernements fédéral et provinciaux au Canada investissent dans une infrastructure de connaissances afin que les professionnels de soins de santé puissent accéder au programme TREKK pour la prise en charge des enfants gravement malades. En d’autres termes, il est temps de passer à un autre niveau.

Sommes-nous prêts à nous engager à l’échelle nationale pour offrir des soins d’urgence adaptés aux enfants ?

Photo: Shutterstock


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