In the efforts to improve our health services, there is no lack of ideas but there is a lack of political and popular will.

Il n’y a rien comme un débat sur la santé aux États-Unis pour faire comprendre aux Canadiens la chance qu’ils ont. Dès son entrée en fonction, Donald Trump a signé un décret ordonnant l’abrogation de l’Affordable Care Act — mieux connu sous le nom de l’Obamacare. D’un trait de plume, il a entériné une décision qui pourrait bientôt priver d’assurance maladie 20 millions d’Américains.

Au Nord de la frontière, nombreux sont les Canadiens qui ont connu l’époque où les soins de santé n’étaient pas couverts par un régime universel.

Quand mes grands-parents Jacques et Sarah ont posé leurs valises à Montréal, en 1951, ils arrivaient d’Égypte où ils avaient laissé derrière eux tout ce qu’ils possédaient et tous ceux qu’ils connaissaient. La lourde tâche de bâtir une nouvelle vie dans un nouveau pays reposa sur les épaules de Jacques. Ce rôle, il l’assuma comme il se doit. Jusqu’à ce qu’il subisse, un an plus tard, un infarctus qui le conduisit à l’hôpital pour un séjour qui dura neuf semaines.

Mon grand-père est sorti diminué de cette épreuve — physiquement et sur d’autres plans. Ses symptômes respiratoires ont persisté, d’autres complications sont survenues. Les coûts des médicaments et des visites chez le médecin étaient aussi accablants que ses douleurs aux jambes. Il arrivait à peine à travailler. Pour ma grand-mère, la nécessité de s’occuper à la fois d’un mari malade et de faire vivre sa famille était un poids écrasant.

C’était une vie de misère, c’est le moins qu’on puisse dire.

L’histoire se conclut avec la mort de mon grand-père à l’âge de 54 ans, en 1966, l’année même où la loi instituant le régime de l’assurance maladie fut adoptée par le Parlement. Si cette loi avait existé plus tôt, la vie de mes grands-parents aurait-elle pu être différente ?

Notre système de santé est bien plus qu’une simple question d’argent et de médecine. Il touche aux valeurs mêmes qui nous définissent en tant que société. Faut-il s’entraider dans des situations difficiles ? Placer le bien‑être au-dessus de la richesse ? Croire que de bons soins de santé produisent des retombées bénéfiques qui contribuent à créer une économie forte, une société harmonieuse et une vie enrichissante ?

Au vu des débats qui se déroulent aujourd’hui au Sud de notre frontière, aucune des réponses à ces questions ne doit être tenue pour acquise. Mais, soyons honnêtes, le système de santé canadien connaît aussi son lot de problèmes.

Les gens ont du mal à se trouver un médecin de famille. Ils attendent trop longtemps avant d’accéder à un spécialiste ou à une opération non urgente. Nos services pourraient être meilleurs qu’ils ne le sont. Et leurs retombées devraient être beaucoup plus grandes. Il faut investir suffisamment, mais il faut aussi le faire avec une vision à long terme.

Bref, il nous faut améliorer notre système de santé.

C’est pourquoi le temps est venu de réorienter le débat. Cessons de nous quereller sur la question de savoir s’il est possible de soutenir le système public de santé au Canada et au Québec. Concentrons-nous plutôt sur le comment.

Il n’existe pas de recette magique, mais il n’y a pas non plus de solution qui soit hors de portée. À vrai dire, la plupart des solutions ne nécessiteront pas davantage d’argent — en fait, certaines produiront même des économies. Dans mon livre Better Now: Six Big Ideas to Improve Health Care for All Canadians, je propose six idées qui, si elles étaient mises en œuvre, pourraient déboucher sur une transformation en profondeur du système. Par exemple, rien ne s’oppose à ce que tous les Canadiens aient accès à un médecin de famille avec qui ils entretiennent une relation de confiance. En effet, si nous les médecins travaillions au sein d’une équipe réunissant des infirmières, des physiothérapeutes et des pharmaciens, nous serions en mesure de dispenser des soins véritablement axés sur le patient.

Si les spécialistes mettaient en commun leurs listes d’attente, on pourrait réduire les délais en chirurgie. Si nous réduisions le nombre d’examens et d’interventions inutiles, nous pourrions prévenir encore mieux les effets indésirables ou carrément néfastes chez les patients. Et si nous instaurions un régime national d’assurance pour les médicaments d’ordonnance, nous pourrions réaliser des économies tout en donnant à tous un accès à des traitements salvateurs.

Des idées comme celles-là pourraient amener des améliorations spectaculaires. Tout ce qu’il nous faut, c’est la volonté politique et populaire. Et de manière peut-être encore plus fondamentale, la volonté de sauvegarder le principe de l’universalité sur lequel s’est construit notre système de santé, ce même principe qui est une fois de plus mis à mal aux États-Unis.

Notre régime universel de soins de santé est une expression fondamentale de nos valeurs ; il témoigne de notre engagement envers l’équité. Il repose sur la conviction selon laquelle l’accès aux soins doit être déterminé par les besoins, plutôt que la capacité de payer. Et ce n’est pas là une valeur qui risque de passer de mode.

Toutefois, si nous croyons véritablement qu’il s’agit d’une mission louable, nous devons nous montrer à la hauteur de nos aspirations et accepter la responsabilité de tout mettre en œuvre pour que le système fonctionne — et qu’il fonctionne bien. Le temps est venu de l’améliorer.

Photo: Shutterstock.com


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