The NDP’s defeat in the last federal election could be attributed to its inability to transform itself into a “brokerage party.”

Le 10 avril dernier, les délégués du Nouveau Parti démocratique (NPD) réunis en congrès à Edmonton ont montré la porte à leur chef Thomas Mulcair, en votant à 52 % en faveur du déclenchement éventuel d’une course à la direction de leur parti. En termes clairs, Thomas Mulcair n’a réussi qu’à obtenir 48 % d’appuis des délégués présents, ce qui est sans réel précédent en politique fédérale canadienne. Le résultat est ainsi brutal et le désaveu, quasi complet. À l’issue de ce vote, il est possible de conclure qu’une frange importante des militants voient leur chef comme le principal responsable de la débâcle électorale d’octobre 2015. Ayant formé l’opposition officielle pour la première fois de son histoire et étant le favori dans les sondages lors du déclenchement des élections, le NPD devait s’imposer comme la solution de rechange au gouvernement conservateur ou, à tout le moins, conserver son rôle d’opposition officielle. Mais était-ce vraiment réaliste de croire à un tel dénouement ?

Si différents facteurs peuvent expliquer la dégringolade du parti dans les intentions de vote en 2015 et son retour à sa position traditionnelle dans le paysage politique canadien comme troisième force (ce qui lui a néanmoins permis de réaliser le deuxième score de son histoire en nombre de sièges au Parlement), c’est d’abord parce que le NPD n’a pas été en mesure d’élaborer et de mettre à profit une « stratégie de courtage électoral ». Une telle stratégie consiste pour les partis sur la scène fédérale à construire leur offre politique en fonction des intérêts présents au sein de la société et à traduire leurs idées pour chaque segment de l’électorat afin de rassembler le plus grand nombre d’électeurs. Ainsi, les partis courtiers que sont le Parti libéral (PLC) et le Parti conservateur, les deux seuls à avoir formé le gouvernement dans l’histoire du pays, se sont traditionnellement positionnés sur quatre axes précis, les axes économique, ethnoculturel, régional (Maritimes, Québec, Ontario, Ouest) et rural/urbain, de manière à concilier les différents milieux sociologiques de l’électorat canadien. Dans cette perspective, le parti courtier se situe généralement au centre de l’échiquier politique et constitue d’abord et avant tout une redoutable machine électorale. Le parti courtier se veut, en d’autres mots, l’antithèse d’un parti idéologique.

Il est vrai que cette manière d’analyser la politique canadienne a quelque peu perdu de sa pertinence dans les années 1990 et 2000, notamment parce que les libéraux, entre 1993 et 2004, ont pu profiter de la division des forces conservatrices et de la domination du Bloc québécois pour s’imposer, alors que le Parti conservateur, à son tour, a pu bénéficier de la division du vote de « centre gauche » dans l’ère postscandale des commandites. C’est d’ailleurs dans ce contexte moribond pour le PLC que le NPD a réussi à faire sa place et devenir l’opposition officielle. Quoi qu’il en soit, pour espérer conquérir le pouvoir, le NPD devait à sa manière se transformer en parti courtier, c’est-à-dire à la fois s’assurer le soutien de sa base historique attachée aux idées et à la vision socialisante du parti et, pour élargir ses appuis, démontrer un certain pragmatisme face aux enjeux de gestion et d’administration des affaires courantes de l’État. Et cela, tout en consolidant les récents appuis du Québec et le vote nationaliste qui y est lié, en plus de faire des gains dans ses bastions plus traditionnels dans les Maritimes, en Ontario et dans l’Ouest. L’échec a été directement proportionnel à la lourdeur de la commande. La confusion et la désorganisation auront finalement eu raison du message, qui ne semblait pas être en accord ni avec l’identité du parti, ni avec les attentes des différents électorats ciblés par le NPD, tout particulièrement en ce qui concerne l’équilibre budgétaire, la place du pétrole dans l’économie et celle du niqab dans la société.

Thomas Mulcair a certes une part de responsabilité dans les déboires qu’a essuyés le parti lors de la dernière campagne électorale. Mais cela n’explique pas tout. La tâche était à la fois imposante et complexe, et il est difficile d’imaginer comment un autre chef aurait pu faire vraiment mieux dans ces conditions. Une importante réflexion attend maintenant les membres et les militants du NPD. La question sera de savoir s’il est possible pour le parti de conjuguer l’idéologie qui a fait sa marque de commerce à travers le temps avec une stratégie de courtage électoral susceptible de mobiliser une majorité d’électeurs.

Photo: Laurel L. Russwurm / Some rights reserved

 


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