Malgré de récentes modifications législatives et les cours d’éducation financière, beaucoup reste à faire pour mieux protéger les jeunes consommateurs.

Certaines données concernant l’endettement des ménages au pays ont de quoi inquiéter. Equifax Canada fait état d’un endettement moyen des ménages adultes canadiens de 22 837 dollars au dernier trimestre de 2017, en excluant l’hypothèque. Parmi tous les groupes d’âge, l’endettement des jeunes de moins de 35 ans est particulièrement préoccupant, car il est plus élevé que la moyenne, tout comme leur taux de délinquance (le défaut de paiement, par exemple). En effet, ce dernier se situe autour de 1,5 %, alors qu’il est de 0,8 % à 1,2 % pour les personnes de plus de 35 ans. La plupart de ces jeunes se trouvent en début de carrière ou aux études et possèdent peu d’expérience en matière de finances personnelles. Y aurait-il moyen de les aider à partir du bon pied dans ce domaine ?

Au Québec, on donnait autrefois des cours d’initiation à l’économie qui offraient aux élèves du secondaire quelques rudiments de gestion des finances personnelles. Après avoir été retiré du curriculum scolaire en 2009, les cours ont été remis au programme à l’automne 2017 sous le nom de cours d’éducation financière. Au départ, ils devaient être optionnels, mais le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx, a annoncé en décembre 2016 qu’ils seraient obligatoires en cinquième secondaire. Il s’agit d’une très bonne initiative dans un contexte où l’endettement des particuliers devient une préoccupation sociale.

Selon ce qu’en dit le programme du ministère, au terme de ce cours, les élèves devraient être en mesure d’exercer un sens critique dans la gestion de leurs finances personnelles, et posséder la confiance en soi et la connaissance de soi nécessaires pour veiller à leur propre bien-être financier. Il est rassurant de voir que le programme ne se focalise pas uniquement sur l’acquisition de connaissances. En effet, dans la littérature scientifique sur le sujet, bon nombre d’articles soulignent l’importance de développer certaines dispositions psychologiques telles que la confiance, le sentiment d’efficacité personnelle et le bien-être financier (c’est-à-dire une perception favorable de sa condition économique) pour favoriser une saine utilisation du crédit à la consommation. Ces préoccupations d’ordre psychologique sont-elles prises en compte par les conseillers en finances personnelles lorsqu’ils rencontrent des consommateurs ? Par exemple, prêter de l’argent à une personne déjà préoccupée par sa situation économique est-ce judicieux ?

La Loi sur la protection du consommateur du Québec a été modernisée en 2017 avec l’adoption du projet de loi 134 (Loi visant principalement à moderniser des règles relatives au crédit à la consommation et à encadrer les contrats de service de règlement de dettes, les contrats de crédit à coût élevé et les programmes de fidélisation). Certaines règles concernant le crédit à la consommation et les contrats de service de règlement de dettes ont été révisées. Par exemple, les prêteurs qui font signer un contrat de crédit à coût élevé, soit à un taux supérieur à 25 %, sont maintenant tenus de remettre aux emprunteurs, avant la conclusion de l’entente, un document présentant leur ratio d’endettement et une évaluation de leur capacité de remboursement. Il s’agit ici de ce que l’on nomme communément le crédit de deuxième ou de troisième chance.

Cette modification découle très certainement d’intentions vertueuses. Toutefois, de façon réaliste, on est en droit de se demander si les personnes qui ont recours aux services de prêteurs de ce type sauront interpréter correctement l’information contenue dans ces documents. Seront-elles en mesure de bien évaluer les coûts et les conséquences à long terme d’un tel prêt ?

Ce n’est pas en entravant l’accès à un produit financier que l’on accroît les compétences nécessaires à la prise de décision en finances personnelles.

Dans un même ordre d’idées, la nouvelle loi interdit toute sollicitation pour carte de crédit dans les établissements d’enseignement. Cela aura fort probablement pour effet de compliquer l’accès des jeunes à ce type de crédit. Mais ce n’est pas en entravant l’accès à un produit financier que l’on accroît les compétences nécessaires à la prise de décision en finances personnelles. Ne serait-il pas approprié de resserrer les règles relatives aux limites de crédit pour faire en sorte qu’elles tiennent mieux compte de la situation réelle des emprunteurs ?  Lorsque c’est la première fois qu’un jeune obtient une carte de crédit, son inexpérience en la matière devrait être prise en considération.

La modification législative concernant la sollicitation dans les établissements d’enseignement porte uniquement sur les cartes de crédit, alors que d’autres contrats de crédit variable, telles les marges de crédit, peuvent contribuer à un niveau d’endettement élevé. Il n’est pas rare que des étudiants inscrits à des programmes de formation conduisant normalement à des emplois très bien rémunérés, par exemple la médecine dentaire ou le droit, obtiennent des marges de crédit considérables. Mais qu’arrive-t-il si ces étudiants ne trouvent pas d’emploi au terme de leurs études ? S’ils décident de changer de programme, leur limite de crédit est-elle réduite en conséquence ? La perspective d’un emploi hautement rémunéré est-elle synonyme de compétence en matière de finances personnelles ? Ces étudiants ont la même (in)expérience que leurs confrères et consœurs des autres facultés.

On connaît les critères servant au calcul de la cote de crédit des particuliers, mais qu’en est-il des règles d’octroi du crédit ? Les conseillers financiers agissent-ils en vendeurs de produits financiers ou, comme leur titre le voudrait, en « conseillers » agissant pour maximiser le bien-être financier des clients ? Lorsque le client entre dans le bureau d’un conseiller, tient-on compte uniquement de sa valeur nette (actifs-passifs), est-il un simple chiffre ? Est-on conscient qu’il s’agit d’une personne confrontée à divers stress financiers, soumise à des comportements d’achat ou de jeu compulsifs, possédant un niveau variable d’expérience en matière financière ? Ces facteurs devraient être pris en considération.

Dans le domaine de l’investissement financier, les conseillers sont tenus de remplir un questionnaire avec leurs clients sur leur tolérance au risque, et ils se basent sur les réponses du client pour faire leurs recommandations. Pourquoi n’existe-t-il pas de questionnaire évaluant l’expérience ou l’impulsivité à l’achat lorsque vient le temps de conseiller un client, et particulièrement un jeune, en matière de crédit ?

La modernisation de la Loi sur la protection du consommateur est une très bonne initiative pour protéger le consommateur dans le contexte actuel de surendettement. Il reste néanmoins beaucoup de chemin à faire pour s’assurer que les jeunes consommateurs, souvent inexpérimentés, soient bien protégés et guidés en vue d’une utilisation saine du crédit. Le fait d’être compétent en matière de finances personnelles ne devrait-il pas faire partie des compétences nécessaires pour être un citoyen accompli ?

Cet article fait partie du dossier Réorienter le régime canadien de protection du consommateur.

Photo : Shutterstock / Dima Sidelnikov


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