Les mères adolescentes placées sous la protection des services sociaux sont particulièrement exposées au risque que leur enfant soit pris en charge.

Il existe un lien bien établi entre la grossesse chez les adolescentes et les services de protection de l’enfance. Les filles qui, à un moment ou un autre, ont été placées sous la protection de l’enfance ont des taux plus élevés de grossesse à l’adolescence. De plus, ces mères adolescentes risquent davantage de voir leur enfant pris en charge par les services sociaux. Et quand elles donnent naissance pendant une prise en charge, ce risque est encore plus élevé.

Jusqu’à tout récemment, nous n’avions pas de données à cet égard. Mes collègues et moi-même avons ainsi suivi les enfants de 5 942 mères adolescentes du Manitoba jusqu’à leur deuxième anniversaire pour savoir combien d’entre eux avaient été pris en charge. Les résultats de cette étude ont été publiés récemment dans Pediatrics. Notre constat : 49 % des enfants nés de mères adolescentes qui se trouvaient sous la protection des services sociaux au moment de l’accouchement ont été placés avant l’âge de deux ans, et 25 % des enfants, dans leur première semaine de vie.

Parmi les mères adolescentes qui n’étaient pas sous la protection des services sociaux au moment de l’accouchement, 10 % de leurs enfants avaient été placés avant leur deuxième anniversaire, et 2,5 % d’entre eux, dans leur première semaine de vie.

Ces données nous indiquent que, comparativement aux autres mères adolescentes, les mères adolescentes se trouvant sous la protection des services sociaux lors de l’accouchement risquent 11 fois plus de voir leur enfant placé pendant la première semaine de vie, et 7 fois plus de voir leur enfant placé avant l’âge de deux ans.

Si toutes les mères adolescentes risquent fortement que leur enfant soit placé, pourquoi ce risque est-il significativement plus élevé parmi celles qui accouchent pendant leur prise en charge ?

Lorsqu’une jeune personne est prise en charge, le gouvernement assume le rôle de parent de substitution pour elle. En séparant le quart des jeunes mères de leur enfant au cours de la première semaine de vie du bébé, et presque la moitié d’entre elles avant que l’enfant n’atteigne deux ans, le gouvernement échoue dans son rôle de parent de substitution et, dans ces cas, de grand-parent de substitution.

Les jeunes femmes en foyer d’accueil font face à de nombreux défis et n’ont souvent pas le soutien financier et parental que d’autres mères adolescentes trouvent auprès de leur famille. Bien que le fait de devenir mère puisse être une période joyeuse et donner aux jeunes femmes l’occasion de créer une famille qu’elles n’ont peut-être pas eue, leur rôle parental pendant leur prise en charge s’accompagne de défis supplémentaires. Ces jeunes mères ont souvent l’impression d’être constamment surveillées par les travailleurs sociaux, et elles doivent toujours prouver à tout le monde qu’elles sont capables de devenir parents.

Le placement des enfants en institution pendant leur première semaine de vie est parfois associé à la consommation de drogues chez les mères biologiques, une situation que l’on rencontre plus fréquemment parmi les adolescentes prises en charge. Cependant, le traitement de la toxicomanie est moins efficace lorsque les femmes sont séparées de leurs enfants. Des programmes tels que le programme mère-enfant de Portage à Montréal ont connu du succès en offrant des logements aux mères et à leurs enfants dans le cadre de la réadaptation. On devrait créer plus d’établissements de la sorte partout au Canada.

En mettant davantage l’accent sur de tels placements jumelés, on permettrait aux mères et à leurs enfants de créer le lien parental. Pour ce type de placement, il faut offrir un soutien particulier aux jeunes mères (aide financière, logement, garde d’enfants et éducation) pour les aider à faire la transition vers leur rôle parental. Nous savons que la plupart des enfants qui sont pris en charge par les services de protection de l’enfance le sont pour des raisons de négligence parentale et non pas d’abus.

Pour notre étude, nous avions utilisé les données du Manitoba, qui affiche le taux le plus élevé d’enfants pris en charge au Canada. Mais le problème n’est pas propre au Manitoba. Les provinces canadiennes qui ont un taux relativement bas d’enfants placés sous la protection de l’enfance ont encore des taux plus élevés que ceux de beaucoup d’autres pays. De plus, les enfants autochtones se trouvent surreprésentés dans le système de protection de l’enfance à travers le pays.

Le travail acharné de nombreux défenseurs des droits de l’enfant a donné un nouvel élan pour relever les défis du système canadien de protection de l’enfance, en particulier dans les communautés autochtones. Le fait de ne pas soutenir les jeunes mères prises en charge contribue à ce que l’on nomme la « rafle du millénaire », la présence disproportionnée d’enfants autochtones dans les services de placement, qui rappelle tristement l’enlèvement systématique des enfants à leur famille et à leur communauté dans les années 1960.

Faisons en sorte que ces familles obtiennent le soutien dont elles ont besoin pour s’assurer qu’elles sont la dernière génération à vivre cette expérience de séparation.

Photo : Shutterstock / Tanya Little


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