La classe politique doit se doter d'une vision à long terme, même dans un monde plus imprévisible que jamais.

Le 31 décembre 1966, quand Lester B. Pearson allume la Flamme du centenaire devant la Colline du Parlement, le Canada est sur le point de vivre des changements majeurs. L’écrasante majorité de sa population est blanche (seuls 3,2 % des Canadiens sont d’origine non européenne selon le recensement de 1961), mais on assistera bientôt à une forte hausse de l’immigration. Les femmes se joignent au marché du travail à un rythme soutenu, certaines devenant même députées. Et une crise qui menacera l’unité nationale se profile à l’horizon.

« Ce soir, nous disons au monde entier que le Canada entre dans l’histoire », déclare Pearson à une foule de 2 000 personnes, rapporte le Globe and Mail.

« Ce nouveau chapitre s’écrira sous le signe de la coopération et non du conflit, poursuit-il, de la détermination et non de la division, du service public et non de l’égoïsme, de ce que nous avons à donner plutôt qu’à recevoir. »

Ces changements se révéleront tout aussi énormes que l’avancée des politiques publiques des années 1966-1967.

C’est en effet de cette époque que datent le Régime de pensions du Canada, le Régime d’assistance publique du Canada, le Supplément de revenu garanti et la Loi sur les soins médicaux.

Sans compter d’autres grands tournants que nous avons peut-être oubliés. C’est ainsi peu après le congé de Noël de 1966 que le Comité permanent de la santé et du bien-être social a recommandé de supprimer du Code criminel l’interdiction de la contraception. Ou que Yellowknife est officiellement reconnue comme la capitale des Territoires du Nord-Ouest, à la place d’Ottawa.

En ce 150e anniversaire du pays, ne serait-il pas intéressant d’imaginer ce que nos décideurs, chercheurs et législateurs jugeront indispensable à la vie de leurs compatriotes en 2067 ? Nous pourrions aussi réfléchir aux occasions manquées d’améliorer leur situation : songeons aux chances ratées depuis 1967 de resserrer nos liens avec les peuples autochtones. Tout au long de 2017, c’est précisément ce que fera Options politiques dans une série d’articles sur la nécessité d’une vision politique à long terme pour relever les défis qui nous attendent.

« Quelque part, ces dernières années, le présent a fusionné avec l’avenir. » Cette phrase de l’auteur et artiste canadien Douglas Coupland pourrait résumer ce que nous ressentons. Face aux changements technologiques notamment, qui se multiplient à un tel rythme qu’il peut sembler dérisoire d’essayer d’imaginer où nous en serons dans un demi-siècle.

Mais les séismes politiques qui viennent de frapper le Royaume-Uni et les États-Unis nous rappellent l’importance de scruter chaque signe d’activité sismique pour prévoir l’évolution de nos sociétés et nous préparer en conséquence. Car le Canada n’est pas à l’abri des inégalités qui ont suscité la montée du populisme à l’étranger, comme l’ont récemment écrit France St-Hilaire, David Green et Craig Riddell.

Bien sûr, nos politiciens préféreront s’en tenir aux quatre ans des cycles électoraux et des prévisions budgétaires, mais c’est à nous de les forcer à préparer l’avenir.

Quelques enjeux sont déjà sur la place publique, comme en témoigne le vif débat sur les moyens de lutter contre les changements climatiques. Il faut dire que la question est inévitable compte tenu des effets du réchauffement planétaire, d’ores et déjà ressentis au Nord du pays et dans le secteur agricole.

De même, il semble avoir chaque semaine une conférence sur l’innovation, les compétences, la productivité ou la compétitivité du Canada, à l’heure où les économies du globe délaissent les produits de base au profit des services et de la propriété intellectuelle.

Certains préconisent en outre d’accroître l’immigration pour assurer notre future prospérité.

À Ottawa, mes enfants et petits-enfants emprunteront un jour le système léger sur rail que l’on y construit actuellement, dans le cadre de la modernisation des transports collectifs à l’échelle du pays.

Même l’identité canadienne fait maintenant l’objet d’interrogations et de pronostics sur fond d’atomisation des médias et d’affaiblissement de nos institutions culturelles.

Mais sur d’autres enjeux majeurs, le débat en est au stade embryonnaire.

On parle ainsi très peu de l’automatisation de l’économie et de la situation des travailleurs qui en subissent les effets.

On ne trouve pas de réflexion nationale sur la modernisation de notre système d’enseignement primaire et secondaire, conçu au siècle dernier, ni sur l’importance d’améliorer la culture numérique et la numératie des jeunes enfants.

Aucun comité de la Chambre des communes ne s’est encore attaqué aux questions de réglementation soulevées par l’intelligence artificielle.

Et comment nous préparons-nous aux vastes mouvements migratoires suscités par les conflits armés et les changements climatiques (les deux étant souvent inextricablement liés), qui continueront de nous toucher ?

Tous ces défis exigent de mener une série de débats judicieux et inclusifs, fondés sur une approche pluridisciplinaire, de solides analyses et des faits probants. Sans parler d’un leadership audacieux pour mettre en œuvre les stratégies qui en découleront et pour appliquer les solutions. Souhaitons simplement qu’on ne tentera pas de bloquer ces grands débats en prétextant qu’ils intéressent uniquement « les élites ».

Cet article fait partie du dossier Les politiques publiques à l’horizon 2067.

Photo : Fred Chartrand/The Canadian Press


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