Par Allison Dart et Mariette Chartier

Pas moins de 40 000 personnes au Canada souffrent d’insuffisance rénale. Ce phénomène qui s’accroît dans toutes les régions du pays a des répercussions notables sur notre système de santé.

Dans un rapport récemment publié, le Manitoba Centre for Health Policy prévoit une augmentation de 68 % du nombre de personnes qui nécessiteront une dialyse ou une greffe de rein d’ici dix ans. Cette province affiche l’un des taux d’insuffisance rénale les plus élevés au pays, mais elle n’est pas seule dans sa catégorie.

De fait, c’est à Terre-Neuve-et-Labrador que les chiffres sont les plus élevés : 1500 personnes par million d’habitants souffrent de ce problème et leur nombre continue d’augmenter. Le taux monte en flèche dans les autres provinces également. Il atteint 1200 personnes par million en Colombie-Britannique, en Saskatchewan et en Ontario et 1000 par million en Alberta.

On pourrait considérer les projections concernant le Manitoba comme un signal d’alarme pour le pays dans son ensemble.

L’insuffisance rénale a des répercussions multiples sur la vie des gens : symptômes débilitants, diminution de la qualité de vie, problèmes de santé mentale, difficultés financières, multiplication des visites chez le médecin et des séjours à l’hôpital. Les personnes les plus touchées font partie des groupes les plus vulnérables de notre société, dont les populations du Nort et celle des quartiers défavorisés, ainsi que les personnes âgées.

Aux coûts humains engendrés par le fardeau de la maladie s’ajoutent des dépenses non négligeables pour le système de santé. La plus grande augmentation prévue concerne l’hémodialyse en établissement, qui peut coûter annuellement jusqu’à 107 000 $ par patient.

Parmi les facteurs de risque les plus importants associés à l’insuffisance rénale, on compte le diabète et l’hypertension artérielle. Le diabète en particulier continue d’augmenter d’année en année dans tout le pays chez les adultes, et même chez les enfants. Aujourd’hui, les pédiatres voient même des enfants de cinq ans souffrant d’hypertension due à l’obésité et des enfants de sept ans atteints de diabète de type 2. Le phénomène est préoccupant, compte tenu des complications dont ces enfants souffriront pendant des années et du risque élevé de répercussions néfastes sur leur état de santé tout au long de leur vie.

Notre rapport examine entre autres l’incidence du diabète sur le taux éventuel d’insuffisance rénale. Selon le scénario hypothétique envisagé par notre équipe de recherche, il serait possible de réduire de 9 % le nombre anticipé de patients sous dialyse au Manitoba à condition de stabiliser le taux actuel de diabète. Imaginez les résultats si le taux de diabète diminuait réellement.

En d’autres termes, les stratégies de prévention du diabète pourraient contribuer dans une large mesure à réduire l’incidence des maladies du rein dans la population.

Selon notre rapport, nous estimons que proche de 14 % des adultes et, fait surprenant, 3 % des enfants souffrent de maladie du rein au Manitoba. De plus, le risque de progression de la maladie est élevé chez un tiers des adultes et un quart des enfants atteints.

Devant les statistiques alarmantes relevées à l’échelle du pays, la nécessité d’une stratégie de santé publique pour lutter contre les maladies du rein s’impose. Que devrait‑elle comporter?

Notre action doit mobiliser tous les ordres de gouvernement; une attention particulière doit être portée à l’uniformisation des soins de santé, notamment ce qui touche les populations à risque élevé comme les Premières nations.

En premier lieu, toute stratégie de santé publique doit être axée sur l’établissement de milieux de vie favorables pour la santé. Les enfants qui ont accès à des aliments sains et à des lieux où ils peuvent jouer en toute sécurité sont moins susceptibles de souffrir d’obésité, de diabète et, par conséquent, de complications rénales. Il faut rendre les choix santé plus accessibles que les choix malsains. Les adultes qui ont de mauvaises habitudes devraient avoir accès à une éducation et un accompagnement personnalisés, adaptés au contexte culturel.

En deuxième lieu, il faudra prévoir un programme de dépistage au sein des populations à risque élevé, dont les communautés autochtones du Nord et les personnes qui souffrent d’hypertension artérielle et de diabète.

En troisième lieu, nous devrons mettre en place un système de surveillance destiné aux personnes qui ont reçu un diagnostic de maladie du rein, afin de suivre leurs progrès et veiller à ce que les patients à haut risque reçoivent tous les soins requis. Les traitements visant à réguler la glycémie et la pression artérielle en font partie, puisqu’il a été démontré qu’ils ralentissent la progression des maladies du rein.

Enfin, il faut aiguiller les personnes à un stade avancé de la maladie ou chez qui elle évolue rapidement vers les services spécialisés offerts par les néphrologues, les infirmières, les diététiciennes, les travailleurs sociaux et les pharmaciens.

La hausse des taux d’insuffisance rénale au Manitoba et l’augmentation importante prévue sont symptomatiques des nombreux problèmes de santé relevés au sein de la population à l’échelle du pays. Il existe des solutions à ces derniers, y compris la prévention. Si l’on veut opérer des changements réels pour le bien des personnes à risque, il faudra mener une action unifiée qui traversera les secteurs de compétence. Celle-ci pourrait non seulement sauver des vies, mais aussi nous faire épargner des millions de dollars en soins de santé.