Les interventions en santé auprès des autochtones qui se fondent sur leurs pratiques culturelles se révèlent beaucoup plus efficaces qu’une approche médicale classique.

Wab Kinew, auteur, journaliste et administrateur bien connu, ne cesse de le répéter aux scientifiques et aux professionnels de la santé depuis des années : la culture est un remède. Les épidémies d’obésité, de diabète, de maladies infectieuses et de suicides qui sévissent chez les jeunes autochtones d’un bout à l’autre du Canada sont complexes et multifactorielles. Or les solutions prônées par les gouvernements (si tant est qu’ils cherchent à résoudre le problème) reposent surtout sur des approches biomédicales simplistes. Trop souvent, elles ne tiennent pas compte des stratégies culturelles mises en avant par les leaders autochtones et qui s’inscrivent dans la relation des Premières Nations avec la langue, la tradition et le territoire.

La majorité des non-autochtones ont du mal à admettre que la culture peut avoir un pouvoir de guérison, même si un certain nombre d’observations scientifiques le confirment.

Je suis un chercheur non autochtone et je travaille étroitement avec des communautés autochtones. J’estime que le temps est venu d’examiner, dans la foulée des crises survenues à Attawapiskat, les approches scientifiques qui prennent appui sur la culture pour améliorer la santé des populations autochtones. Puisque le gouvernement fédéral prétend privilégier une approche scientifiquement fondée, jetons un coup d’œil aux données probantes attestant de l’utilité d’intégrer la dimension culturelle à nos politiques.

Lorsqu’on demande à de jeunes autochtones (voir ce vidéo) de désigner les éléments qu’ils associent à la santé au sein de leur communauté, ils mentionnent invariablement des aspects culturels comme le territoire, la langue et les cérémonies, qu’ils considèrent comme des facteurs bénéfiques pour leur santé. Une étude sur échantillon aléatoire menée auprès d’adultes autochtones qui risquent de souffrir de diabète de type 2 confirme la justesse de cette hypothèse : un programme éducatif de six mois axé sur la langue et l’histoire s’est avéré plus efficace pour réduire les facteurs de risque associé à ce trouble métabolique qu’une intervention axée sur l’alimentation et l’exercice.

L’illustration la plus saisissante du pouvoir de la culture nous provient d’une étude sur les 196 bandes autochtones de la Colombie-Britannique. Les chercheurs ont en effet constaté que le taux de suicide était 140 fois supérieur dans les communautés dépourvues de continuité culturelle, définie ici comme le degré d’autonomie gouvernementale en matière d’éducation, de santé, d’institutions culturelles établies et de propriété foncière.

Laurence Kirmayer et son équipe à l’Université McGill collaborent aussi avec les Premières Nations dans le but de concevoir et d’offrir des programmes tournés vers la culture qui visent à promouvoir la résilience et la santé mentale et à prévenir le suicide chez les jeunes autochtones du Québec et dans les Territoires du Nord-Ouest.

Nos décideurs commencent enfin à s’intéresser au rapport entre culture et santé ainsi qu’aux pistes de solution qu’il peut offrir face aux crises sanitaires chez les populations autochtones.

Aux Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), on a compris la pertinence de cette approche et on a financé récemment des projets novateurs destinés à élargir le champ de recherches sur le sujet. Une équipe constituée de chercheurs, d’aînés et d’intervenants sociaux a procédé notamment à un examen des interventions à caractère culturel utilisées comme traitement contre les dépendances. L’équipe a accordé une grande place au savoir des aînés et des leaders autochtones à côté des connaissances des chercheurs occidentaux, intégrant ainsi des champs d’expertise diversifiés. Selon les conclusions préliminaires, les interventions culturelles (activités traditionnelles de subsistance, cérémonies, cercles de partage, etc.) ayant fait l’objet d’une étude publiée se sont avérées plus efficaces pour réduire les dépendances ou s’en libérer que les thérapies classiques, et cela dans une proportion de 74 %.

Ma propre équipe de recherche à l’Université du Manitoba a mis à l’essai, auprès d’un groupe d’adolescents, une méthode culturellement adaptée conçue par Martin Brokenleg, un chercheur lakota, pour prévenir l’obésité et le diabète de type 2 chez les enfants autochtones.

Au Québec, le Kahnawake Schools Diabetes Prevention Project collabore étroitement, depuis 20 ans, avec les membres de la communauté à la conception de programmes axés sur l’appartenance culturelle et de saines habitudes de vie, dans l’objectif de prévenir le diabète de type 2 chez les jeunes.

Il faut préconiser à l’échelle du pays des interventions de « décolonisation » fondées sur la réinstauration des pratiques culturelles. C’est une approche largement préférable aux solutions simplistes avancées par certains, comme celles de déplacer des communautés entières vers les villes ou d’intégrer les jeunes autochtones à la mosaïque canadienne.

Les gouvernements et les décideurs soucieux d’améliorer la santé des populations autochtones et de réduire les inégalités n’auront pas à chercher bien loin pour trouver des idées. En effet, ils pourront commencer par mettre en œuvre les appels à l’action formulés par la Commission de vérité et réconciliation et reconnaître que les aînés et les leaders autochtones ont l’expertise requise pour participer à la recherche de solutions pertinentes.

Il est temps d’impliquer les aînés et les leaders autochtones à l’élaboration des politiques et de leur confier les rênes dans ce dossier. Nous parviendrons peut-être à réparer ainsi les injustices que doivent affronter au quotidien les jeunes autochtones dans notre pays.

Photo: Indigenous and Northern Affairs Canada / Creative Commons

 


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