Les scènes politiques québécoise et canadienne nous ont offert de grandes surprises au cours des dernières semaines. Du côté fédéral, Thomas Mulcair a été évincé brutalement de la direction du NPD et, plus surprenant encore, il demeure chef jusqu’à l’élection d’un nouveau leader… dans deux ans ! Problème de légitimité pour M. Mulcair qui n’a même pas récolté 50 % des appuis ? Pas du tout ! Les parlementaires lui ont même réservé une ovation lors de son retour en chambre.

Toujours à Ottawa, le dernier budget fédéral a été une surprise assez importante en raison de son caractère progressiste affirmé, en dépit de ses angles morts.

Sur la scène provinciale, la démission de Pierre Karl Péladeau a pris pas mal tout le monde de court, y compris le caucus péquiste, qui a été informé 10 minutes avant l’annonce. Soudainement, l’horizon politique québécois s’est ouvert. Il est clair que le PQ sous M. Péladeau était le meilleur allié de Philippe Couillard : la victoire de ce dernier était presque assurée en 2018.

Les événements au niveau fédéral illustrent la redéfinition de la gauche canadienne. Bien que le PLC n’ait pas de rhétorique incendiaire à la Bernie Sanders, les actions annoncées dans le dernier budget sont progressistes, puisqu’ils favorisent la redistribution de la richesse.

Dans le cadre d’un exercice annuel d’évaluation des budgets, le panel d’économistes interrogés par l’Institut du Nouveau Monde a accordé la note A- au budget Morneau. La nouvelle Allocation canadienne pour enfants, la bonification du Supplément de revenu garanti et les investissements en faveur des communautés autochtones figurent au sommet des mesures progressistes, selon le panel.

Voir le PLC ainsi ancré à la gauche du spectre politique est contre-intuitif et occasionne des maux de tête aux néodémocrates. En effet, le NPD, qui s’est longtemps complu dans le rôle de conscience du Parlement avec quelques dizaines de députés, n’a pas réussi à se transformer en un parti de pouvoir.

La logique voudrait donc que le NPD retourne à son rôle historique. C’est un peu ce que les membres ont indiqué en se montrant plutôt favorable au manifeste « Un bond vers l’avant  » et en éjectant Thomas Mulcair, un des artisans du recentrage du parti.

Si j’étais stratège néodémocrate, je ne saurais quelle approche adopter ces jours-ci. Pourtant, il semble évident que l’électorat canadien est ouvert à des politiques plus progressistes, il suffit de penser aux élections de Rachel Notley et de Kathleen Wynne. Un sondage EKOS soutient même que les Canadiens sont divisés à part égales (40% de chaque côté) au sujet du manifeste.

Par contre, la question est de savoir s’il y a de l’espace à gauche quelque part entre le PLC et les verts. D’ailleurs, si le NPD se déplace encore plus à gauche avec son très écologiste manifeste, qu’adviendra-t-il du Parti vert?

Mais pendant que le Canada penche vers la gauche, le Québec, historiquement plus progressiste, n’a jamais été aussi à droite ! Le premier artisan est le PLQ avec sa tentative de réingénierie de l’État sous Jean Charest et la récente politique d’austérité menée par le gouvernement Couillard.

L’ADQ  et la CAQ jouent aussi à droite, mais avec une teinte plus nationaliste que le PLQ. Par contre, un peu comme le NPD qui peine à critiquer le PLC, la CAQ peut difficilement attaquer le gouvernement Couillard : les deux formations ont une vision similaire de ce que devrait être la politique budgétaire québécoise.

Le PQ sous Pauline Marois a joué la carte de la droite nationaliste avec la Charte de la laïcité qui n’avait rien de progressiste ou d’inclusive, puisqu’elle aurait engendré de l’exclusion sociale. De plus, le budget 2014 n’était pas aussi à gauche que plusieurs l’espéraient : ce fut avant tout un exercice de contrôle des dépenses, l’augmentation des revenus n’étant pas une option envisagée par Nicolas Marceau.

Résultat ? Les progressistes ont continué à quitter le navire péquiste et Québec solidaire a poursuivi sa croissance (de 6 % à 7,6 %).

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De toute évidence, le message n’a pas été compris par les membres lorsqu’est venu le temps de choisir un nouveau chef. L’élection de M. Péladeau comme leader était une autre illustration du virage à droite de la politique québécoise. Et ce n’est pas parce que les membres n’avaient pas d’options plus progressistes devant eux : Alexandre Cloutier, Martine Ouellet, Jean-François Lisée étaient de la course.

Le nœud de l’histoire n’est pas tant que Pierre Karl Péladeau soit de droite ou de gauche, mais bien qu’il ne soit pas arrivé à se défaire de son aura d’homme d’affaires de droite antisyndical. On l’a vu aux côtés de syndiqués en lock-out dans sa circonscription de St-Jérôme et même Jean-François Lisée, qui n’était pas son plus grand partisan, affirmait cette semaine que M. Péladeau était un homme progressiste.

Ces efforts n’ont toutefois pas modifié la perception de la population comme en témoigne le sondage Léger de mars dernier : le PQ sous M. Péladeau, à 30 %, se trouvait toujours derrière les libéraux, et QS continuait sa montée en atteignant 10 % du vote.

Maintenant, les péquistes doivent retomber sur leurs pieds rapidement et se brancher sur le contexte actuel : la souveraineté n’est pas un projet porteur et il n’y a plus d’espace à droite.

Le PQ devrait retourner à ses racines sociales-démocrates s’il veut avoir une chance de former le gouvernement en 2018. À quoi bon s’acharner sur le terrain du PLQ et de la CAQ ? Il semble qu’il serait plus efficace d’offrir une alternative claire à la rigueur budgétaire des libéraux.

La demande est là, le PLC a remporté une majorité de sièges au Québec lors du dernier scrutin et maintient des appuis très forts dans la province. D’ailleurs, au niveau fédéral, le Québec n’a pas voté pour un parti à droite de l’échiquier politique depuis 1988, et les raisons de ce vote étaient avant tout constitutionnelles alors.

Pour l’instant, les candidats pressentis sont tous de gauche : Jean-Martin Aussant, Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Jean-François Lisée. Même pour l’intérim, Sylvain Gaudreault (un autre qui n’est pas à droite) semble avoir une longueur d’avance. De l’équipe « économique », seulement le nom de Nicolas Marceau circule.

Bref, le PQ est en déclin depuis le référendum de 1995, et ce n’est pas faute d’avoir essayé différentes stratégies : l’icône (Bouchard), l’expérimenté (Landry), le jeune (Boisclair), la femme d’expérience (Marois) et l’homme d’affaire du Québec inc. (Péladeau).

Les néodémocrates et les péquistes sont à la croisée des chemins : les premiers ont toutefois plus de temps devant eux pour choisir la place qu’ils souhaitent occuper dans le paysage politique canadien. La situation est plus urgente pour les péquistes, qui seront en élection en 2018.

Aux péquistes, il faut désormais un parti qui se démarque suffisamment sur l’axe gauche-droite pour espérer former un gouvernement. Autrement, en se battant contre la CAQ pour obtenir le vote francophone de centre et de droite, le PQ ouvrirait la porte à un enchaînement de mandats majoritaires pour le PLQ.

Au bout du compte, peut-être que la gauche québécoise, elle aussi, sera redéfinie.

Photo: Denis Beaumont / Shutterstock.com

 


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